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IA au Maroc : coopérer sans perdre la maîtrise


Par Dr Az-Eddine Bennani

La publication récente de Mistral AI, annonçant l’approfondissement de son partenariat avec le Royaume du Maroc à l’occasion de l’événement « AI Made in Morocco », mérite d’être lue avec attention, sérénité et exigence intellectuelle.

Elle met en avant des éléments positifs et concrets : la signature d’une convention avec le Ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration, la création d’un laboratoire conjoint de R&D, la co-construction de modèles multilingues adaptés au contexte marocain (darija, arabe marocain), ainsi qu’une volonté affichée d’aligner les cas d’usage sur les priorités stratégiques nationales.

Tout cela va clairement dans le bon sens et mérite d’être salué. Le Maroc a besoin de partenariats structurants, de transfert et d’échange de compétences, et d’accélération technologique.



Mais reconnaître ces avancées n’interdit pas de poser une question de fond, soulevée à juste titre par Aït Bellahcen de L’ODJ.

IA au Maroc : coopérer sans perdre la maîtrise
La souveraineté en intelligence artificielle ne se limite ni à la localisation des usages, ni à l’adaptation linguistique des modèles, ni même à la co‑construction de briques applicatives.

Elle repose aussi sur la maîtrise de la chaîne complète : données, modèles, infrastructures de calcul, hébergement, gouvernance et captation de la valeur.

Or, Mistral AI ne dispose pas aujourd’hui de sa propre infrastructure de calcul souveraine de bout en bout. Comme la majorité des acteurs de l’IA générative, l’entreprise dépend encore partiellement d’infrastructures cloud dominées par des acteurs extra‑européens.

Autrement dit, pour le Maroc, le risque n’est pas de coopérer avec Mistral.

 Le risque serait de confondre le transfert et l’échange de compétences et de méthodologies avec la maîtrise effective des briques critiques de l’intelligence artificielle.

Une IA réellement « Made in Morocco » émergera d’un écosystème associant universités, instituts, startups, administrations et territoires, autour d’une capacité endogène de conception, de gouvernance et de décision.

Le débat contribue utilement à clarifier les enjeux réels de la souveraineté en intelligence artificielle. Il invite à inscrire l’IA dans une trajectoire de long terme, fondée sur la coopération, la montée en compétences et la maîtrise progressive des choix technologiques.

Par Dr Az-Eddine Bennani


Jeudi 15 Janvier 2026