Une démonstration militaire qui pèse sur le dialogue
L’image est forte. Le porte-avions Abraham Lincoln traverse le détroit d’Ormuz, zone stratégique vitale pour le pétrole mondial. Lundi, Donald Trump n’a pas cherché à calmer le jeu. Il a parlé d’une « grande armada près de l’Iran », affirmant qu’elle était plus importante que celle déployée récemment face au Venezuela.
Pourtant, quelques heures plus tard, le président américain change de ton. Dans un entretien accordé au média Axios, il affirme que Téhéran cherche un accord. « Ils ont appelé à de nombreuses reprises. Ils veulent parler », assure-t-il. Une déclaration qui intrigue autant qu’elle interroge, tant elle contraste avec la pression militaire exercée sur le terrain.
Washington souffle le chaud et le froid
Du côté américain, le discours reste volontairement flou. Un haut responsable cité par Axios confirme qu’un canal de discussion est ouvert, tout en rappelant que l’Iran « connaît les conditions » pour entamer de véritables négociations. En parallèle, les analystes évoquent des options militaires sérieuses, allant de frappes ciblées à des bombardements de sites stratégiques.
Selon le New York Times, les services de renseignement américains estiment que le régime iranien n’a jamais été aussi affaibli depuis 1979. Une lecture partagée par le sénateur républicain Lindsey Graham, proche de Donald Trump, qui affirme sans détour que « l’objectif est de mettre fin au régime ». Une phrase lourde de sens, qui réduit l’espace du compromis.
Répression en Iran et menace régionale
Pendant que la diplomatie joue aux équilibristes, la situation intérieure iranienne reste dramatique. Les arrestations se poursuivent après les manifestations de janvier. Selon l’ONG HRANA, plus de 41 000 personnes ont été interpellées et des milliers tuées. Le bilan exact reste impossible à établir, notamment en raison de la coupure générale d’internet imposée par les autorités.
Côté iranien, le ton est ferme. Un responsable des Gardiens de la révolution a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, un scénario qui ferait trembler les marchés énergétiques mondiaux. Téhéran prévient aussi que tout pays voisin laissant son territoire servir à une attaque serait considéré comme hostile.
L’Arabie saoudite, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a déjà exclu toute utilisation de son espace aérien contre l’Iran. Même message du côté des Émirats. Le président iranien Massoud Pezeshkian, dans un échange avec Mohammed ben Salmane, a averti que les menaces américaines ne mèneraient qu’à plus d’instabilité.
Un Moyen-Orient au bord du basculement
Israël, de son côté, hausse le ton. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévenu que toute attaque iranienne entraînerait une riposte « inimaginable ». Une déclaration qui ajoute une couche supplémentaire à un climat déjà électrique.
Entre discours de négociation et démonstration de force, la stratégie américaine reste volontairement ambiguë. La question n’est plus seulement de savoir si l’Iran veut parler, mais jusqu’où chaque camp est prêt à aller. Dans les prochains jours, un mot de trop ou un incident naval pourrait suffire à faire basculer toute la région.