Démissionner à répétition et s'excuser quatre fois par jour, ce n'est pas de la politique, c'est du show médiatique.
Je m’excuse dès le réveil, avant même la première matinale radio.
Je m’excuse à midi, avant le journal de treize heures.
Je m’excuse à nouveau avant le vingt heures.
Et puisque la journée est longue, autant prévoir quelques excuses supplémentaires entre deux éditions spéciales, un débat télévisé et quelques commentaires sur les réseaux sociaux.
Je m’excuse par avance pour les promesses retardées, les réformes inachevées, les compromis imparfaits, les arbitrages contestés et même pour les crises que personne n’avait vues venir. Après tout, il semble que l’époque exige désormais de l’homme politique qu’il demande pardon non seulement pour ses erreurs, ce qui serait légitime, mais aussi pour les limites mêmes de la réalité.
À ce rythme, gouverner ne consistera bientôt plus à agir, décider ou construire, mais à s’excuser en continu. Heureusement, il subsiste encore une vieille vérité que le vacarme médiatique n’a pas totalement effacée : le ridicule ne tue pas. Du moins, pas tout le monde.
Je m’excuse à midi, avant le journal de treize heures.
Je m’excuse à nouveau avant le vingt heures.
Et puisque la journée est longue, autant prévoir quelques excuses supplémentaires entre deux éditions spéciales, un débat télévisé et quelques commentaires sur les réseaux sociaux.
Je m’excuse par avance pour les promesses retardées, les réformes inachevées, les compromis imparfaits, les arbitrages contestés et même pour les crises que personne n’avait vues venir. Après tout, il semble que l’époque exige désormais de l’homme politique qu’il demande pardon non seulement pour ses erreurs, ce qui serait légitime, mais aussi pour les limites mêmes de la réalité.
À ce rythme, gouverner ne consistera bientôt plus à agir, décider ou construire, mais à s’excuser en continu. Heureusement, il subsiste encore une vieille vérité que le vacarme médiatique n’a pas totalement effacée : le ridicule ne tue pas. Du moins, pas tout le monde.
Il y a, dans la vie politique, une confusion entretenue entre la promesse et le serment.
La promesse électorale appartient au temps du désir collectif. Le serment, lui, appartient au temps de l’absolu. Or la politique n’est pas l’absolu. Elle n’est ni une religion, ni une équation, ni une ligne droite tracée entre une parole donnée et un résultat garanti. Elle est une traversée humainement volontariste.
Faut-il alors qu’à chaque promesse contrariée, à chaque engagement ralenti, déplacé, amendé par le réel, l’homme politique vienne s’excuser publiquement ?
Faut-il qu’il batte sa coulpe devant les caméras, comme si gouverner consistait à cocher mécaniquement les cases d’un programme écrit dans l’ivresse d’une campagne ?
Ou faut-il qu’il claque la porte, au nom d’une pureté morale que le pouvoir, par nature, ne permet presque jamais ?
La question est moins simple qu’elle n’en a l’air. Car une promesse trahie n’est pas la même chose qu’une promesse contrariée. La première relève du mensonge. La seconde relève du combat avec la réalité.
Un responsable politique doit rendre des comptes. Toujours. Il doit expliquer pourquoi une mesure annoncée n’a pas été appliquée, pourquoi elle a été retardée, pourquoi elle a été transformée. Il doit dire la vérité sur les contraintes budgétaires, les résistances administratives, les rapports de force sociaux, les urgences imprévues. Le silence, en politique, est souvent plus grave que l’échec.
Mais exiger une démission à chaque promesse non tenue, c’est faire semblant d’ignorer ce qu’est gouverner ou participer à la gouvernance dans le cadre d'une alliance. C’est confondre l’éthique avec le spectacle de l’éthique. C’est transformer la responsabilité en rituel d’humiliation permanente.
L’homme politique ne doit pas s’excuser d’avoir rencontré le réel. Il doit s’excuser lorsqu’il l’a caché. Il ne doit pas claquer la porte parce qu’un compromis a été nécessaire. Il doit partir lorsqu’il a renoncé à l’essentiel, lorsqu’il a vendu ses convictions contre une place, lorsqu’il a transformé la prudence en confort et le réalisme en reniement.
La vraie question n’est donc pas : une promesse a-t-elle été tenue à la lettre ? La vraie question est : l’esprit de cette promesse a-t-il survécu à l’épreuve du pouvoir ?
Car la politique, au fond, n’est pas seulement l’art de promettre. C’est l’art tragique de rester fidèle sans être immobile. De composer sans se dissoudre. De négocier sans se perdre. De céder sur le calendrier sans abandonner la direction.
Le citoyen n’a pas besoin d’hommes politiques qui s’excusent tous les matins pour exister encore le soir. Il a besoin de responsables capables de dire : voilà ce que nous avons promis, voilà ce que nous avons pu faire, voilà ce que nous n’avons pas réussi à faire, voilà pourquoi, et voilà comment nous comptons reprendre le chemin.
Ce n’est pas l’excuse qui sauve la politique. C’est la vérité.
Faut-il alors qu’à chaque promesse contrariée, à chaque engagement ralenti, déplacé, amendé par le réel, l’homme politique vienne s’excuser publiquement ?
Faut-il qu’il batte sa coulpe devant les caméras, comme si gouverner consistait à cocher mécaniquement les cases d’un programme écrit dans l’ivresse d’une campagne ?
Ou faut-il qu’il claque la porte, au nom d’une pureté morale que le pouvoir, par nature, ne permet presque jamais ?
La question est moins simple qu’elle n’en a l’air. Car une promesse trahie n’est pas la même chose qu’une promesse contrariée. La première relève du mensonge. La seconde relève du combat avec la réalité.
Un responsable politique doit rendre des comptes. Toujours. Il doit expliquer pourquoi une mesure annoncée n’a pas été appliquée, pourquoi elle a été retardée, pourquoi elle a été transformée. Il doit dire la vérité sur les contraintes budgétaires, les résistances administratives, les rapports de force sociaux, les urgences imprévues. Le silence, en politique, est souvent plus grave que l’échec.
Mais exiger une démission à chaque promesse non tenue, c’est faire semblant d’ignorer ce qu’est gouverner ou participer à la gouvernance dans le cadre d'une alliance. C’est confondre l’éthique avec le spectacle de l’éthique. C’est transformer la responsabilité en rituel d’humiliation permanente.
L’homme politique ne doit pas s’excuser d’avoir rencontré le réel. Il doit s’excuser lorsqu’il l’a caché. Il ne doit pas claquer la porte parce qu’un compromis a été nécessaire. Il doit partir lorsqu’il a renoncé à l’essentiel, lorsqu’il a vendu ses convictions contre une place, lorsqu’il a transformé la prudence en confort et le réalisme en reniement.
La vraie question n’est donc pas : une promesse a-t-elle été tenue à la lettre ? La vraie question est : l’esprit de cette promesse a-t-il survécu à l’épreuve du pouvoir ?
Car la politique, au fond, n’est pas seulement l’art de promettre. C’est l’art tragique de rester fidèle sans être immobile. De composer sans se dissoudre. De négocier sans se perdre. De céder sur le calendrier sans abandonner la direction.
Le citoyen n’a pas besoin d’hommes politiques qui s’excusent tous les matins pour exister encore le soir. Il a besoin de responsables capables de dire : voilà ce que nous avons promis, voilà ce que nous avons pu faire, voilà ce que nous n’avons pas réussi à faire, voilà pourquoi, et voilà comment nous comptons reprendre le chemin.
Ce n’est pas l’excuse qui sauve la politique. C’est la vérité.
Cher camarade
Faire semblant de ne pas comprendre cette évidence relève moins de l’exigence démocratique que d’une forme de déni du réel. Car chacun sait, au fond, qu’aucun gouvernement ne dispose d’un pouvoir absolu sur les événements, les finances, les crises ou les rapports de force qui façonnent son action. Exiger qu’une promesse soit appliquée instantanément, sans adaptation ni arbitrage, c’est demander à la politique ce qu’elle ne pourra jamais être. Faire semblant de l’ignorer, c’est finalement manquer de bon sens volontairement. Et le bon sens, en démocratie comme ailleurs, reste souvent la plus rare des vertus.
Premiére conviction :
La politique est, et restera, l’art des promesses de campagne, des compromis de gouvernement, des arbitrages permanents et des priorités dictées par les contraintes du réel. Elle se construit chaque jour dans la hiérarchisation des urgences, sous l’influence des rapports de force économiques, sociaux, institutionnels et électoraux.
Seconde conviction :
La politique n’est pas l’art de tenir toutes les promesses. C’est l’art de choisir lesquelles peuvent être tenues, à quel rythme et à quel coût. Entre les promesses de campagne et l’action gouvernementale s’interposent les contraintes budgétaires, les équilibres institutionnels, les rapports de force et les urgences du quotidien.
Troisième convition :
Les campagnes électorales fabriquent des promesses ; l’exercice du pouvoir impose des compromis. Entre les deux, il y a la réalité : les finances publiques, les équilibres sociaux, les crises imprévues, les rapports de force et les arbitrages permanents. Gouverner consiste moins à tout faire qu’à décider ce qui doit être fait d’abord.
Alors continue, cher ami Aziz. Continue même autant que tu voudras. Mais permets-moi de penser que, sur ce coup-là, tu as tort... et qu’au fond de toi, tu le sais un peu aussi.
Notre débat peut continuer, cher camarade. Il continuera même probablement encore longtemps, parce que nous partageons au moins une conviction : les idées valent mieux que les procès d’intention.
Tu continueras à pointer les incohérences, les retards et les promesses inachevées. Je continuerai à rappeler que gouverner consiste aussi à composer avec le réel, ses contraintes, ses urgences et ses rapports de force. C’est la règle du jeu démocratique.
Et puis, entre nous, nous avons la « kachaba » suffisamment large pour supporter quelques désaccords sans remettre en cause ni l’amitié, ni le respect, ni le plaisir du débat. En darija, cela signifie simplement que nous avons les épaules assez solides pour encaisser la contradiction sans perdre le sourire.
Tu continueras à pointer les incohérences, les retards et les promesses inachevées. Je continuerai à rappeler que gouverner consiste aussi à composer avec le réel, ses contraintes, ses urgences et ses rapports de force. C’est la règle du jeu démocratique.
Et puis, entre nous, nous avons la « kachaba » suffisamment large pour supporter quelques désaccords sans remettre en cause ni l’amitié, ni le respect, ni le plaisir du débat. En darija, cela signifie simplement que nous avons les épaules assez solides pour encaisser la contradiction sans perdre le sourire.