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Flambée de l’or : la bijouterie marocaine face à un choc économique


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 9 Février 2026

La flambée du cours de l’or sur les marchés internationaux, avec une once dépassant les 5.000 dollars début 2026, met à rude épreuve les artisans et commerçants marocains. Alors que le métal jaune attire les investisseurs mondiaux, il fragilise un secteur local essentiel, confronté à la volatilité des prix et à une demande en net recul.



Une hausse historique qui pèse sur les prix locaux

Flambée de l’or : la bijouterie marocaine face à un choc économique

Depuis le début de l’année 2026, le marché mondial de l’or connaît une tension inédite. La combinaison des incertitudes géopolitiques, de la faiblesse du dollar et du retour massif des investisseurs vers les valeurs refuges a propulsé l’once au‑delà de 5.000 dollars, avec des pointes à 5.282 dollars certaines journées. Pour le Maroc, importateur net d’or, cette envolée se traduit directement sur le prix du gramme, qui atteint 1.460 à 1.470 dirhams, soit près de 70 % de hausse sur un an. Cette progression rapide met sous pression le pouvoir d’achat et fragilise la trésorerie des bijoutiers, en particulier les petits commerçants des souks et des quartiers spécialisés comme la Kissariat Al Manjra à Casablanca.


Entre volatilité des marchés et réalités locales

Contrairement à l’idée reçue, une hausse mondiale du cours ne signifie pas automatiquement de meilleurs profits pour les bijoutiers. Au contraire, lorsque les prix augmentent rapidement, la demande se contracte, surtout chez les clients sensibles au pouvoir d’achat. Beaucoup limitent désormais leurs achats aux pièces indispensables, comme les bijoux de mariage, ou renoncent purement et simplement à acheter de l’or pour l’épargne ou le plaisir. Les vitrines longtemps garnies restent parfois vides de transactions en fin de journée.
 

Cette volatilité extrême où le prix peut fluctuer de plusieurs dizaines de dirhams en quelques jours expose particulièrement les commerçants qui pratiquent souvent des ventes à crédit ou des paiements différés. Face à ce risque, plusieurs bijoutiers réduisent leurs commandes ou ferment temporairement en attendant plus de stabilité.
 

Ce choc met en lumière un déséquilibre entre la dynamique internationale et la réalité économique locale. Si l’or remplit pleinement son rôle de valeur refuge à l’échelle globale, sa flambée pèse lourdement sur le tissu économique marocain, surtout dans un contexte où le secteur de la bijouterie traditionnelle demeure majoritairement composé de petites entreprises familiales. De plus, l’absence de mécanismes de couverture financière adaptés rend ces acteurs particulièrement vulnérables à ces fluctuations.

L’or conserve son attrait planétaire en tant que valeur refuge, mais au Maroc, son envolée devient le symbole d’un défi à relever pour préserver un métier ancestral, maintenir une activité économique essentielle et protéger les consommateurs. Alors que les marchés internationaux continuent de dicter le tempo, bijoutiers et artisans se retrouvent à naviguer entre tradition et turbulence, espérant un apaisement durable des prix pour que le savoir‑faire marocain ne devienne pas une victime collatérale de cette crise du métal précieux.





Lundi 9 Février 2026