Le Festival international du film de femmes de Salé poursuit sa 19e édition en donnant la parole à des histoires et des regards venus de plusieurs continents. De « Sarkash, les Indociles » à « The World of Love », en passant par « Stand Up », plusieurs œuvres projetées durant les premiers jours du festival abordent la violence, le traumatisme, le handicap ou encore la reconstruction.
Mais avec un parti pris commun : ne jamais réduire les personnages féminins à leurs blessures.
Organisé par l’Association Bouregreg jusqu’au 3 octobre, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le FIFFS continue ainsi d’interroger la représentation des femmes au cinéma, tout en accordant une large place à la création féminine.
Amal Ayouch, une carrière entre cinéma et engagement
Parmi les temps forts de cette édition figure l’hommage rendu à la comédienne marocaine Amal Ayouch lors de la cérémonie d’ouverture.
Révélée à la fin des années 1990 avec « Destin de femme » de Hakim Noury, qui lui avait valu le prix d’interprétation féminine au Festival national du film de Casablanca, l'actrice a développé depuis une carrière entre cinéma et théâtre, au Maroc comme à l’étranger.
Son parcours compte notamment des expériences internationales dans « Regard sur Juliette » et « Gladiator 2 », mais aussi un travail théâtral autour de l’œuvre de Fatema Mernissi.
Son engagement auprès de Solidarité Féminine accompagne également cette trajectoire artistique.
À Salé, Amal Ayouch a profité de cet hommage pour rappeler les obstacles auxquels restent confrontées de nombreuses femmes dans le cinéma. Selon elle, l’accès au financement et à la production demeure déterminant pour permettre aux réalisatrices de construire une carrière durable après un premier film.
Elle plaide ainsi pour davantage de soutien aux projets portés par des femmes et pour une meilleure circulation de leurs œuvres à l’international.
« Sarkash, les Indociles » : faire entendre la parole des femmes
La question de la parole féminine occupe également le cœur du documentaire « Sarkash, les Indociles », réalisé par Sophie Schrago.
Le film emmène le public à Naupada, à Mumbai, où Khatoon Sher dirige un tribunal islamique destiné aux femmes. Présentée comme l’une des premières femmes juges en droit islamique en Inde, elle accompagne notamment des femmes confrontées à des conflits conjugaux ou à des violences.
La réalisatrice ne souhaitait cependant pas construire son documentaire uniquement autour des injustices subies.
Son regard se concentre aussi sur le travail quotidien de Khatoon Sher et de ses collègues, sur leur capacité à défendre les droits des femmes et sur les formes de solidarité qui se développent entre elles.
Les chants, les discussions sur l’amour et les moments de complicité apportent ainsi une autre dimension à un récit qui refuse de résumer ses protagonistes à la violence qu’elles ont vécue.
« The World of Love » : derrière l’adolescence, un traumatisme enfoui
Dans un registre différent, « The World of Love » de la réalisatrice sud-coréenne Yoon Ga-eun suit Joo-in, une adolescente de 17 ans vive, drôle et entourée d’amis.
Son équilibre est bouleversé lorsqu’une pétition circule contre la libération d’un agresseur sexuel. Joo-in est la seule de son groupe à refuser de la signer.
Ce choix fait progressivement remonter à la surface un traumatisme enfoui depuis l’enfance.
Le film ne se concentre pourtant pas uniquement sur cet épisode. Joo-in continue à vivre ses amitiés, ses premiers sentiments amoureux et ses relations avec son entourage.
La réalisatrice s’intéresse surtout aux effets durables des violences sexuelles, mais aussi aux réactions de la société face aux victimes : incompréhension, culpabilité, silence ou volonté de continuer à vivre.
Présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto dans la section Platform, « The World of Love » a ensuite reçu plusieurs distinctions, dont la Montgolfière d’or au Festival des 3 Continents de Nantes.
« Stand Up » : réapprendre à construire sa vie
La reconstruction est également au centre de « Stand Up », premier long métrage de fiction du réalisateur néerlandais Mari Sanders.
Le film raconte l’histoire de Vera, 23 ans, dont la vie change brutalement après un accident entraînant l’amputation d’une jambe.
Pendant sa rééducation, elle rencontre Xander, 22 ans, utilisateur d’un fauteuil roulant depuis sa naissance et déterminé à devenir humoriste.
Cette rencontre pousse Vera à modifier progressivement son rapport au handicap et à imaginer une autre manière d’avancer.
Le film évite cependant de présenter la reconstruction comme un retour obligatoire à la vie d’avant. Il s’attarde également sur le désir, les relations, l’humour, les frustrations et les difficultés quotidiennes.
Mari Sanders, lui-même en situation de handicap et utilisateur d’un fauteuil roulant, travaille depuis plusieurs années sur les questions d’identité, de handicap et d’appartenance.
Pour incarner Vera, il a choisi Lucia Zemene, elle-même amputée, renforçant ainsi l’ancrage du film dans une expérience concrète du handicap.
Le Québec à l’honneur
Cette 19e édition ne se limite pas à la compétition officielle.
Le Québec, invité d’honneur du festival, est représenté à travers quatre films, des rencontres professionnelles ainsi qu’une master class de la cinéaste québécoise d’origine marocaine Halima Elkhatabi.
Le FIFFS rend également hommage à la mémoire de Fatema Mernissi, en partenariat avec l’Association des amis de Fatema Mernissi. Le programme comprend notamment la projection du documentaire « Fatema, la sultane inoubliable » de Mohamed Abderrahman Tazi.
Le cinéaste est lui aussi honoré durant cette édition, aux côtés d’Amal Ayouch et de Meryem Zaïmi.
De nouveaux regards sur la représentation des femmes
Autre nouveauté de cette édition : la section « La femme... dans leur regard », consacrée à la manière dont des réalisateurs hommes représentent la condition féminine.
Son lancement autour du travail de Mohamed Abderrahman Tazi permet d’élargir la réflexion sur la diversité des regards portés sur les femmes au cinéma.
Le programme comprend également le colloque « Le cinéma et les enjeux de la société civile », le rendez-vous « Dialogue de cinéastes » entre Hind Bensari et Sofia Alaoui, ainsi que le Prix de l’Autre Rive.
Des projections en plein air sont par ailleurs organisées au Souk El Kbir, dans la médina de Salé.
À mi-parcours, cette 19e édition du Festival international du film de femmes de Salé dessine ainsi une mosaïque de trajectoires féminines. Des femmes qui défendent leurs droits, affrontent un traumatisme, vivent avec un handicap ou reconstruisent leur quotidien.
Des personnages complexes, dont les histoires ne se limitent jamais aux épreuves traversées, et qui participent à faire évoluer les regards sur la place des femmes, à l’écran comme dans la société.
Mais avec un parti pris commun : ne jamais réduire les personnages féminins à leurs blessures.
Organisé par l’Association Bouregreg jusqu’au 3 octobre, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le FIFFS continue ainsi d’interroger la représentation des femmes au cinéma, tout en accordant une large place à la création féminine.
Amal Ayouch, une carrière entre cinéma et engagement
Parmi les temps forts de cette édition figure l’hommage rendu à la comédienne marocaine Amal Ayouch lors de la cérémonie d’ouverture.
Révélée à la fin des années 1990 avec « Destin de femme » de Hakim Noury, qui lui avait valu le prix d’interprétation féminine au Festival national du film de Casablanca, l'actrice a développé depuis une carrière entre cinéma et théâtre, au Maroc comme à l’étranger.
Son parcours compte notamment des expériences internationales dans « Regard sur Juliette » et « Gladiator 2 », mais aussi un travail théâtral autour de l’œuvre de Fatema Mernissi.
Son engagement auprès de Solidarité Féminine accompagne également cette trajectoire artistique.
À Salé, Amal Ayouch a profité de cet hommage pour rappeler les obstacles auxquels restent confrontées de nombreuses femmes dans le cinéma. Selon elle, l’accès au financement et à la production demeure déterminant pour permettre aux réalisatrices de construire une carrière durable après un premier film.
Elle plaide ainsi pour davantage de soutien aux projets portés par des femmes et pour une meilleure circulation de leurs œuvres à l’international.
« Sarkash, les Indociles » : faire entendre la parole des femmes
La question de la parole féminine occupe également le cœur du documentaire « Sarkash, les Indociles », réalisé par Sophie Schrago.
Le film emmène le public à Naupada, à Mumbai, où Khatoon Sher dirige un tribunal islamique destiné aux femmes. Présentée comme l’une des premières femmes juges en droit islamique en Inde, elle accompagne notamment des femmes confrontées à des conflits conjugaux ou à des violences.
La réalisatrice ne souhaitait cependant pas construire son documentaire uniquement autour des injustices subies.
Son regard se concentre aussi sur le travail quotidien de Khatoon Sher et de ses collègues, sur leur capacité à défendre les droits des femmes et sur les formes de solidarité qui se développent entre elles.
Les chants, les discussions sur l’amour et les moments de complicité apportent ainsi une autre dimension à un récit qui refuse de résumer ses protagonistes à la violence qu’elles ont vécue.
« The World of Love » : derrière l’adolescence, un traumatisme enfoui
Dans un registre différent, « The World of Love » de la réalisatrice sud-coréenne Yoon Ga-eun suit Joo-in, une adolescente de 17 ans vive, drôle et entourée d’amis.
Son équilibre est bouleversé lorsqu’une pétition circule contre la libération d’un agresseur sexuel. Joo-in est la seule de son groupe à refuser de la signer.
Ce choix fait progressivement remonter à la surface un traumatisme enfoui depuis l’enfance.
Le film ne se concentre pourtant pas uniquement sur cet épisode. Joo-in continue à vivre ses amitiés, ses premiers sentiments amoureux et ses relations avec son entourage.
La réalisatrice s’intéresse surtout aux effets durables des violences sexuelles, mais aussi aux réactions de la société face aux victimes : incompréhension, culpabilité, silence ou volonté de continuer à vivre.
Présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto dans la section Platform, « The World of Love » a ensuite reçu plusieurs distinctions, dont la Montgolfière d’or au Festival des 3 Continents de Nantes.
« Stand Up » : réapprendre à construire sa vie
La reconstruction est également au centre de « Stand Up », premier long métrage de fiction du réalisateur néerlandais Mari Sanders.
Le film raconte l’histoire de Vera, 23 ans, dont la vie change brutalement après un accident entraînant l’amputation d’une jambe.
Pendant sa rééducation, elle rencontre Xander, 22 ans, utilisateur d’un fauteuil roulant depuis sa naissance et déterminé à devenir humoriste.
Cette rencontre pousse Vera à modifier progressivement son rapport au handicap et à imaginer une autre manière d’avancer.
Le film évite cependant de présenter la reconstruction comme un retour obligatoire à la vie d’avant. Il s’attarde également sur le désir, les relations, l’humour, les frustrations et les difficultés quotidiennes.
Mari Sanders, lui-même en situation de handicap et utilisateur d’un fauteuil roulant, travaille depuis plusieurs années sur les questions d’identité, de handicap et d’appartenance.
Pour incarner Vera, il a choisi Lucia Zemene, elle-même amputée, renforçant ainsi l’ancrage du film dans une expérience concrète du handicap.
Le Québec à l’honneur
Cette 19e édition ne se limite pas à la compétition officielle.
Le Québec, invité d’honneur du festival, est représenté à travers quatre films, des rencontres professionnelles ainsi qu’une master class de la cinéaste québécoise d’origine marocaine Halima Elkhatabi.
Le FIFFS rend également hommage à la mémoire de Fatema Mernissi, en partenariat avec l’Association des amis de Fatema Mernissi. Le programme comprend notamment la projection du documentaire « Fatema, la sultane inoubliable » de Mohamed Abderrahman Tazi.
Le cinéaste est lui aussi honoré durant cette édition, aux côtés d’Amal Ayouch et de Meryem Zaïmi.
De nouveaux regards sur la représentation des femmes
Autre nouveauté de cette édition : la section « La femme... dans leur regard », consacrée à la manière dont des réalisateurs hommes représentent la condition féminine.
Son lancement autour du travail de Mohamed Abderrahman Tazi permet d’élargir la réflexion sur la diversité des regards portés sur les femmes au cinéma.
Le programme comprend également le colloque « Le cinéma et les enjeux de la société civile », le rendez-vous « Dialogue de cinéastes » entre Hind Bensari et Sofia Alaoui, ainsi que le Prix de l’Autre Rive.
Des projections en plein air sont par ailleurs organisées au Souk El Kbir, dans la médina de Salé.
À mi-parcours, cette 19e édition du Festival international du film de femmes de Salé dessine ainsi une mosaïque de trajectoires féminines. Des femmes qui défendent leurs droits, affrontent un traumatisme, vivent avec un handicap ou reconstruisent leur quotidien.
Des personnages complexes, dont les histoires ne se limitent jamais aux épreuves traversées, et qui participent à faire évoluer les regards sur la place des femmes, à l’écran comme dans la société.


