Les chiffres sont sans appel.
A l’échelle mondiale, selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), 13,2 % des denrées alimentaires seraient perdues entre la récolte et la vente au détail en 2022, tandis que près de 19 % de la production totale est gaspillée au niveau des ménages, de la restauration et du commerce.
Cette tendance se matérialise également dans notre pays : selon l’indice de gaspillage alimentaire du PNUE (2024), le Maroc aurait généré 3,8 millions de tonnes de gaspillage alimentaire en 2022, soit en moyenne 113 kg par habitant, contre 91 kg en 2021.
C'est l'équivalent de 120 kg jetés chaque seconde à la poubelle.
Ce gaspillage a un coût économique très concret pour les producteurs et les distributeurs. Mais il a également un coût humain, social et environnemental. En effet, il pourrait potentiellement affecter la disponibilité alimentaire et accroître la vulnérabilité des ménages les plus modestes.
Il exerce déjà une pression accrue sur les ressources naturelles, avec, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), 1,6 milliard de m³ d’eau mobilisés chaque année, soit 50% de la capacité maximale totale du barrage Al Massira, pour produire des denrées in fine non-consommées.
Par ailleurs, la décomposition des déchets alimentaires contribue à la pollution et aux émissions de gaz à effet de serre.
Cette tendance se matérialise également dans notre pays : selon l’indice de gaspillage alimentaire du PNUE (2024), le Maroc aurait généré 3,8 millions de tonnes de gaspillage alimentaire en 2022, soit en moyenne 113 kg par habitant, contre 91 kg en 2021.
C'est l'équivalent de 120 kg jetés chaque seconde à la poubelle.
Ce gaspillage a un coût économique très concret pour les producteurs et les distributeurs. Mais il a également un coût humain, social et environnemental. En effet, il pourrait potentiellement affecter la disponibilité alimentaire et accroître la vulnérabilité des ménages les plus modestes.
Il exerce déjà une pression accrue sur les ressources naturelles, avec, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), 1,6 milliard de m³ d’eau mobilisés chaque année, soit 50% de la capacité maximale totale du barrage Al Massira, pour produire des denrées in fine non-consommées.
Par ailleurs, la décomposition des déchets alimentaires contribue à la pollution et aux émissions de gaz à effet de serre.
Conscients de ces défis, les acteurs publics et privés ont lancé un ensemble d’initiatives qui n’ont, malheureusement, donné que peu de résultats en raison de leur dispersion et de leur insuffisante coordination.
Leur mobilisation, aussi louable soit-elle, reste insuffisante pour être à la hauteur de l’enjeu. Le problème n'est donc pas que nous ignorons le gaspillage. Le problème est que nous ne le traitons pas à la hauteur de son coût réel et nous n’identifions pas suffisamment les intérêts à le réduire.
Il faut le dire avec force : nous avons fini par considérer les surplus comme une normalité de fonctionnement plutôt que comme un dysfonctionnement à corriger.
Cette normalité est pourtant très récente. Encore enfant, le reste d'un déjeuner n'était pas un déchet mais était souvent resservi le soir, au dîner.
En somme, c’était une ressource que l’on faisait circuler, une denrée de "deuxième bouche" pour reprendre la lecture qu'en fait l'historien Jean-Paul Aron.
Pour ce dernier, c'est avec l'essor de l'industrie agroalimentaire, au sortir de la Seconde guerre mondiale, que le surplus a été relégué au rang de simple déchet.
En à peine trois générations, nous avons défait ce que des siècles de sobriété avaient patiemment construit. Réduire le gaspillage alimentaire, c’est une évidence économique et sociale pour permettre à chacun de se nourrir.
Mais il faut aussi regarder en face son poids sur le climat. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) est sans ambiguïté : les aliments gaspillés sont responsables de 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
S'il était un pays, il serait le troisième plus gros émetteur au monde, derrière la Chine et les États-Unis. Il est donc incongru de traiter le phénomène du gaspillage alimentaire comme une simple affaire de petits gestes du quotidien !
Il faut le dire avec force : nous avons fini par considérer les surplus comme une normalité de fonctionnement plutôt que comme un dysfonctionnement à corriger.
Cette normalité est pourtant très récente. Encore enfant, le reste d'un déjeuner n'était pas un déchet mais était souvent resservi le soir, au dîner.
En somme, c’était une ressource que l’on faisait circuler, une denrée de "deuxième bouche" pour reprendre la lecture qu'en fait l'historien Jean-Paul Aron.
Pour ce dernier, c'est avec l'essor de l'industrie agroalimentaire, au sortir de la Seconde guerre mondiale, que le surplus a été relégué au rang de simple déchet.
En à peine trois générations, nous avons défait ce que des siècles de sobriété avaient patiemment construit. Réduire le gaspillage alimentaire, c’est une évidence économique et sociale pour permettre à chacun de se nourrir.
Mais il faut aussi regarder en face son poids sur le climat. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) est sans ambiguïté : les aliments gaspillés sont responsables de 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
S'il était un pays, il serait le troisième plus gros émetteur au monde, derrière la Chine et les États-Unis. Il est donc incongru de traiter le phénomène du gaspillage alimentaire comme une simple affaire de petits gestes du quotidien !
Le Maroc a été confronté à une série de chocs climatiques et de sécheresses entre 2018 et 2025 :
Les récoltes céréalières ont chuté à plusieurs reprises (tombant autour de 30 à 50 millions de quintaux lors des pires campagnes), impactant lourdement le cheptel et obligeant l'Etat à débloquer plusieurs milliards de dirhams d’aides aux producteurs impactés.
Ces épisodes sont en partie l’expression du dérèglement climatique que notre gaspillage finit lui-même à alimenter.
C’est un cercle vicieux : chaque tonne de nourriture jetée émet des gaz à effet de serre qui aggravent le dérèglement climatique, qui à son tour fragilise notre capacité à produire de la nourriture, alors même que nos systèmes agricoles sont déjà sous tension.
La lutte contre le gaspillage alimentaire invite à un changement d’échelle drastique puisqu’il constitue un levier majeur pour diminuer les émissions des gaz à effet de serre.
Il faut bâtir, comme le préconise l’ONU, des systèmes alimentaires circulaires en s'appuyant notamment sur des solutions technologiques de valorisation de surplus qui contribueront, in fine, à renforcer la sécurité alimentaire, augmenter les revenus et favoriser la croissance économique.
Dans ce cadre et en ligne avec l’avis adopté par le CESE en avril 2025, une loi contre le gaspillage alimentaire doit être immédiatement adoptée et appliquée, tandis que l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire ainsi que les citoyens seront soutenus dans leur démarche.
Cela doit être une priorité pour éduquer les Marocains à cet enjeu car agir contre le gaspillage alimentaire est un enjeu de souveraineté alimentaire.
Ces épisodes sont en partie l’expression du dérèglement climatique que notre gaspillage finit lui-même à alimenter.
C’est un cercle vicieux : chaque tonne de nourriture jetée émet des gaz à effet de serre qui aggravent le dérèglement climatique, qui à son tour fragilise notre capacité à produire de la nourriture, alors même que nos systèmes agricoles sont déjà sous tension.
La lutte contre le gaspillage alimentaire invite à un changement d’échelle drastique puisqu’il constitue un levier majeur pour diminuer les émissions des gaz à effet de serre.
Il faut bâtir, comme le préconise l’ONU, des systèmes alimentaires circulaires en s'appuyant notamment sur des solutions technologiques de valorisation de surplus qui contribueront, in fine, à renforcer la sécurité alimentaire, augmenter les revenus et favoriser la croissance économique.
Dans ce cadre et en ligne avec l’avis adopté par le CESE en avril 2025, une loi contre le gaspillage alimentaire doit être immédiatement adoptée et appliquée, tandis que l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire ainsi que les citoyens seront soutenus dans leur démarche.
Cela doit être une priorité pour éduquer les Marocains à cet enjeu car agir contre le gaspillage alimentaire est un enjeu de souveraineté alimentaire.
Pour autant, cela reste bien insuffisant par rapport à l’ampleur du problème, en l’absence d’une forte volonté politique.
Il importe en fait d’intégrer la réduction du gaspillage alimentaire dans la politique climatique du Maroc, au même titre que la décarbonation industrielle ou la transition vers les énergies propres, en imposant des objectifs de réduction juridiquement contraignants pour l’industrie de transformation, la distribution, la restauration et les ménages.
Par Ikbal Sayah, docteur Es-Sciences économiques de l’Université de Paris-IX Dauphine, expert en développement.
Par Ikbal Sayah, docteur Es-Sciences économiques de l’Université de Paris-IX Dauphine, expert en développement.
