IA au Maroc : créer la richesse, gouverner la décision


Pour une transformation qui associe performance, souveraineté et responsabilité.

Par Dr Az‑Eddine Bennani, HDR France.

Créer de la richesse et respecter l’éthique constituent une ambition que je partage. Les réflexions récentes sur l’entrepreneuriat et les transformations provoquées par l’intelligence artificielle invitent cependant à prolonger le débat : quelle richesse voulons-nous créer, quelles capacités souhaitons-nous développer et comment entendons-nous exercer le pouvoir de décider ?

Ces questions traversent mes écrits consacrés à la souveraineté, à l’inclusion, à la transformation systémique et à la gouvernance de l’IA. Elles prennent aujourd’hui une portée concrète pour les entreprises, les institutions et les citoyens.



Comprendre la transformation

L’intelligence artificielle transforme les relations entre les savoirs, les personnes, les organisations et les ressources. Son introduction dans une entreprise engage la répartition du travail, les modalités d’apprentissage, les responsabilités et les critères de performance.

C’est en ce sens que je parle de transformation systémique. Une économie peut multiplier les outils et les investissements sans développer suffisamment sa capacité à comprendre leurs effets.

Pour créer durablement de la valeur, il faut relier les choix technologiques aux finalités poursuivies et aux réalités des organisations. La vitesse d’exécution constitue un résultat utile.

Elle doit être appréciée avec la qualité du service, la pertinence des décisions, les compétences acquises et les conséquences pour les personnes concernées.

Construire les capacités

Dans mes réflexions sur l’industrialisation de l’IA au Maroc, la capacité à produire, à intégrer, à maintenir et à faire évoluer les systèmes occupe une place centrale.

Chaque investissement devrait contribuer à renforcer des compétences et des savoir-faire qui restent accessibles au pays.

Cette ambition rejoint la souveraineté cognitive : conserver la capacité de définir les problèmes, d’interpréter les résultats et d’orienter les systèmes. Elle suppose des femmes et des hommes capables de comprendre les solutions utilisées, d’en discuter les limites et de décider de leur évolution.

L’ouverture internationale peut nourrir cette souveraineté lorsqu’elle favorise l’apprentissage, le transfert de compétences et la maîtrise des choix. La qualité d’un partenariat se mesure aussi à l’autonomie qu’il permet de construire.

Gouverner le pouvoir d’action

L’éthique devient particulièrement exigeante lorsqu’un système peut recommander, sélectionner, déclencher une opération ou agir au nom d’une organisation. Dans ma démarche AI LIGHT, je propose de gouverner ce pouvoir d’action réel.

L’autonomie accordée doit pouvoir être observée, supervisée et interrompue. Le contrat d’exécution précise alors la mission confiée, les permissions, les limites et les conditions d’arrêt.

Ces principes donnent une traduction opérationnelle à la responsabilité. Qui autorise l’action ? Qui peut intervenir ? Qui répond de ses conséquences ? Une supervision humaine doit s’accompagner des informations, des compétences et de l’autorité nécessaires pour agir.

Créer de la richesse avec l’IA engage ainsi la manière dont nous organisons la décision et dont nous en assumons les effets.

Transmettre pour préparer l’avenir

La transformation des emplois pose une question majeure : comment former les professionnels de demain si les activités par lesquelles ils apprennent deviennent progressivement automatisées ?

L’entreprise a besoin de personnes expérimentées.

Elle doit aussi entretenir les conditions dans lesquelles cette expérience se construit. L’apprentissage, le raisonnement et la confrontation aux situations réelles participent à sa capacité future de décider. Je propose donc d’intégrer la transmission aux critères d’évaluation des projets d’IA.

Un gain immédiat mérite d’être examiné au regard de ses effets sur la formation, l’accès des jeunes à l’emploi et le renouvellement des compétences.

Ancrer et évaluer

Pour le Maroc, cette ambition appelle une mobilisation des entreprises, de la recherche, de l’enseignement et des institutions, en associant les compétences marocaines là où elles se trouvent.

Elle appelle également une évaluation : quels problèmes avons-nous résolus ? Quelles capacités avons-nous construites ? Qui bénéficie de la valeur produite ? Quelles dépendances devons-nous encore réduire ?

Le chemin que je défends articule quatre mouvements : comprendre la transformation, construire les capacités, gouverner le pouvoir d’action, puis ancrer, transmettre et évaluer.

Créer de la richesse avec l’IA prend tout son sens lorsque cette richesse renforce notre capacité collective à apprendre, à agir et à décider. C’est à cette condition que la performance économique, la souveraineté et l’éthique peuvent se soutenir durablement.

Pour approfondir les modalités pratiques de mise en œuvre, à l’échelle microéconomique des entreprises et des organisations comme à l’échelle macroéconomique des politiques publiques, je renvoie à mes trois ouvrages : « Gouverner l’IA : Savoirs, Systèmes et Performances – Réinventer l’entreprise à l’ère des intelligences génératives et générales », « Industrialiser l’IA au Maroc » et « L’IA et le pouvoir de décider ».

J’y développe les démarches permettant de traduire ces principes en choix d’organisation, en capacités opérationnelles et en dispositifs de gouvernance et d’évaluation.

Ces trois ouvrages sont disponibles sur Amazon à l’international et en librairie au Maroc, à Rabat et ailleurs.


Mardi 20 Octobre 2026

La Rédaction
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