L'ODJ Média

France : Un musée privé du patrimoine soufi


Rédigé par La rédaction le Mardi 28 Juillet 2026

À Chatou, un musée privé lié à l’école MTO Shahmaghsoudi fait dialoguer patrimoine soufi, création contemporaine et dispositifs immersifs. Une initiative culturelle originale, dont la crédibilité dépendra aussi de la qualité de sa médiation et de sa transparence.



MACS MTO : le pari délicat d’exposer une mystique vivante

France : Un musée privé du patrimoine soufi
Entre les villas de Chatou, les bords de Seine et l’île rendue célèbre par les peintres impressionnistes, une demeure du XIXᵉ siècle abrite depuis septembre 2024 un musée sans véritable équivalent en France. Le Musée d’Art et de Culture Soufis MTO, plus couramment appelé MACS MTO, entend faire découvrir le soufisme non par un cours de théologie, mais par les objets, les images, les sons et les sensations.

Sur trois étages et quelque 600 m², près de 300 pièces composent un parcours où se croisent manuscrits, vêtements, tapis, calligraphies, céramiques, objets rituels et œuvres contemporaines. Le jardin, inspiré de traditions paysagères françaises et persanes, prolonge cette scénographie par la présence de l’eau, des plantes et d’espaces destinés à la contemplation.

Le musée se présente comme le premier au monde entièrement consacré à l’art et à la culture soufis. L’affirmation, reprise par plusieurs publications internationales, paraît crédible mais demeure difficile à certifier absolument. Elle traduit surtout l’ambition d’un établissement qui ne se contente pas d’exposer des objets anciens : il cherche à montrer le soufisme comme une pratique toujours vivante.

Parmi les pièces les plus remarquées figurent les kashkul, bols de mendicité devenus des symboles du détachement matériel, ainsi qu’un hologramme de Hazrat Shah Maghsoud délivrant un enseignement en persan. Le parcours associe également les collections à des créations d’artistes contemporains, musulmans ou non, dont les œuvres peuvent dialoguer avec des notions de quête, de lumière, de dépouillement ou de connaissance de soi.

Cette méthode atteint son expression la plus aboutie dans l’exposition « Quand le miroir se souvient du pas », ouverte jusqu’au 13 septembre 2026. Sous le commissariat de Golzar Yousefi, elle rassemble Farkhondeh Ahmadzadeh, Rachid Koraïchi, Sanaz Mazinani, Bahman Panahi et Monir Shahroudy Farmanfarmaian. Huit notions issues du vocabulaire soufi structurent le parcours, complété par une expérience virtuelle de dhikr, une salle de mosaïque de miroirs participative, un salon de lecture et des espaces d’écoute.

Le choix de l’immersion facilite l’accès à un sujet complexe, mais il comporte un risque : celui de transformer une tradition historique plurielle en expérience esthétique apaisante. Le Journal des Arts relevait ainsi que la forte dimension symbolique des œuvres rendait indispensable une médiation permettant de comprendre leurs liens avec les textes et les objets de la collection permanente.

La question institutionnelle mérite également d’être posée clairement. Le musée est géré par une association loi 1901 créée en 2020 et liée à MTO Shahmaghsoudi, organisation internationale d’enseignement du soufisme. Il reçoit le soutien de deux structures philanthropiques établies aux États-Unis et au Canada, ainsi que de mécènes anonymes.

Son budget 2026 n’a pas été rendu public. La direction est actuellement assurée par intérim par Éric Delpont, ancien responsable des collections d’art islamique de l’Institut du monde arabe.

Le musée affirmait en mars 2026 avoir accueilli un peu plus de 12 800 visiteurs depuis son ouverture, dont un quart d’étrangers. Pour cette institution encore jeune, le défi consiste désormais à élargir son public, consolider ses comités scientifiques et documenter plus précisément l’origine et le statut de ses collections.

Le MACS MTO arrive à un moment où l’islam demeure fréquemment enfermé, dans le débat public français, entre polémiques identitaires et questions sécuritaires. Montrer une histoire artistique et spirituelle plus complexe est donc utile. Mais cette ouverture culturelle ne gagnera durablement la confiance du public qu’en conjuguant beauté du lieu, pluralité des points de vue, exigence scientifique et transparence institutionnelle.




Mardi 28 Juillet 2026