Futsal : Hicham Dguig, l’architecte d’une dynastie marocaine aux quatre sacres africains consécutifs


Rédigé par le Vendredi 23 Octobre 2026

Quatre CAN consécutives, trois Coupes arabes et une Coupe des Confédérations : depuis sa nomination en 2010, Hicham Dguig a hissé le futsal marocain au sommet du continent et parmi les références mondiales. Un parcours marqué par une tragédie personnelle, une reconstruction remarquable et une ambition qui dépasse désormais les frontières africaines.



Le football marocain connaît une période faste, portée par les performances de ses différentes sélections. Mais au-delà des succès de l’équipe nationale A et des équipes de jeunes, une discipline s’est progressivement imposée comme l’une des grandes vitrines du sport national : le futsal.

Quatre Coupes d’Afrique des nations consécutives, trois Coupes arabes et une Coupe des Confédérations témoignent de la domination des Lions de l’Atlas. Sur la scène mondiale, le Maroc a également franchi un cap en atteignant les quarts de finale des Coupes du monde 2021 et 2024. Une progression qui porte largement la signature de Hicham Dguig, sélectionneur national depuis 2010 et principal artisan de cette ascension.

Le quatrième sacre continental, décroché mercredi soir à Rabat face à l’Angola (5-2), confirme la solidité d’un projet construit sur la durée. Au fil des années, le technicien originaire de Kénitra a façonné une équipe dominante en Afrique, désormais déterminée à se rapprocher davantage des meilleures nations mondiales.


Du miraculé au bâtisseur

Derrière les trophées et les records se dessine un parcours personnel marqué par une épreuve qui aurait pu mettre un terme à sa carrière. Nommé à la tête de la sélection nationale de futsal en 2010, Hicham Dguig se distingue rapidement. Aux Jeux méditerranéens organisés en Libye, le Maroc termine à la cinquième place, mais le technicien est élu meilleur entraîneur de la compétition.

Cette première reconnaissance ouvre la voie à une étape historique : la qualification des Lions de l’Atlas pour la Coupe du monde 2012, organisée en Thaïlande. Le futsal marocain commence alors à gagner en visibilité, même si le chemin vers les sommets reste long.

Le 1er septembre 2012, son destin bascule. Le minibus de l’équipe de Sebou Kénitra, qui se rend à Tétouan, est impliqué dans un grave accident de la route. Deux jeunes espoirs du futsal marocain, Amine El Yaghzi et Ismail Khayati, perdent la vie. Hicham Dguig est grièvement blessé à la colonne vertébrale, au point que la possibilité qu’il ne puisse plus jamais marcher est évoquée.

Après cette tragédie, le sélectionneur entame une longue période de rééducation. Sa reconstruction physique est progressive, mais il finit par retrouver le chemin des terrains et poursuit son travail auprès de la sélection nationale. Une épreuve qui aurait pu tout interrompre, sans parvenir à briser sa détermination.

Sur le plan sportif, Dguig continue de faire évoluer son groupe et s’appuie notamment sur des joueurs comme Soufiane El Mesrar et Bilal Bakkali, qui deviendront des figures majeures du futsal marocain. Le travail de fond commence à porter ses fruits en 2016, lorsque le Maroc remporte sa première CAN en Afrique du Sud.

Ce premier titre continental marque le début d’une domination qui va progressivement s’installer dans la durée.


De la conquête africaine à la reconnaissance mondiale

En 2020, lors de la CAN organisée à Laâyoune, les Lions de l’Atlas confirment leur progression en surclassant l’Égypte en finale (5-0). Le Maroc décroche ainsi son deuxième titre africain et valide sa qualification pour une troisième Coupe du monde consécutive.

Les deux premières participations mondiales, en Thaïlande en 2012 et en Colombie en 2016, s’étaient achevées dès la phase de groupes. Pour Dguig, l’objectif est désormais de transformer cette présence régulière en véritable performance sportive.

En 2021, lors du Mondial organisé en Lituanie, le Maroc franchit un premier palier en atteignant les quarts de finale. Les hommes de Dguig s’inclinent face au Brésil sur le score de 1-0, mais cette élimination n’efface pas la portée de leur parcours. Pour la première fois, la sélection marocaine atteint ce stade de la compétition et confirme qu’elle peut rivaliser avec des adversaires de premier plan.

En parallèle, le technicien poursuit sa moisson de titres régionaux. Le Maroc remporte les Coupes arabes des nations en 2021 et en 2022. Cette deuxième édition est notamment marquée par une victoire spectaculaire face à la Somalie (16-0), qui illustre l’écart creusé par les Lions de l’Atlas face à plusieurs sélections de la région.

L’année 2022 apporte une nouvelle consécration avec la victoire en Coupe des Confédérations de futsal, organisée en Thaïlande. Le Maroc reprend alors le trophée à l’Argentine et poursuit son ascension dans la hiérarchie internationale, jusqu’à atteindre la huitième place mondiale.

En 2023, les Lions de l’Atlas remportent une troisième Coupe arabe après avoir dominé le Koweït (7-1) en finale. La même année, Hicham Dguig est désigné meilleur entraîneur de futsal au monde par Futsalplanet. Une distinction qui vient récompenser un travail reconnu bien au-delà du continent africain.

Lors de la CAN 2024, organisée au Maroc, la sélection nationale ajoute un troisième sacre continental consécutif à son palmarès en battant l’Angola (5-1) en finale. Mais la Coupe du monde organisée la même année en Ouzbékistan rappelle que le dernier obstacle reste de taille : comme en 2021, le Maroc est éliminé en quarts de finale par le Brésil, futur champion du monde.

Loin de se contenter des acquis, Dguig poursuit le renouvellement de son effectif. L’intégration de jeunes talents évoluant en Europe, à l’image de Naoufel Aberkan, passé par Montpellier, s’inscrit dans cette volonté de maintenir la sélection au sommet africain tout en préparant la prochaine étape de son développement international.


Quatrième CAN : le Maroc confirme son hégémonie

En octobre 2026, le Maroc accueille une nouvelle édition de la CAN de futsal, après celles organisées en 2020 et en 2024. À domicile, les Lions de l’Atlas abordent la compétition avec le statut de favoris et une place parmi les meilleures sélections mondiales.

Dès la phase de groupes, les hommes de Dguig imposent leur rythme. Ils dominent l’Algérie (4-0), écrasent la Zambie (7-0), puis s’imposent face à la Libye (6-0). Bilan : trois victoires, 17 buts inscrits et aucun encaissé. Le Maroc aborde les phases à élimination directe avec une autorité qui confirme sa supériorité continentale.

En demi-finale, les Lions de l’Atlas ne laissent aucune chance à l’Égypte, battue 6-0. Ils retrouvent ensuite l’Angola en finale, avec la possibilité d’inscrire une nouvelle page dans l’histoire du futsal africain.

Cette fois, les Marocains encaissent leurs deux premiers buts du tournoi, mais gardent le contrôle de la rencontre et s’imposent 5-2. Le quatrième titre continental consécutif est acquis. Une nouvelle consécration pour une sélection qui a fait de la régularité et de l’exigence les fondements de sa domination.

Les distinctions individuelles viennent également récompenser le parcours marocain. Youssef Jouad, joueur de l’Union Touarga, est élu meilleur joueur de la compétition. Le capitaine Soufiane El Mesrar reçoit le prix du fair-play, tandis que Youssef Bensallam est
désigné meilleur gardien du tournoi.

Au-delà des trophées, ce nouveau sacre confirme la continuité du projet porté par Dguig. Le Maroc ne se contente plus de rivaliser avec les meilleures équipes africaines : il s’est installé durablement au sommet du continent, avec un groupe capable de se renouveler tout en conservant son identité et ses ambitions.


Le prochain défi : briser le plafond de verre mondial

Après avoir dominé l’Afrique, Hicham Dguig se trouve face à un objectif d’une autre dimension. Les Lions de l’Atlas ont démontré leur capacité à atteindre les quarts de finale de la Coupe du monde, mais ils n’ont pas encore réussi à franchir ce cap. À deux reprises, le Brésil a mis fin à leur parcours à ce stade de la compétition.

La prochaine échéance mondiale représente donc un défi majeur pour le sélectionneur et ses joueurs : transformer les progrès accomplis en une qualification pour les demi-finales et s’installer parmi les quatre meilleures nations de la discipline.

Le Maroc pourrait également bénéficier d’un avantage important si sa candidature à l’organisation du prochain Mondial, évoquée par Fouzi Lekjaa après la Coupe du monde 2024 en Ouzbékistan, venait à se concrétiser.

Pour Dguig, l’enjeu serait alors double : conduire son équipe vers une performance historique et contribuer à faire du futsal une vitrine encore plus importante du sport marocain.

Son parcours, marqué par un grave accident, une reconstruction personnelle et une succession de titres, raconte déjà l’histoire d’un bâtisseur. Mais après quatre sacres africains consécutifs, le sélectionneur semble toujours regarder plus loin. Le continent est conquis ; le dernier défi consiste désormais à faire tomber les barrières mondiales.





Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec… En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 23 Octobre 2026
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