L'ODJ Média

Festival des Andalousies Atlantiques : Essaouira fait dialoguer les musiques et les cultures


Du 29 au 31 octobre 2026, Essaouira vibrera au rythme de la 21e édition du Festival des Andalousies Atlantiques. Quinze concerts, des rencontres culturelles et des collaborations artistiques inédites rythmeront cet événement consacré aux patrimoines musicaux marocain, judéo-marocain et méditerranéen. Parmi les temps forts annoncés figure une création réunissant les chants du Piyout et les sonorités gnaoua.



Festival des Andalousies Atlantiques : Essaouira fait dialoguer les musiques et les cultures
Essaouira s'apprête à retrouver l'une de ses grandes manifestations culturelles. Pendant trois jours, la cité des Alizés accueillera musiciens, chanteurs et artistes de différentes générations pour une nouvelle édition du Festival des Andalousies Atlantiques, organisée par l'Association Essaouira-Mogador.

Placée sous le thème « Alif × Alef : deux lettres, une même histoire », cette édition mettra à l'honneur les liens historiques et culturels entre les traditions arabe et hébraïque. Les deux premières lettres de leurs alphabets respectifs serviront de fil conducteur à une programmation dédiée à la rencontre des mémoires et des expressions artistiques.

Lancé en 2003 à l'initiative d'André Azoulay, le festival s'est construit autour d'un objectif : préserver et valoriser les héritages musicaux communs aux communautés juive et musulmane du Maroc, tout en favorisant leur dialogue avec d'autres traditions méditerranéennes.

Pour cette 21e édition, les organisateurs annoncent quinze concerts, plusieurs rencontres artistiques et des collaborations réunissant des interprètes du Matrouz, du Malhoun, du flamenco, de la musique arabo-andalouse et du répertoire gnaoua.

Une ouverture sous le signe du Matrouz

Le coup d'envoi sera donné le jeudi 29 octobre avec une soirée consacrée au Matrouz, une expression musicale qui fait se rencontrer les traditions poétiques et chantées arabes et hébraïques.

Pour sa première participation au festival, Moshé Louk partagera la scène avec le chanteur marocain Marouane Hajji. Leur prestation rendra hommage à deux grandes figures de ce patrimoine musical, Rabbi Haïm Louk et Abderrahim Souiri.

Cette ouverture marquera également le retour de Nouhaila El Kalai, qui avait fait ses premiers pas devant le public du festival à seulement 13 ans. La chanteuse retrouvera Marouane Hajji pour un duo illustrant la transmission artistique entre générations.

La soirée réunira aussi l'Orchestre andalou dirigé par le violoniste Elad Levi et des musiciens marocains placés sous la direction d'Anass Belhachemi.

À minuit, Dar Souiri accueillera le Hapiyut Ensemble, formation de 18 artistes appartenant à trois générations et spécialisée dans le Piyout, tradition de poésie liturgique chantée. L'ensemble a été distingué en 2026 par le prix Landau des Arts et des Sciences, selon les organisateurs.

Malhoun, flamenco et mémoire séfarade au programme

Le vendredi 30 octobre, les activités débuteront à Bayt Dakira avec le Forum des Andalousies, organisé de 10h à 13h autour du thème « L'importance du lieu, l'importance du lien ».

Cette rencontre réunira artistes, chercheurs, intellectuels et acteurs culturels pour échanger sur le rôle des territoires et des héritages partagés dans la construction des liens entre les communautés.

Les concerts prendront ensuite le relais à Dar Souiri. Hamid Ajbar présentera « Le souffle d'Al-Andalus », une proposition musicale inspirée de la poésie andalouse, tandis que Mohamed Aaboud explorera les mawwals et les chants traditionnels de Tanger.

À Bayt Dakira, la guitariste espagnole Mercedes Luján proposera une immersion dans l'univers du flamenco, avec une attention particulière portée à la contribution des femmes à cet art.

Le groupe Shira u'tfila fera également revivre la mémoire séfarade à travers un spectacle évoquant notamment une Haggadah préservée pendant la Seconde Guerre mondiale grâce à l'intervention d'un musulman bosnien.

La soirée réunira par ailleurs deux générations du Malhoun marocain, représentées par Majda Yahyaoui et Souhaila Sahraoui. Elles seront accompagnées par l'Orchestre Al Assala de Meknès, dirigé par Rachid Lahkim, ainsi que par la troupe de Lhaj Saïd Berrada, figure de la tradition aïssaouie.

La chanteuse Samia El Antri fera également son retour à Essaouira, avant une rencontre musicale nocturne à Dar Souiri.

Sous la direction d'Avraham Edri et de Hamza Jorti, les Paytanim du Matrouz et les Madihiyine d'Essaouira interpréteront des noubas andalouses en arabe et en hébreu. Sans amplification, cette prestation privilégiera la proximité avec le public, invité à participer aux chants.

Le flamenco contemporain rencontre les traditions marocaines

La dernière journée, samedi 31 octobre, prolongera les échanges entre différentes expressions musicales.

À Dar Souiri, le spectacle « Marhba Blli Ja Andna » rassemblera Nouhaila El Kalai, Anass Belhachemi et Hicham Dinar autour de plusieurs répertoires populaires marocains. Mohamed Aaboud participera également à la programmation.

À Bayt Dakira, Mercedes Luján et le groupe Shira u'tfila retrouveront le public pour de nouvelles prestations.

L'un des moments attendus sera la première participation de la danseuse et chorégraphe espagnole Olga Pericet. Lauréate du Prix national de danse en Espagne en 2018 et récompensée par un prix Max de la meilleure interprète de danse, elle présentera une création associant flamenco contemporain et influences arabo-andalouses.

Hamid Ajbar et ses musiciens la rejoindront sur scène pour une rencontre entre danse et musique, illustrant les possibilités de dialogue entre ces deux univers artistiques.

Piyout et Gnaoua : une création inédite pour clôturer le festival

Le point d'orgue de cette édition interviendra le samedi 31 octobre, entre 22h45 et minuit, avec une collaboration entre le Hapiyut Ensemble et la Maâlma Hind Ennaira.

Pour la première fois dans le cadre de ce projet artistique, les chants du Piyout rencontreront les rythmes gnaoua dans une création commune.

Cette initiative donne forme à une ambition portée depuis plusieurs années par André Azoulay : faire se rencontrer deux traditions profondément liées à l'histoire culturelle du Maroc, mais rarement réunies dans une même proposition musicale.

Les artistes exploreront notamment des textes du « Yaguel Yaakov », recueil de poèmes liturgiques composé au Maroc par la famille Abihssira.

Les voix du Piyout dialogueront avec les instruments et les rythmes de la tradition gnaoua, dans une démarche cherchant à valoriser les particularités de chaque répertoire tout en faisant émerger de nouvelles correspondances musicales.

Cette collaboration constituera l'un des symboles de la 21e édition, en donnant une expression artistique au patrimoine pluriel du Maroc.

Essaouira, un espace de transmission et de rencontres

Au-delà de sa programmation musicale, le Festival des Andalousies Atlantiques poursuit son travail de valorisation de la mémoire culturelle marocaine.

Le retour d'artistes découverts lors des précédentes éditions, la présence de jeunes interprètes et les collaborations entre musiciens de différentes origines témoignent de la place accordée à la transmission des savoir-faire et des répertoires.

Depuis plus de deux décennies, cette manifestation contribue également au rayonnement culturel d'Essaouira, ville dont l'identité s'est construite autour de multiples influences africaines, arabes, amazighes, juives et méditerranéennes.

En associant concerts, débats et créations communes, cette nouvelle édition entend montrer comment les traditions musicales peuvent continuer à évoluer sans perdre leur mémoire.

Du 29 au 31 octobre, Essaouira deviendra ainsi une scène de rencontres entre générations et patrimoines, avec une programmation qui met autant l'accent sur la préservation des héritages que sur leur réinvention artistique.
 
Mercredi 21 Octobre 2026