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Et si l’ancien SG de la Ligue arabe, Amr Moussa, voyait juste ?


Rédigé par La rédaction le Dimanche 8 Mars 2026

Si les grandes puissances testent aujourd’hui leurs lignes rouges respectives, le Moyen-Orient pourrait devenir le laboratoire d’un nouvel équilibre mondial. les recompositions géopolitiques ne se font jamais sans frictions. Parfois, elles opèrent dans les conférences diplomatiques. Parfois, elles se dessinent dans les cartes militaires.



Et si l’ancien SG de la Ligue arabe, Amr Moussa, voyait juste ?
Dans les crises du Moyen-Orient, il existe toujours deux lectures. La première est immédiate, presque instinctive : une frappe militaire, une riposte, une escalade. La seconde est plus froide, plus stratégique : celle qui cherche à comprendre la mécanique profonde derrière les événements. C’est précisément cette lecture que propose l’ancien secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa.

Et si, au fond, ce qui se joue aujourd’hui dans la région dépassait largement la simple confrontation entre Israël et l’Iran ?

Selon cette analyse, l’erreur serait de croire que la dynamique actuelle serait uniquement le résultat des choix du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. L’hypothèse avancée est presque inverse : il s’agirait d’une séquence stratégique beaucoup plus large, où Washington chercherait à remodeler l’équilibre régional.

Dans cette grille de lecture, Israël ne serait pas seulement un acteur national défendant ses intérêts sécuritaires. Il deviendrait aussi un partenaire régional mobilisé dans une architecture géopolitique plus vaste. L’objectif implicite serait une recomposition du Moyen-Orient, où les équilibres traditionnels seraient redéfinis autour d’un nouveau centre de gravité stratégique.

Mais les grandes stratégies ont rarement le luxe de se déployer dans un monde vide.

Car le Moyen-Orient d’aujourd’hui n’est plus celui des années 1990, lorsque les États-Unis dominaient sans partage la scène internationale. Le paysage géopolitique s’est complexifié. La montée en puissance de la Chine, par exemple, change profondément la donne. Pékin ne regarde pas la région uniquement à travers le prisme militaire, mais aussi économique. Son immense projet d’infrastructures et de corridors commerciaux, la Belt and Road Initiative, traverse une partie essentielle du Moyen-Orient. Une guerre généralisée menacerait directement ces routes commerciales.

Autre variable stratégique : la présence de la Russie. Depuis son intervention en Syrie, Moscou est devenu un acteur incontournable dans les équilibres régionaux. Son influence militaire et diplomatique constitue désormais un paramètre que personne ne peut ignorer.

Dans ce jeu d’échecs mondial, l’Iran reste la pièce la plus imprévisible. Le pays ne donne aucun signe de capitulation face aux pressions extérieures. Au contraire, son appareil stratégique semble s’être préparé à une confrontation prolongée. Cela signifie que toute tentative de recomposition régionale pourrait se transformer en spirale d’escalade.

C’est là que la réflexion d’Amr Moussa prend une dimension presque inquiétante. Si les grandes puissances testent aujourd’hui leurs lignes rouges respectives, le Moyen-Orient pourrait devenir le laboratoire d’un nouvel équilibre mondial.

L’histoire récente montre que les recompositions géopolitiques ne se font jamais sans frictions. Parfois, elles s’opèrent dans les conférences diplomatiques. Parfois, elles se dessinent dans les cartes militaires.

La vraie question n’est peut-être pas de savoir si la région entre dans une nouvelle phase de tension. La question est plus vaste : assistons-nous à la naissance d’un nouvel ordre régional, ou simplement à une dangereuse illusion stratégique ?

Dans les relations internationales, les intentions sont souvent invisibles, mais leurs conséquences, elles, deviennent toujours très réelles.




Dimanche 8 Mars 2026