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Hyundai : la grève contre les robots humanoïdes, ou le conflit social qui commence déjà

Grève chez Hyundai : 73 000 salariés refusent d’être remplacés par des robots humanoïdes


Rédigé par La rédaction le Lundi 29 Juin 2026



Hyundai : la grève contre les robots humanoïdes, ou le conflit social qui commence déjà
Chez Hyundai, la question n’est plus théorique. Elle ne relève plus des tribunes futuristes, des démonstrations spectaculaires de robots dans les salons technologiques ou des promesses d’usines « intelligentes ». Elle est entrée dans le champ syndical, dans les négociations salariales et, désormais, dans la menace d’une grève.

En Corée du Sud, les salariés syndiqués de Hyundai Motor ont voté en faveur d’un mouvement de grève, sur fond d’inquiétude grandissante face au déploiement annoncé de robots humanoïdes Atlas, développés par Boston Dynamics, filiale du groupe Hyundai. Près de 87 % des quelque 40 000 membres du syndicat auraient soutenu l’autorisation de grève. Le chiffre de 73 000 salariés souvent relayé doit donc être manié avec prudence : il ne correspond pas au nombre de votants ayant décidé le mouvement, mais l’alerte sociale, elle, est bien réelle.

Le projet industriel est ambitieux. Hyundai prévoit une capacité de production de 30 000 robots humanoïdes par an à l’horizon 2028 et envisage le déploiement de plus de 25 000 unités dans ses sites Hyundai et Kia. Les premiers Atlas doivent notamment être introduits dans l’usine de Géorgie, aux États-Unis, pour des tâches de logistique, de séquençage de pièces et de manutention. À plus long terme, l’entreprise veut les faire progresser vers l’assemblage et certaines opérations répétitives ou physiquement exigeantes.

Sur le papier, le discours patronal est bien rodé : les robots ne viendraient pas remplacer l’humain, mais soulager les travailleurs des gestes pénibles, dangereux ou répétitifs. Hyundai promet aussi de nouveaux métiers liés à la maintenance, à l’entraînement des machines et à la supervision des lignes automatisées. Mais les ouvriers ne se contentent plus de cette formule. Ils demandent une garantie simple : aucun robot ne doit être introduit sans accord social clair, sans transparence sur les postes supprimés, transformés ou créés.

C’est là que le dossier Hyundai devient important, bien au-delà de la Corée du Sud. Car ce qui se joue n’est pas seulement une bataille entre une direction et ses salariés. C’est le premier grand conflit social de l’ère des robots humanoïdes industriels.

Pendant des décennies, l’automatisation a avancé par étapes : robots fixes dans l’automobile, logiciels dans les bureaux, caisses automatiques dans la distribution, algorithmes dans les services. Les salariés pouvaient parfois voir venir le changement. Les robots humanoïdes modifient l’équation. Leur force est précisément de pouvoir évoluer dans des environnements conçus pour des humains : marcher dans une usine, saisir des objets, porter des charges, utiliser des outils, se déplacer d’un poste à l’autre.

Autrement dit, ils ne remplacent plus seulement une machine spécialisée. Ils peuvent progressivement occuper des fonctions autrefois considérées comme difficiles à automatiser.

La France, comme le Maroc, ne peut pas regarder ce bras de fer de loin. Dans l’automobile, l’aéronautique, la logistique, les entrepôts, l’agroalimentaire ou les plateformes de distribution, la pression sur les coûts et la recherche de productivité préparent déjà le terrain. La vraie question n’est pas de savoir si les humanoïdes arriveront dans les usines françaises. Ils y arriveront, dès lors que leur coût, leur fiabilité et leur sécurité deviendront compatibles avec la production de masse.

La question décisive sera plutôt : dans quelles conditions ?

Faudra-t-il attendre les premières suppressions de postes pour ouvrir le débat ? Ou négocier dès maintenant une doctrine industrielle et sociale sur la robotisation ? Formation obligatoire, partage des gains de productivité, protection des salariés exposés, droit de regard des représentants du personnel, reconversion financée par les entreprises : ces sujets ne peuvent plus rester dans les laboratoires d’idées.

Hyundai envoie un signal. Le conflit du futur ne commencera peut-être pas par un grand discours sur l’intelligence artificielle. Il commencera, beaucoup plus concrètement, devant une chaîne de montage, lorsqu’un salarié verra arriver à côté de lui une machine capable de faire son travail, sans pause, sans fatigue et sans bulletin de paie.

Cela commence déjà.


 




Lundi 29 Juin 2026