Un nouveau réglage pour un marché en recomposition
La décision prise le 6 juillet par Bank Al-Maghrib modifie un maillon discret, mais important, de la chaîne du paiement par carte. Les frais d’interchange correspondent à la rémunération versée entre acteurs lors d’une transaction. Ils ne représentent pas l’intégralité de la commission facturée au commerçant, mais influencent son niveau.
Après un premier plafonnement à 0,65 % en octobre 2024, la Banque centrale ramènera ce taux à 0,50 % à compter du 1er octobre 2026. Un taux de 0,15 % est prévu pour les administrations publiques et les commerces de proximité. La mesure accompagne les engagements pris pour rendre le marché plus concurrentiel, alors que l’écosystème monétique marocain s’ouvre à de nouveaux acquéreurs et prestataires.
Pour un commerçant, le coût total dépend toutefois de plusieurs éléments : contrat, volume de transactions, location ou achat du terminal, services associés et tarification de l’acquéreur. La baisse réglementaire ne se traduira donc pas mécaniquement par quinze points de base de réduction sur chaque facture. Elle crée plutôt une marge pour renégocier les offres et concevoir des formules adaptées aux petites activités.
Le sujet est crucial parce que le paiement électronique ne se développe pas seulement avec des cartes distribuées. Il faut aussi que les clients puissent les utiliser dans un nombre suffisant de points de vente. Or les petits commerçants hésitent encore lorsqu’ils perçoivent le terminal comme coûteux, complexe ou peu compatible avec une trésorerie tendue.
D’autres freins persistent : préférence de certains clients pour les espèces, connexion insuffisante dans certaines zones, crainte des pannes, méconnaissance des recours ou volonté de disposer immédiatement des fonds. La baisse de l’interchange intervient donc dans un système où chaque détail compte, depuis l’équipement jusqu’au délai de versement sur le compte.
La bataille se jouera chez les petits commerçants
Pour produire un effet durable, la réforme devra être accompagnée d’une transparence tarifaire plus lisible. Les commerçants doivent pouvoir comparer les offres sans décoder une accumulation de commissions, de forfaits et de conditions. Le Conseil de la concurrence et Bank Al-Maghrib ont intérêt à observer la manière dont la baisse est répercutée, car une réduction absorbée par d’autres frais aurait peu d’impact sur l’usage.
Les administrations publiques peuvent jouer un rôle d’entraînement grâce au taux réduit : plus les démarches et paiements publics acceptent des moyens électroniques simples, plus le citoyen prend l’habitude de les utiliser. Le commerce de proximité reste néanmoins le point décisif. Une épicerie, un café ou un petit prestataire ne raisonne pas comme une grande enseigne.
Il compare le coût du terminal au montant moyen de ses ventes, à la vitesse d’encaissement et au risque opérationnel. Des solutions légères, fondées sur le mobile, le sans-contact ou le QR code, peuvent compléter le terminal traditionnel si elles sont interopérables et sécurisées. La confiance sera aussi déterminante.
Une transaction contestée, un remboursement lent ou une assistance inaccessible peut suffire à ramener un utilisateur vers les espèces. La transition ne doit pas opposer brutalement cash et numérique. Elle doit offrir un choix crédible, abordable et compris.
Le Maroc peut y gagner une meilleure traçabilité des échanges, une inclusion financière élargie et des coûts de manipulation des espèces moins élevés. Les très petites entreprises peuvent aussi construire un historique de revenus utile pour accéder au financement, à condition que leurs données soient protégées et utilisées avec leur consentement.
La baisse de l’interchange est donc un levier, pas une solution complète. Son succès se lira dans trois indicateurs concrets : le nombre de commerces nouvellement équipés, la progression des paiements de faible montant et la diminution du coût total réellement supporté par les accepteurs.