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Il était une fois, un prêtre qui voulait bombarder Rabat


Rédigé par le Mercredi 5 Août 2026

Le prêtre espagnol Javier Aizpún, originaire de Pampelune, aurait provoqué une vive polémique après avoir appelé l’Espagne à bombarder Rabat, occuper le Maroc et convertir les Marocains au christianisme. Ces propos relèvent d’une rhétorique extrême mêlant militarisme, nostalgie coloniale et guerre religieuse. Ils doivent être traités avec distance, fermeté et lucidité.



Le Maroc face au vieux logiciel colonial

Il était une fois, un prêtre qui voulait bombarder Rabat
Il y a des déclarations qui semblent sorties d’un vieux manuscrit poussiéreux, oublié entre une croisade médiévale et un plateau télé en manque d’audience ; comme celle du  prêtre espagnol Javier Aizpún ayant appelé le gouvernement de Pedro Sánchez à bombarder Rabat, occuper le Maroc et convertir les Marocains au christianisme. Rien que cela. À l’heure des drones, de la diplomatie et du droit international, certains découvrent encore la géopolitique avec une carte de 1492 et une bougie mal éteinte.

Ces propos auraient été tenus dans le contexte de la crise migratoire à Sebta. Dans ce type de moment, la tension sociale devient un carburant idéal pour les discours extrêmes. La peur remplace l’analyse, les réseaux sociaux remplacent les chancelleries, et quelques voix radicales tentent de transformer une crise humanitaire et frontalière en choc de civilisations.

La sortie de Javier Aizpún n’est pas seulement choquante. Elle est politiquement révélatrice. Elle montre comment, dans certains imaginaires européens, le Maroc reste parfois perçu non comme un État souverain, partenaire stratégique et voisin incontournable, mais comme un décor commode pour rejouer de vieux fantasmes de domination. Bombarder Rabat ? Occuper le Maroc ? Convertir tout un peuple ? On n’est plus dans le débat public. On est dans le théâtre de l’absurde, version soutane et poudre à canon.

Il faut cependant éviter de confondre cette outrance avec la position officielle de l’Espagne, de l’Église ou de la société espagnole dans son ensemble. Rien ne permet de présenter ces propos comme autre chose qu’une expression individuelle radicale, largement critiquée. C’est précisément cette distinction qui permet de répondre avec sérieux : condamner l’extrémisme sans tomber dans la généralisation.

Pour le Maroc, l’épisode rappelle l’importance de la maîtrise du récit. Face aux crises migratoires, aux intox numériques et aux déclarations incendiaires, Rabat doit défendre calmement ses intérêts, sa souveraineté et son image. Les jeunes Marocains, eux, ont déjà compris une chose : le pays réel n’a pas besoin de répondre aux fantasmes d’empire par des cris. Il lui suffit d’avancer, de s’affirmer et de laisser les nostalgiques parler seuls à leurs fantômes.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 5 Août 2026