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Hassan Sentissi : « Je ne cherche pas à rester président, mais je ne remettrai pas les clés à quelqu’un qui n’exporte pas »


Rédigé par La rédaction le Jeudi 18 Juin 2026

La crise ouverte au sein de l’ASMEX n’est plus seulement une affaire de succession. Elle est devenue un débat de fond sur la nature même de la Confédération marocaine des exportateurs : qui peut la diriger ? Un professionnel de l’accompagnement à l’export ? Un fournisseur d’entreprises exportatrices ? Un dirigeant connaissant l’international ? Ou nécessairement un exportateur direct, engagé personnellement dans les marchés extérieurs ?



ASMEX, Hassan Sentissi
ASMEX, Hassan Sentissi
Hassan Sentissi, président sortant de l’ASMEX, tranche sans détour. Il affirme ne pas vouloir prolonger son mandat, mais refuse que son départ se traduise, selon lui, par une remise en cause de l’ADN de l’organisation. Sa formule résume toute sa position : « Je ne cherche pas à rester président, mais je ne remettrai pas les clés à quelqu’un qui n’exporte pas. »

Depuis plusieurs semaines, l’organisation patronale dédiée aux exportateurs traverse une séquence tendue. Trois candidatures ont été retenues pour l’élection prévue le 23 juin : Adil Zaidi, Abdelaziz Mantrach et Sonia Mezzour. Le conseil d’administration les a validées. Mais Hassan Sentissi conteste leur éligibilité au regard des statuts, qui exigent une « expérience avérée en matière d’export ».

Pour lui, le problème ne vient pas d’une volonté de blocage personnel. Il assure ne défendre ni un poste ni un intérêt particulier. Sa ligne est juridique : les statuts, le règlement intérieur et la vocation professionnelle de l’ASMEX doivent être respectés. « Je suis parfaitement tranquille parce que je ne défends ni un intérêt personnel ni un poste », soutient-il. Il dit vouloir rester dans le cadre du droit et refuser toute situation imposée par le fait accompli.

Élu en 2013, Hassan Sentissi a vu les mandats évoluer de trois à cinq ans. En 2021, il avait été reconduit faute de candidature déposée dans les délais. Son troisième mandat arrive aujourd’hui à son terme. À ceux qui l’accusent implicitement de vouloir prolonger son règne, il répond avec une formule volontairement définitive : « Même s’ils me donnent mon poids en or, je n’accepterai jamais un nouveau mandat. »

Mais cette déclaration ne clôt pas le débat. Car s’il ne veut pas rester, il ne veut pas non plus partir dans n’importe quelles conditions. Au cœur du désaccord se trouve une notion essentielle mais insuffisamment définie : l’« expérience avérée en matière d’export ». Les statuts ne précisent ni seuil de chiffre d’affaires à l’export, ni durée minimale d’activité, ni volume d’opérations internationales. Cette imprécision nourrit aujourd’hui deux lectures opposées.

La majorité du conseil d’administration estime que les candidatures retenues répondent aux conditions prévues par les textes. Hassan Sentissi, lui, défend une interprétation beaucoup plus stricte. Selon lui, accompagner des exportateurs ne fait pas automatiquement de quelqu’un un exportateur. Vendre des équipements à des entreprises exportatrices ne suffit pas davantage. Travailler dans un groupe ayant une activité internationale ne constitue pas, à ses yeux, une preuve d’expérience directe de l’export si la personne concernée n’en assume pas elle-même la responsabilité opérationnelle.

Son raisonnement repose sur une idée simple : présider une confédération d’exportateurs suppose d’avoir connu personnellement les contraintes des marchés étrangers. Prospection, négociation, logistique, douanes, délais, risques commerciaux, paiements internationaux, fluctuations monétaires : l’export n’est pas seulement un environnement, c’est un métier. Et ce métier, selon lui, doit être pratiqué pour être représenté avec légitimité.

Hassan Sentissi met aussi son bilan dans la balance. Il rappelle avoir accompagné la digitalisation de l’ASMEX, développé des outils de promotion de l’offre marocaine, renforcé la formation des membres et introduit de nouveaux sujets, dont l’intelligence artificielle. Il présente ces réalisations comme les éléments d’une transformation durable de l’organisation. Mais aussi comme une responsabilité : celle de ne pas laisser, selon lui, une structure construite pour les exportateurs perdre sa cohérence professionnelle.

Pour sortir de l’ambiguïté, il a convoqué une assemblée générale extraordinaire le 22 juin, soit la veille du scrutin. L’objectif affiché est de clarifier les critères permettant de définir ce qu’est réellement un exportateur au sens des statuts. Une démarche que ses opposants peuvent percevoir comme une tentative de modifier les règles en pleine procédure électorale. Lui y voit au contraire une mise en conformité nécessaire avec la vocation de l’ASMEX.

La bataille porte également sur la méthode. Hassan Sentissi conteste l’idée qu’une condition d’éligibilité puisse être tranchée par un simple vote. Pour lui, un candidat remplit les conditions ou ne les remplit pas. Une majorité ne peut pas transformer une situation juridiquement contestable en validation statutaire. Il affirme aussi que le dossier d’Abdelaziz Mantrach n’était pas complet au moment de son examen, ce que conteste la majorité du conseil d’administration.

Derrière cette crise, une question plus large se dessine : les organisations professionnelles marocaines disposent-elles de règles suffisamment précises pour éviter les conflits d’interprétation au moment des successions ? L’ASMEX se retrouve aujourd’hui face à un cas d’école. Une exigence statutaire existe, mais elle n’est pas quantifiée. Elle est donc politiquement sensible, juridiquement discutable et institutionnellement explosive.

Hassan Sentissi affirme désormais se considérer comme déjà parti. Il dit ne plus vouloir intervenir dans la gestion quotidienne de l’organisation. Mais il prévient que l’élection du 23 juin ne mettra pas nécessairement fin au conflit. Si une personne qu’il considère non éligible est élue, il annonce qu’il saisira la justice pour faire vérifier le respect des statuts et du règlement intérieur.

La succession à l’ASMEX prend ainsi une dimension qui dépasse les noms des candidats. Elle oppose deux visions de la représentativité professionnelle. L’une privilégie une lecture large de l’expérience internationale. L’autre exige une pratique directe de l’exportation. Entre les deux, l’organisation joue plus qu’une élection : elle joue sa définition d’elle-même.

Source entretien accordé à medias24





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