Lors de la séance mensuelle consacrée à la politique générale à la Chambre des représentants, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a tenu à poser les jalons d’un constat clair : l’économie sociale et solidaire au Maroc a atteint un stade avancé de structuration. Le pays compte aujourd’hui 63 545 coopératives, dont 22 914 ont été créées entre 2021 et 2025, signe d’une dynamique soutenue ces dernières années. Ces structures fédèrent plus de 878 000 adhérents, avec une donnée qui mérite attention : 34 % sont des femmes, et 7 891 coopératives sont féminines.
Ces chiffres, régulièrement confirmés par les données officielles du département en charge de l’ESS et par les débats parlementaires récents, traduisent une évolution de fond. L’économie sociale n’est plus seulement un outil de subsistance ou un filet social informel. Elle est progressivement pensée comme un levier économique à part entière, capable de produire de la valeur, de structurer des filières locales et de renforcer la cohésion sociale.
Cette montée en puissance s’inscrit dans la continuité de la haute sollicitude royale accordée à l’économie sociale et solidaire depuis l’accession de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Trône. Dans ce sillage, l’Exécutif a revu les bases de l’écosystème afin de hisser l’ESS au rang de troisième secteur, aux côtés du public et du privé. Une reconnaissance politique qui n’est pas seulement symbolique : elle se traduit par des moyens concrets.
Le gouvernement a ainsi mobilisé 368 millions de dirhams pour la mise en œuvre de la stratégie nationale de l’économie sociale et solidaire. Cette enveloppe vise à soutenir les coopératives et les entreprises sociales, à renforcer les programmes de formation, mais aussi à améliorer l’accompagnement technique et managérial. Sur le terrain, beaucoup de coopérateurs le confirment : l’accès au financement ne suffit pas sans encadrement durable et montée en compétences.
Parmi les instruments déployés figure le programme national « Mozara », récemment finalisé. Il prévoit la réhabilitation, la construction, l’approvisionnement et l’équipement au profit de 325 coopératives, tout en accompagnant la création de 100 coopératives de nouvelle génération. L’idée est d’éviter les démarrages fragiles et d’ancrer ces structures dans des modèles économiques viables, capables de résister aux aléas climatiques et aux chocs économiques, particulièrement en milieu rural.
Sur le plan social, l’enjeu est considérable. L’économie sociale et solidaire demeure un outil central de création d’emplois locaux, de lutte contre l’exclusion et de valorisation des savoir-faire territoriaux. Dans plusieurs régions, elle permet de maintenir une activité économique là où le secteur privé classique hésite à investir. À condition, toutefois, de dépasser certaines limites encore présentes : accès aux marchés, gouvernance interne, intégration dans les chaînes de valeur.
Faire de l’économie sociale et solidaire une véritable locomotive du développement national reste un chantier ouvert. Mais les bases sont posées. Avec des coopératives plus nombreuses, mieux accompagnées et mieux financées, le Maroc avance vers un modèle où performance économique et utilité sociale cessent de s’opposer. Un pari stratégique, à la fois économique et sociétal, dont la réussite dépendra désormais de la capacité à transformer l’élan politique en résultats durables sur le terrain.