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Éducation : Rahma Bourqia alerte sur l’urgence d’intégrer pleinement l’IA dans les apprentissages


Rédigé par La rédaction le Jeudi 16 Avril 2026



Éducation : Rahma Bourqia alerte sur l’urgence d’intégrer pleinement l’IA dans les apprentissages
L’intelligence artificielle générative n’est plus un simple sujet de débat technologique. Elle s’invite désormais au cœur même des systèmes éducatifs, bousculant les contenus, les méthodes et jusqu’à la manière dont les élèves, les étudiants et les enseignants entrent en relation avec le savoir. C’est le message porté par Rahma Bourqia, présidente du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), lors de la 12ᵉ session de l’Assemblée générale du Conseil. Son intervention pose une question de fond : le système éducatif marocain est-il prêt à former des citoyens capables de vivre, de travailler et de penser dans un monde façonné par l’intelligence artificielle ?

Le constat est désormais difficile à contourner. L’IA générative modifie déjà en profondeur les pratiques d’apprentissage. Elle permet de produire des synthèses, d’expliquer des notions, de simuler des situations, de personnaliser certains parcours et d’ouvrir des accès inédits à la connaissance. Mais elle introduit aussi de nouvelles fragilités : dépendance excessive à l’outil, affaiblissement possible de l’effort intellectuel, confusion entre information fiable et contenu approximatif, ou encore banalisation du copier-coller automatisé. En clair, l’IA ne change pas seulement la vitesse d’accès au savoir ; elle change aussi la nature du rapport au savoir.

C’est précisément pour cette raison que Rahma Bourqia insiste sur la nécessité d’intégrer pleinement l’éducation numérique et les compétences liées à l’intelligence artificielle dans les programmes. L’enjeu n’est pas de céder à un effet de mode, ni de transformer l’école en vitrine technologique. Il s’agit plutôt de reconnaître qu’un élève qui ignore les logiques de l’IA risque demain d’être non seulement dépassé sur le marché du travail, mais aussi vulnérable dans sa manière de comprendre le monde. Former à l’IA, ce n’est donc pas uniquement former à un outil ; c’est former à une nouvelle culture de l’information, du doute, de la vérification et de la responsabilité.

Cette approche est d’autant plus pertinente que l’éducation ne peut se contenter d’apprendre aux jeunes à utiliser des technologies. Elle doit aussi leur apprendre à les interroger. Derrière la promesse de performance, l’IA soulève des questions décisives : comment sont produites les réponses ? Sur quelles données reposent-elles ? Quels biais véhiculent-elles ? Quelles limites éthiques faut-il poser ? Quels risques pour l’autonomie intellectuelle ? En appelant à former des jeunes dotés d’un esprit critique et d’une éthique solide, Rahma Bourqia rappelle une évidence parfois négligée : l’avenir de l’école ne se joue pas seulement dans la maîtrise technique, mais dans la capacité à garder un jugement humain sur des systèmes de plus en plus puissants.

Le défi est donc double. D’un côté, il faut moderniser les contenus pédagogiques pour ne pas laisser l’institution scolaire en décalage avec la société réelle. De l’autre, il faut éviter une intégration naïve ou purement instrumentale de l’IA. Car introduire ces technologies dans l’éducation sans cadre clair pourrait accroître les inégalités entre élèves, entre établissements et entre territoires. Tous n’ont pas le même accès aux outils, aux équipements ni à l’accompagnement nécessaire. Il serait paradoxal que l’intelligence artificielle, présentée comme un levier d’émancipation, devienne aussi un facteur supplémentaire de fracture éducative.

Au fond, l’intervention de la présidente du CSEFRS invite à dépasser les oppositions simplistes entre fascination et méfiance. L’IA n’est ni une baguette magique ni une menace absolue. Elle est une transformation majeure, que l’école doit apprendre à apprivoiser avec lucidité. Cela suppose de revoir les curricula, de former les enseignants, d’adapter les méthodes d’évaluation et d’installer une véritable pédagogie du discernement numérique.

Le Maroc a ici un rendez-vous stratégique. Car l’éducation de demain ne pourra plus se limiter à transmettre des connaissances figées ; elle devra apprendre à naviguer dans un environnement mouvant, saturé d’informations, d’algorithmes et d’automatisation. Dans ce contexte, la priorité n’est pas seulement de produire des utilisateurs compétents, mais des citoyens capables de comprendre ce qu’ils utilisent.

L’alerte de Rahma Bourqia mérite donc d’être entendue au-delà du cercle institutionnel. L’entrée de l’IA dans l’école n’est plus une hypothèse. Elle est déjà en cours. Toute la question est de savoir si le système éducatif choisira de la subir, ou de l’organiser intelligemment.




Jeudi 16 Avril 2026