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Gares routières au Maroc

Vers une transformation profonde pour des infrastructures modernes et performantes.


Rédigé par Salma Chmanti Houari le Mercredi 25 Février 2026

Le Maroc engage une vision ambitieuse de modernisation de ses gares routières, longtemps confrontées à des dysfonctionnements structurels, à une gestion éclatée entre plusieurs instances et à une infrastructure qui ne répond plus aux exigences actuelles de mobilité.

Ce chantier, porté conjointement par plusieurs départements ministériels et collectivités territoriales, vise à transformer ces espaces souvent délaissés en éléments structurants du transport national et urbain, tout en améliorant l’accueil des usagers, la sécurité et l’efficacité des opérations.



Un diagnostic sans complaisance

Gares routières au Maroc

Pendant de nombreuses années, les gares routières au Maroc ont souffert d’un manque de cohésion dans leur gestion : absence de standards clairs, entretien insuffisant, flux mal organisés et développement anarchique de services informels autour des quais.

Ces structures, censées être des plateformes essentielles de mobilité, se sont souvent retrouvées éclipsées par des pratiques non régulées qui nuisent à l’expérience des voyageurs et fragilisent la crédibilité du transport collectif par autocar.

Conscient de ces lacunes, le gouvernement a décidé de refonder totalement le modèle de gouvernance des gares routières, en clarifiant les responsabilités, en unifiant les normes techniques et en favorisant l’intégration de ces espaces dans les stratégies urbaines et de développement territorial. 


Décentralisation et responsabilités locales

L’un des premiers arbitrages effectués par l’État consiste à préciser que la création et l’exploitation des gares routières relèvent désormais pleinement des compétences des collectivités territoriales.

Cette orientation s’inscrit dans le cadre plus large de la politique de décentralisation, qui vise à rapprocher les décisions des réalités locales et à renforcer l’autonomie des communes et régions dans la gestion de leurs équipements publics.
 

Toutefois, cette autonomie locale ne se fera pas sans cadre national : un référentiel technique commun est en cours d’élaboration et servira de standard obligatoire pour toutes les nouvelles gares ou les projets de rénovation.

Ce document définira des exigences dans des domaines clés tels que la sécurité des usagers, l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, la qualité des équipements et l’intégration architecturale dans le tissu urbain


Des standards techniques pour sécuriser et homogénéiser

Le cœur de cette réforme repose sur l’adoption de normes techniques strictes qui deviennent la colonne vertébrale du projet de modernisation. Ces standards viseront à garantir une meilleure sécurité pour les voyageurs, une organisation fluide des flux, ainsi qu’un cadre fonctionnel adapté à la diversité des usagers.

Cela inclut des espaces d’attente confortables, une signalisation claire, des facilités pour les personnes handicapées, des zones de contrôle routier officielles et un environnement propice aux activités économiques formelles.
 

Ce référentiel, bientôt inscrit dans un arrêté ministériel finalisé, servira de cahier des charges obligatoire pour tous les futurs projets, qu’ils soient portés par les communes, des opérateurs publics ou des partenaires privés.


Modernisation, digitalisation et meilleures pratiques

La réforme ne se limite pas à l’aspect physique des gares : elle intègre également une dimension numérique forte.

Un système d’information centralisé est prévu pour numériser la gestion quotidienne des opérations, ce qui permettra de :
 

  • Recenser précisément les trajets et mouvements de bus,

  • Fiabiliser les recettes issues des services,

  • Améliorer la transparence financière et opérationnelle,

  • Offrir aux voyageurs des informations en temps réel sur les départs, les arrivées et les mouvements des véhicules.
     

Cette plateforme digitale devrait constituer une avancée majeure vers une gouvernance moderne et efficiente des gares routières, en phase avec les attentes des citoyens et les pratiques d’exploitation internationales.


Financement : un défi majeur et des solutions innovantes

Un des obstacles majeurs soulignés par les autorités concerne la soutenabilité financière. De nombreuses collectivités locales ont été démunies face aux coûts d’entretien, de rénovation et de développement des gares, faute de dotations adéquates.

Cela a contribué à une dégradation progressive des infrastructures et à une expérience voyageur souvent désagréable.

Pour remédier à cette contrainte, l’État encourage le recours à des modèles de financement mixtes, notamment des partenariats public-privé (PPP).

Cette stratégie vise à mobiliser davantage de ressources, à professionnaliser la gestion et à garantir que les investissements dans ces infrastructures soient durables et pérennes. 


Valorisation patrimoniale et identité urbaine

Un volet souvent négligé mais essentiel de cette réforme concerne la préservation du patrimoine bâti. Certaines gares routières marocaines, notamment à Tétouan, Larache, Nador ou Marrakech, sont considérées comme des éléments historiques ou architecturaux forts du paysage urbain.
 

Le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a souligné l’importance d’intégrer une dimension patrimoniale dans les efforts de modernisation, afin de sauvegarder et valoriser ces édifices, tout en les adaptant aux fonctions contemporaines.

À ce titre, certaines structures de Casablanca ont même été inscrites sur la liste du patrimoine national, ce qui ouvre la voie à des procédures institutionnelles de protection et de restauration.


Un modèle de mobilité repensé pour l’avenir

À terme, cette réforme des gares routières vise à créer un modèle intégré et cohérent de mobilité terrestre, aligné avec les ambitions nationales de développement économique et de dynamisation des territoires.

En clarifiant la gouvernance, en uniformisant les standards, en digitalisant la gestion et en explorant des solutions financières innovantes, le Maroc entend faire de ses gares routières des infrastructures modernes, performantes et attractives pour les voyageurs comme pour les opérateurs.
 

Ce chantier d’envergure devrait contribuer à améliorer la fluidité des déplacements, la sécurité des usagers et l’intégration des transports dans les stratégies urbaines, tout en favorisant une mobilité durable et adaptée aux besoins d’un pays en pleine transition. 





Mercredi 25 Février 2026