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Industries culturelles et créatives : un tournant économique confirmé par l’IFC


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 9 Avril 2026

Portées par une croissance soutenue et un rôle croissant dans l’emploi, les industries culturelles et créatives s’imposent comme un levier économique à part entière. Mais derrière cette dynamique, un paradoxe persiste : un secteur en plein essor… encore largement sous-financé.



Industries culturelles et créatives : un tournant économique confirmé par l’IFC

Longtemps reléguées au second plan, les industries culturelles et créatives s’imposent désormais par la force des chiffres. Le dernier rapport de la Société financière internationale (IFC) confirme un basculement silencieux, mais bien réel. En 2023, le secteur a généré plus de 116.000 emplois et près de 43 milliards de dirhams de revenus, avec une croissance annuelle de 18%. Une performance qui dépasse celle de segments pourtant bien installés comme la santé ou les services financiers.
 

Derrière ces données, une réalité s’impose progressivement : la culture n’est plus seulement un marqueur identitaire ou un vecteur de rayonnement. Elle devient une industrie structurée, productive, et surtout créatrice de valeur. En 2022 déjà, les ICC représentaient 2,4% du PIB national, un poids comparable à celui de secteurs traditionnellement considérés comme stratégiques, à l’image des industries extractives ou de la logistique.
 

Sur le terrain, cette montée en puissance est tangible. Dans les métiers de la mode, du design ou de l’événementiel, les trajectoires s’accélèrent. Le rapport souligne notamment une croissance de 46% pour la mode et le design en 2023, tandis que les activités liées aux arts vivants ont vu leurs revenus plus que doubler. Même les filières plus traditionnelles, comme l’artisanat ou le patrimoine, affichent des progressions solides.
 

Ce dynamisme repose en grande partie sur un capital humain jeune et de plus en plus qualifié. Les ICC constituent aujourd’hui un véritable tremplin pour l’insertion professionnelle, notamment des jeunes. Les femmes, elles, représentent 34% des effectifs du secteur, un niveau supérieur à la moyenne nationale. Une évolution qui traduit, au-delà des chiffres, une transformation sociétale plus profonde.
 

Mais cette dynamique a ses limites. Et elles sont connues. Le principal frein reste l’accès au financement. En 2021, les ICC ont capté moins de 0,5% du crédit total accordé aux entreprises. Plus révélateur encore : seules 3% des entreprises créatives ont pu bénéficier d’un financement externe.
 

Le constat est presque paradoxal. D’un côté, un secteur capable de générer des emplois, de soutenir la croissance et d’améliorer l’inclusion économique. De l’autre, un déficit de confiance du système financier, souvent lié à la difficulté d’évaluer des actifs immatériels comme les droits d’auteur ou les créations artistiques. Résultat : une large majorité d’acteurs fonctionne en autofinancement, limitant mécaniquement leur capacité à changer d’échelle.
 

Dans ce contexte, la perspective de la Coupe du monde 2030, coorganisée par le Maroc, apparaît comme une opportunité stratégique. L’événement pourrait jouer un rôle d’accélérateur, notamment pour les industries audiovisuelles, les contenus numériques et l’événementiel culturel. Encore faut-il que l’écosystème soit prêt.
 

C’est précisément l’un des messages clés du rapport de l’IFC. L’institution plaide pour une structuration plus ambitieuse du secteur : mise en place d’une stratégie nationale dédiée, développement d’incubateurs spécialisés, renforcement du cadre juridique et, surtout, création de mécanismes de financement adaptés aux spécificités des ICC.
 

Du côté des acteurs institutionnels, le discours converge. Pour Saïd Jabrani, directeur général de Tamwilcom, les ICC représentent « un secteur à forte valeur ajoutée » capable de renforcer le rayonnement international du pays. Un constat partagé par plusieurs intervenants, qui insistent sur la nécessité de mieux exploiter ce potentiel encore partiellement dormant.
 

Reste une question, presque simple en apparence : le Maroc est-il prêt à considérer pleinement la culture comme un moteur économique ? Les données existent, les talents aussi. Ce qui manque encore, c’est un alignement clair entre ambition politique, financement et structuration du marché.
 

À mesure que l’économie mondiale se redéfinit autour de la créativité et des contenus, les ICC ne sont plus une option. Elles sont déjà une réalité. Et peut-être, à terme, un pilier.





Jeudi 9 Avril 2026