Une réflexion récente, volontairement provocatrice, propose d’instaurer un « permis pour avoir des enfants ». L’idée serait de conditionner l’accès à la parentalité à plusieurs critères, notamment psychologiques, sociologiques, financiers et physiologiques.
Une proposition qui paraît, à première vue, difficilement conciliable avec les libertés individuelles. Mais derrière cette formule radicale se trouve une interrogation qui pourrait nourrir le débat électoral : que fait la société pour préparer les futurs parents à leurs responsabilités et garantir à chaque enfant des conditions de vie dignes ?
Du « permis de procréer » à la responsabilité parentale
L’argument avancé repose sur un paradoxe. De nombreuses activités de la vie quotidienne sont soumises à des règles et à des contrôles lorsqu’elles peuvent avoir des conséquences sur autrui.
Pour conduire, il faut obtenir un permis. Pour construire, certaines autorisations sont nécessaires. Pour exercer certaines professions, une qualification est exigée. Même l’adoption fait généralement l’objet d’évaluations sociales et psychologiques.
La naissance d’un enfant, en revanche, ne nécessite aucune autorisation préalable.
C’est cette différence qui nourrit la réflexion défendant le « permis de procréer ». L’objectif affiché n’est pas simplement de contrôler la vie privée, mais de questionner la responsabilité qui accompagne le fait de devenir parent.
Une telle proposition soulève toutefois une difficulté majeure : jusqu’où une société démocratique peut-elle aller dans l’encadrement de la liberté reproductive ?
Une question pour les élections : que proposent les partis pour les familles ?
C’est ici que le sujet peut dépasser la provocation philosophique pour devenir une véritable question politique.
Plutôt que de demander aux partis s’ils sont favorables ou non à un « permis de procréer », le débat électoral pourrait porter sur des mesures beaucoup plus concrètes : préparation à la parentalité, accompagnement psychologique, éducation parentale, protection contre les violences familiales, soutien aux familles vulnérables, accès aux soins, crèches, logement et protection de l’enfance.
Autrement dit, faut-il contrôler davantage les parents ou mieux les accompagner ?
Cette distinction est essentielle.
Un contrôle administratif préalable risquerait de créer des mécanismes discriminatoires et de donner à l’État un pouvoir considérable sur les choix reproductifs. À l’inverse, une politique publique ambitieuse pourrait chercher à prévenir les situations de maltraitance et de vulnérabilité en intervenant avant que les difficultés ne deviennent irréversibles.
La question devient alors celle de la responsabilité collective.
Et si l’enfant devenait un sujet électoral à part entière ?
Dans les campagnes électorales, les familles sont souvent abordées sous l’angle du pouvoir d’achat, des allocations, de la fiscalité ou du coût de l’éducation.
Mais le débat pourrait être déplacé vers une autre perspective : les droits de l’enfant.
L’enfant n’est pas uniquement le membre d’une famille ou le bénéficiaire indirect d’une politique sociale. Il possède ses propres droits et intérêts, que les pouvoirs publics ont la responsabilité de protéger.
Cette approche conduit à poser plusieurs questions aux candidats aux élections de 2026 : comment prévenir les violences faites aux enfants ? Comment renforcer les dispositifs de protection ? Comment accompagner les parents en difficulté ? Comment lutter contre l’abandon scolaire ? Comment garantir un accès équitable à la santé et à l’éducation ?
Autant de sujets qui peuvent être abordés sans remettre en cause le principe de la liberté de procréer.
Le risque d’une sélection des « bons » et des « mauvais » parents
Le concept de permis de procréer soulève néanmoins une question particulièrement sensible : qui déciderait qu’une personne est suffisamment apte à avoir un enfant ?
Une situation financière difficile signifie-t-elle qu’une personne serait incapable d’être un bon parent ? Une fragilité psychologique doit-elle être considérée comme un obstacle à la parentalité ? Quels critères permettraient de mesurer les compétences éducatives d’un individu ?
Ces interrogations montrent le danger potentiel d’un système de sélection.
Le débat autour de l’eugénisme apparaît également inévitable dès lors que des critères physiologiques ou psychologiques seraient utilisés pour déterminer qui peut ou non devenir parent. C’est précisément pourquoi toute réflexion sur la parentalité doit être accompagnée de garanties fortes contre la discrimination et l’exclusion.
Une question que les candidats ne peuvent pas éluder
Le véritable enjeu électoral n’est donc peut-être pas de savoir si les Marocains doivent obtenir un « permis » avant d’avoir un enfant.
La question est plutôt de savoir quelle société les responsables politiques souhaitent construire pour les enfants qui naîtront demain.
À l’approche des élections de 2026, les partis pourraient être interpellés sur leur vision de la famille, mais aussi sur leur politique de protection de l’enfance, leur soutien à la parentalité et leur capacité à prévenir les violences et les situations de vulnérabilité.
Le débat pourrait ainsi être reformulé : plutôt que d’instaurer un permis de procréer, faut-il instaurer un véritable « permis d’accompagner » les futurs parents ?
Préparer les adultes à leurs responsabilités, renforcer les services sociaux, développer l’éducation parentale et placer les droits de l’enfant au cœur des politiques publiques pourraient constituer une alternative moins coercitive à la proposition initiale.
Car si l’idée d’autoriser ou d’interdire la naissance soulève de profondes questions de liberté, une autre question semble difficile à éviter à l’approche du scrutin : dans leurs programmes pour 2026, quelle place les partis politiques accorderont-ils à ceux qui ne votent pas encore, mais qui vivront les conséquences des décisions prises aujourd’hui ?