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Évaluer à l'aveugle : Le drame de l'absence de données


Rédigé par le Lundi 19 Janvier 2026



"On ne gère bien que ce que l'on mesure". L'adage est connu, mais l'administration marocaine souffre d'un déficit chronique d'information qui rend l'évaluation quasi impossible. C'est le talon d'Achille de toute la réforme. On peut avoir la meilleure méthodologie d'évaluation du monde, si l'on n'a pas de données fiables à mettre dans l'équation, le résultat sera faux. Enquête sur ce "Data Deficit" qui transforme trop souvent les rapports de performance en exercices de littérature administrative.

Pas de statistiques, pas de politique publique

Évaluer à l'aveugle : Le drame de l'absence de données
Pour faire une Analyse Coûts-Avantages ou remplir un Rapport de Performance (RdP) exigé par la LOF, il faut des chiffres. Des chiffres précis, frais et fiables. Combien d'élèves ont décroché cette année ? Quel est le temps d'attente moyen aux urgences ? Quel est le coût unitaire de traitement d'un dossier ?

Or, la réalité du terrain est celle d'une pénurie de données (Data Deficit). Beaucoup de ministères ne disposent pas de Systèmes d'Information (SI) intégrés capables de remonter ces informations automatiquement depuis le niveau local jusqu'au niveau central. Les données sont souvent éparses, collectées manuellement sur des tableurs Excel non standardisés, voire sur papier.

Cette absence de "culture de la donnée" a des conséquences désastreuses. D'abord, elle fausse le pilotage : les décideurs naviguent à vue, se basant sur des intuitions ou des rapports obsolètes. Ensuite, elle vide l'évaluation de sa substance. Les indicateurs de performance présentés au Parlement sont souvent des estimations grossières ("proxies") ou se limitent à des données financières (taux d'émission) qui ne disent rien de la qualité du service.

Le Guide de l’évaluation insiste pourtant sur la nécessité de construire des bases de données robustes avant même de lancer une politique publique. Mais dans l'urgence politique, cette étape est souvent sautée.

Pour sortir de cette impasse, l'État doit considérer la donnée comme une infrastructure publique, au même titre que les routes ou les barrages. Sans un investissement massif dans la collecte et le traitement de la donnée statistique, l'évaluation des politiques publiques restera un exercice théorique, déconnecté de la réalité du terrain.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Lundi 19 Janvier 2026