Le timing n’avait rien d’anodin. Au lendemain d’un week-end marqué par une montée brutale des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les marchés ont immédiatement réagi. Les cours de l’énergie se sont tendus. Et, pour un pays importateur d’hydrocarbures comme le Maroc, la question est loin d’être théorique.
Invitée sur BFM TV, Nadia Fettah a adopté un ton à la fois lucide et rassurant. « Nous importons nos hydrocarbures, donc nous sommes prêts à d’éventuels impacts sur notre économie. Le Maroc a le plan d’action qu’il faut », a-t-elle affirmé. Pas de déni. Mais pas d’alarmisme non plus.
Dans la loi de finances, le baril avait été budgété à 65 dollars. Or, il évolue déjà autour de 85 dollars. L’écart est significatif. Une hausse prolongée exercerait une pression directe sur la facture énergétique, et indirecte sur les coûts de transport, les prix à la consommation et, in fine, le pouvoir d’achat. La ministre en convient : le défi existe. Mais il reste, selon elle, « maîtrisable ».
Le Maroc n’aborde pas cette séquence sans expérience. Ces dernières années, le Royaume a dû faire face à des chocs inflationnistes mondiaux et à des perturbations logistiques majeures. Des mécanismes de soutien ont été activés pour protéger les ménages les plus vulnérables et accompagner les entreprises. Ces amortisseurs ont été testés dans des conditions réelles. Ils constituent aujourd’hui un filet de sécurité.
La solidité des réserves de change, la gestion prudente des finances publiques et l’évolution progressive vers un mix énergétique plus vert renforcent cette capacité d’absorption. Certes, la dépendance aux importations d’énergie demeure une contrainte structurelle. Mais elle s’inscrit désormais dans une stratégie de transition et de diversification.
Au-delà de l’énergie, la question de l’attractivité économique du Maroc se pose avec acuité dans un environnement international incertain. Sur ce terrain, la ministre met en avant un atout intangible mais décisif : la stabilité. Stabilité politique dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Stabilité macroéconomique. Stabilité réglementaire. « Le Maroc est une vraie base d’investissement dans un monde turbulent », a-t-elle souligné.
Les annonces récentes du groupe Safran illustrent cette dynamique. L’industriel français a confirmé l’ouverture d’une chaîne d’assemblage de moteurs LEAP destinés à Airbus, ainsi qu’une nouvelle usine dédiée aux trains d’atterrissage. L’investissement avoisine 500 millions d’euros et devrait générer près de 800 emplois. Dans le contexte actuel, ce type d’engagement n’est pas anodin : il traduit une confiance durable dans la trajectoire industrielle du Royaume.
La stratégie marocaine repose sur un double pari : attirer les capitaux étrangers tout en renforçant l’intégration locale. Les résultats sont tangibles. Le taux d’intégration dépasse 60 % dans l’automobile et atteint 42 % dans l’aéronautique. Ces performances traduisent une montée en compétence des écosystèmes industriels nationaux.
Autre pilier de résilience : la diversification des partenariats. Le Maroc entretient des relations économiques étroites avec l’Europe, les États-Unis, les États du Golfe et la Chine. Cette ouverture, assumée et constante, constitue un levier stratégique dans un monde fragmenté.
Rien n’est gagné d’avance. Une flambée durable du pétrole mettrait à l’épreuve les équilibres budgétaires et sociaux. Mais le message de Nadia Fettah est clair : le Maroc n’est pas spectateur. Il anticipe, ajuste et avance. Dans un contexte mondial troublé, la résilience devient plus qu’un mot. Elle s’impose comme une ligne de conduite.