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Femme ou Homme à la tête du gouvernement ? le Maroc à l’heure d’un choix politique inédit !


​Le scrutin du 23 septembre 2026 n’a pas produit une révolution électorale. Il a produit quelque chose de plus subtil : un déplacement du centre de gravité. Le PAM est arrivé en tête avec 97 sièges, devant le RNI à 66, l’Istiqlal à 65 et le PJD à 54. Le reste du paysage parlementaire confirme une fragmentation maîtrisée, mais sans effacement des grands blocs. Ces résultats restent provisoires, dans l’attente de l’achèvement des procédures légales.



El Mansouri, Lekjaa, Bensaid : Après le verdict des urnes, qui peut vraiment gouverner ?

Femme ou Homme à la tête du gouvernement ? le Maroc à l’heure d’un choix politique inédit !
Le premier enseignement tient à la participation. Le taux national annoncé par le ministère de l’Intérieur s’établit à 38,08 %. C’est peu au regard de l’importance d’un scrutin législatif, mais ce chiffre doit être lu avec précaution. Le corps électoral comptait 15,8 millions d’inscrits ; les 60 ans et plus représentaient plus de 29 % des inscrits, tandis que les 18-24 ans n’en représentaient que 4 %. Cela dit quelque chose de la sociologie de l’inscription électorale avant même de parler de l’abstention.

Le deuxième enseignement est plus politique : le vote de 2026 sanctionne certaines positions sans renverser tout le système. Le RNI chute fortement par rapport à 2021. L’Istiqlal recule également. Le PAM, lui, progresse et prend la première place. Quant au PJD, il réussit une remontée spectaculaire, de 13 à 54 sièges, qui constitue l’un des faits majeurs du scrutin.

La nouvelle Chambre sera donc moins dominée par le triptyque de l’ancienne majorité et davantage traversée par une opposition parlementaire renforcée. Mais arithmétiquement, une recomposition autour d’une partie de l’ancienne majorité reste possible. Le scrutin ouvre donc moins une rupture qu’une négociation générale sur les rapports de force.

C’est ici que commence la vraie question : qui conduira le prochain gouvernement ?

La Constitution fournit le cadre. Le Chef du gouvernement doit être nommé par SM le Roi au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants, sur la base des résultats du scrutin. Avec 97 sièges, le PAM devient donc le parti au sein duquel devra être choisi le futur Chef du gouvernement si les résultats sont confirmés.

Et c’est précisément là que le scénario 2026 devient inédit.

Fatima Ezzahra El Mansouri : la possibilité historique

Le nom de Fatima Ezzahra El Mansouri s’impose naturellement dans le débat. Elle est aujourd’hui coordinatrice nationale de la direction collégiale du PAM, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, et elle a occupé une position centrale dans la campagne du parti.

Pendant la campagne, elle a personnellement défendu un programme présenté comme un « contrat de cinq ans », fondé sur des engagements chiffrés et évaluables. Elle incarnait donc non seulement la direction politique du PAM, mais aussi une partie de son récit programmatique.

Sa nomination aurait évidemment une portée symbolique considérable : jamais une femme n’a dirigé le gouvernement marocain. Mais ce symbole ne suffirait pas à résumer le choix. El Mansouri dispose aussi d’une expérience gouvernementale, territoriale et partisane, et elle occupe la position institutionnelle la plus visible dans la direction actuelle du PAM.

Le fait que le PAM ait choisi une direction collégiale complique cependant toute lecture automatique. Le parti revendique précisément une gouvernance moins personnalisée et davantage fondée sur ses structures.

Fouzi Lekjaa : le profil technopolitique

L’autre nom qui revient est celui de Fouzi Lekjaa. Son cas est très différent.

Membre du bureau politique du PAM et ministre délégué chargé du Budget, il a fortement marqué la campagne par son exposition sur les questions économiques. Devant la CGEM notamment, il a défendu une doctrine donnant une place centrale à l’investissement privé, à la croissance, à l’emploi et aux équilibres budgétaires.

Mais il existe une donnée majeure : Lekjaa n’a finalement pas été candidat aux élections législatives. Il avait été annoncé à Berkane avant de renoncer à se présenter tout en restant impliqué dans la campagne du PAM.

Cela ne l’exclut pas automatiquement du débat constitutionnel, puisque l’article 47 affirme bien que le Chef du gouvernement soit choisi au sein du parti arrivé en tête, pas qu’il soit nécessairement député. Mais politiquement, la différence est importante : El Mansouri ou d’autres figures issues directement de la direction électorale du PAM peuvent revendiquer un ancrage plus directement lié au scrutin.

Lekjaa incarne plutôt un scénario de compétence exécutive et économique, dans une période où les finances publiques, l’investissement, l’emploi et les grands projets pèseront lourd dans l’agenda 2026-2031.

Mehdi Bensaid : la carte générationnelle

Mohamed Mehdi Bensaid constitue un autre profil à observer. Membre de la direction collégiale du PAM et ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, il a été très présent durant la campagne et a participé directement à l’élaboration et à la défense du programme électoral.

Sa trajectoire lui donne une image plus générationnelle, plus urbaine et davantage tournée vers les secteurs culturels, numériques et jeunesse. Le PAM lui-même l’a mis en avant comme l’un de ses principaux visages politiques durant la campagne.

Mais il faudrait distinguer visibilité politique et probabilité institutionnelle. À ce stade, aucune source officielle ne permet d’établir une hiérarchie entre ces profils.

Fatima Saadi : le troisième visage de la direction collégiale

Fatima Saadi mérite également d’être mentionnée. Membre de la direction collégiale du PAM, ancienne présidente du conseil communal d’Al Hoceima, elle a occupé une place active dans la campagne et dans les messages du parti sur les femmes, les jeunes, le monde rural et le Rif.

Son profil illustre surtout une particularité du PAM 2026 : le parti ne repose plus sur une seule figure de chef. Sa direction collective produit plusieurs prétendants possibles au leadership gouvernemental, ce qui laisse une marge politique importante au moment de la formation de la majorité.

Le vrai choix dépasse la question du genre

La tentation médiatique sera naturellement de réduire l’équation à ceci : première femme Chef du gouvernement ou nouveau chef masculin ?

Ce serait trop simple.

Le véritable arbitrage portera probablement sur quatre dimensions : la cohérence avec la direction du parti arrivé en tête, la capacité à construire une majorité parlementaire, l’expérience gouvernementale et la compatibilité avec les priorités du prochain mandat.

Et ces priorités sont lourdes : pouvoir d’achat, emploi, santé, éducation, protection sociale, investissements, grands chantiers à l’horizon 2030 et soutenabilité budgétaire.

Il faudra également composer une coalition. Le PAM n’a que 97 sièges sur 395. La majorité absolue se situe à 198. Autrement dit, la première force politique ne peut gouverner seule. Le choix du Chef du gouvernement sera donc inséparable du choix de la majorité qui le soutiendra.

Le scrutin de 2026 pose ainsi deux questions simultanées.

La première est institutionnelle : qui, au sein du PAM, sera désigné pour conduire le prochain exécutif ?

La seconde est politique : avec qui gouvernera-t-il ou gouvernera-t-elle ?

Le Maroc pourrait donc entrer dans une séquence totalement nouvelle. Une femme à la tête du gouvernement constituerait évidemment un précédent historique. Un homme issu du PAM pourrait, lui, incarner une autre logique : économique, générationnelle ou technopolitique.

Mais avant le genre du prochain Chef du gouvernement, c’est peut-être sa capacité à transformer une victoire relative de 97 sièges en majorité cohérente qui sera décisive.


Vendredi 25 Septembre 2026