Une stratégie export au cœur de la dynamique industrielle
À Fès, la FENELEC n’a pas seulement présenté un plan technique. Elle a posé un diagnostic industriel. Le secteur électrique, électronique et des énergies renouvelables constitue aujourd’hui l’un des piliers silencieux de l’industrie nationale. En misant sur l’export, la fédération cherche à transformer un savoir-faire local en valeur ajoutée internationale, dans un contexte où le “Made in Morocco” gagne en crédibilité mais reste confronté à une concurrence féroce.
La rencontre a réuni des acteurs clés : ministère de l’Industrie et du Commerce, CCIS Fès-Meknès, CGEM et Société Régionale Multiservices. Un signal clair : l’industrie ne peut plus avancer en silo. L’export devient un chantier collectif, où politiques publiques, infrastructures et entreprises doivent parler le même langage.
Un secteur industriel lourd en emplois et en chiffre d’affaires
Le directeur général de la FENELEC, Khalil El Guermaï, a rappelé l’ampleur du secteur. La fédération regroupe plus de 650 entreprises, représentant plus de 95 % de l’activité nationale dans l’électricité, l’électronique et les énergies renouvelables. Ensemble, elles génèrent 23,8 milliards de dirhams de chiffre d’affaires et assurent près de 69.000 emplois.
Ces chiffres rappellent une réalité parfois négligée : l’industrie électrique n’est pas marginale. Elle structure des chaînes de valeur complètes, de la production à l’ingénierie, et joue un rôle social majeur, notamment en matière d’emplois qualifiés.
2027 : exporter plus, mais surtout exporter mieux
La feuille de route 2024-2027 fixe des objectifs précis : +30 % de chiffre d’affaires à l’export, soit environ 6 milliards de dirhams supplémentaires, et +25 % d’entreprises exportatrices. L’enjeu n’est pas seulement quantitatif. Il s’agit d’élargir la base industrielle capable d’exporter, afin de rendre le secteur plus résilient et moins concentré.
Cette ambition repose sur l’ouverture vers huit marchés cibles : Émirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Kazakhstan, Portugal, Russie, République tchèque, Argentine et Canada. Une diversification géographique qui traduit la volonté de l’industrie marocaine de s’adapter à des normes, des usages et des niveaux de concurrence très différents.
Digitalisation, formation et intelligence économique
Pour atteindre ces objectifs, la FENELEC mise sur plusieurs leviers structurants : digitalisation des entreprises, développement de l’intelligence économique et renforcement des partenariats, notamment avec l’AMDIE. La formation occupe une place centrale, avec des modules dédiés à l’export, à la conformité réglementaire et à la compréhension des marchés étrangers.
Dans un secteur industriel, ces éléments font souvent la différence entre une entreprise qui survit localement et une autre qui s’impose à l’international.
Fès-Meknès, un ancrage industriel stratégique
La région Fès-Meknès apparaît comme un terrain clé de cette stratégie. Son chiffre d’affaires industriel dépasse 30 milliards de dirhams, avec des exportations atteignant 3,4 milliards de dirhams. Pour Hachem Alaoui, délégué régional du ministère de l’Industrie, cette dynamique confirme le potentiel industriel régional.
Le président de la CCIS, Hamza Benabdallah, souligne pour sa part le rôle des infrastructures, du capital humain et du pôle universitaire. Autant d’atouts qui peuvent faire de Fès-Meknès un maillon fort de l’industrie nationale.
Au-delà des annonces, la stratégie export de la FENELEC pose une question centrale : le Maroc saura-t-il transformer ses industries en champions durables à l’international ? La réponse dépendra moins des intentions que de la capacité collective à exécuter, coordonner et investir dans l’humain. C’est là que l’industrie marocaine jouera sa crédibilité.