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Exportations textiles au Maroc : quand une baisse globale masque des trajectoires très contrastées


Rédigé par Salma Chmanti Houari le Mardi 3 Février 2026

Après plusieurs années de croissance, le secteur textile-habillement marocain a connu en 2025 une baisse généralisée de ses exportations. À première vue, ce recul peut sembler inquiétant pour une industrie qui représente l’un des piliers de l’économie manufacturière du pays.

Mais une analyse plus fine révèle une réalité beaucoup moins homogène : derrière ce chiffre global se cachent des divergences marquées selon les catégories de produits, les marchés cibles et les niveaux de valeur ajoutée. Cette hétérogénéité invite à repenser l’analyse des performances à l’export et à revoir les stratégies industrielles pour renforcer la compétitivité du secteur.



Un recul des exportations globales confirmé par les données officielles

Exportations textiles au Maroc : quand une baisse globale masque des trajectoires très contrastées
Les statistiques récentes de l’Office des changes montrent que les ventes de textiles et d’habillement à l’étranger ont reculé d’environ 4,5 % en 2025 par rapport à l’année précédente.

Cette contraction s’explique en grande partie par l’accentuation de la concurrence asiatique sur le marché européen, principal débouché des produits marocains.

Avec des offres à bas coûts et des capacités de production massives, l’Asie capte une large part de la demande européenne, imposant des pressions tarifaires fortes sur les exportateurs marocains.

Toutefois, cette baisse globale ne signifie pas que le secteur ait été uniformément affecté. Une lecture sectorielle plus fine montre que certains segments de produits ont mieux résisté, voire poursuivi leur progression, tandis que d’autres sont particulièrement touchés.

Des performances très variables selon les catégories de produits

Une des principales limites de l’approche globale est qu’elle englobe des produits très différents qui ne répondent pas aux mêmes logiques industrielles.

Le textile-habillement marocain se compose en réalité d’une multitude de segments productifs : denim, maille, pulls, textiles de maison, vêtements prêts à porter, T-shirts, robes, etc.

Chacun est soumis à des dynamiques distinctes, qu’il s’agisse des coûts de production, des chaînes de valeur et de l’intégration verticale. Ainsi, alors que les exportations de vêtements traditionnellement associés à une forte valeur ajoutée comme les pantalons, les chemises et les pulls ont reculé de manière significative, d’autres articles ont surpris par leur résilience.

Les T-shirts et les robes, par exemple, ont enregistré une progression de plus de 2 % en volume exporté. Cela peut sembler contre-intuitif dans un contexte de concurrence étrangère accrue, mais ces produits sont souvent moins sensibles aux variations de prix et trouvent encore leur marché, y compris en Europe.

Cette observation montre que certains segments souvent perçus comme plus basiques ou moins techniques parviennent à maintenir ou même à accroître leurs parts sur les marchés internationaux, malgré la pression des concurrents asiatique et turc.

Concurrence internationale et contraintes de production

Le textile marocain est fortement dépendant des marchés européens, qui absorbent une part écrasante des exportations.

Cette dépendance expose le secteur aux fluctuations de la demande sur ce marché, elle-même influencée par des facteurs macroéconomiques tels que le pouvoir d’achat des consommateurs, les politiques commerciales européennes et les mouvements de réorientation des flux de production internationaux.

La concurrence asiatique est particulièrement pointée du doigt pour sa capacité à produire des volumes très importants à des coûts unitaires très bas.

Cette configuration est facilitée par une intégration industrielle complète, de la fibre au produit fini, et par une demande intérieure colossale qui alimente en permanence le système de production.

Dans ce contexte, des pays comme la Chine et certains pays d’Asie du Sud-Est peuvent proposer des prix très compétitifs, imposant une pression sur les exportateurs marocains qui peinent à maintenir leurs marges tout en répondant aux exigences de délais et de qualité.

L’importance de l’analyse par filière et par savoir-faire

Pour dépasser cette lecture monolithique du textile-habillement, les experts industriels estiment qu’il est crucial d’examiner les performances à l’échelle des filiales, produits et compétences spécifiques plutôt qu’à celle du secteur global.

Cette approche permet de mieux comprendre quelles niches produisent de la valeur, quelles chaînes de production sont les plus vulnérables, et où les efforts d’investissement doivent être concentrés pour renforcer la compétitivité.

Le textile marocain n’est pas un bloc uniforme : chaque segment mobilise des compétences, des technologies et des mécanismes commerciaux propres. Les stratégies efficaces d’exportation nécessitent donc une segmentation fine du secteur, afin d’identifier les produits qui justifient des efforts d’innovation, de montée en gamme et de diversification des marchés.

Un rôle social majeur souvent négligé

Au-delà de ses enjeux économiques, l’industrie textile joue un rôle social profond dans l’économie marocaine.

C’est l’un des rares secteurs capables de générer de l’emploi à différents niveaux de qualification, offrant des opportunités d’ascension sociale pour des profils très variés : personnes sans qualification formelle, jeunes décrochés, diplômés de formation professionnelle, universitaires et ingénieurs.

Cette capacité à intégrer une main-d’œuvre diverse est un atout important, notamment pour les zones industrielles qui attirent des populations rurales à la recherche d’opportunités économiques.

Au-delà des indicateurs purement économiques, la dimension sociale du textile doit donc être pleinement intégrée dans toute réflexion stratégique sur l’avenir du secteur.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Malgré la baisse observée en 2025, certains acteurs du secteur restent optimistes quant à un possible rebond à court terme.

L’un des leviers évoqués est la diversification des marchés, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de l’Europe.

L’émergence de nouvelles zones de consommation en Amérique du Nord, en Afrique et au Moyen-Orient pourrait offrir de nouvelles opportunités si les exportateurs marocains parviennent à y adapter leurs produits et leurs stratégies logistiques.

Par ailleurs, renforcer l’intégration verticale, investir dans la montée en gamme et encourager l’innovation dans la conception et le traitement des textiles pourraient permettre au Maroc de mieux se positionner face à la concurrence mondiale.

Une dynamique sectorielle à nuancer

La baisse globale des exportations textiles marocaines en 2025 ne doit pas être interprétée comme une simple dégradation du secteur. Elle révèle plutôt une évolution contrastée, où certains segments souffrent tandis que d’autres parviennent à maintenir leur performance voire à progresser.

Pour définir des stratégies industrielles efficaces, il est essentiel de dépasser l’approche agrégée et d’adopter une lecture par filières, produits et chaînes de valeur.

Dans un environnement international de plus en plus compétitif, le succès futur du textile marocain dépendra de sa capacité à valoriser ses atouts, à innover et à diversifier ses marchés tout en préservant son rôle social fondamental.




Mardi 3 Février 2026