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Enquête nationale sur l’emploi du temps : à quoi sert vraiment cette radiographie du quotidien des Marocains ?


Rédigé par La rédaction le Vendredi 10 Avril 2026



Le Haut-Commissariat au Plan remet sur la table un outil statistique aussi discret qu’essentiel : l’Enquête nationale sur l’emploi du temps.

Enquête nationale sur l’emploi du temps : à quoi sert vraiment cette radiographie du quotidien des Marocains ?
Réunis jeudi à Rabat, les partenaires institutionnels ont été associés à la préparation de l’édition 2026-2027 de cette opération d’envergure, appelée à mieux comprendre comment les Marocains et les Marocaines répartissent leurs journées. Derrière ce travail technique, une question très concrète se pose : à quoi sert réellement une telle enquête ?

La réponse est simple en apparence, mais décisive en pratique : elle sert à voir ce que les statistiques classiques ne voient pas. Travailler, se déplacer, s’occuper des enfants, accompagner une personne âgée, faire le ménage, préparer les repas, utiliser les outils numériques, concilier emploi et vie familiale… tout cela remplit les journées, mais n’apparaît pas toujours dans les indicateurs économiques traditionnels. Or, ce temps a une valeur sociale, familiale et parfois même économique considérable.

Après les éditions de 1997 et 2012, cette nouvelle enquête veut aller plus loin. Elle ambitionne d’analyser avec précision la répartition du temps entre les femmes et les hommes, de mesurer le poids du travail domestique et du travail de soins non rémunéré, encore largement sous-estimé, et d’éclairer les choix publics. En clair, elle ne sert pas seulement à produire des tableaux et des courbes. Elle sert à documenter les inégalités invisibles.

Car l’un des enjeux majeurs de cette enquête réside dans l’économie des soins. Qui s’occupe des enfants ? Qui accompagne les malades ou les personnes dépendantes ? Qui prend sur son temps personnel pour faire tourner le foyer ? Dans de nombreux cas, ce sont encore les femmes qui assument l’essentiel de cette charge silencieuse. La mesurer sérieusement, c’est donner enfin une existence statistique à un travail indispensable mais non rémunéré.

L’enquête servira aussi à mieux comprendre la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, sujet devenu central dans une société en mutation. Elle permettra de saisir comment les ménages arbitrent entre travail, obligations familiales et temps personnel, mais aussi comment les usages des technologies de l’information et de la communication modifient les rythmes de vie, les habitudes et parfois même les frontières entre sphère privée et sphère professionnelle.

Son ampleur donne la mesure de l’ambition : plus de quatorze mille ménages seront concernés sur l’ensemble du territoire. La collecte des données débutera le 20 avril et se déroulera sur une année entière, par entretiens directs en face-à-face selon la méthode CAPI, un dispositif informatisé qui vise à renforcer la fiabilité et la qualité des informations recueillies.

Au fond, une enquête sur l’emploi du temps n’est pas un simple exercice administratif. C’est une radiographie fine de la vie quotidienne. Elle permet de mieux comprendre comment une société fonctionne réellement, au-delà des discours et des impressions. Et dans un pays où les débats sur l’emploi, la famille, l’égalité et la transformation numérique prennent de plus en plus de place, disposer de données solides n’est pas un luxe. C’est une condition pour décider juste.




Vendredi 10 Avril 2026