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Intelligence artificielle et souveraineté numérique : un choix d’État, pas une option technologique


Par Dr Az-Eddine Bennani

L’intelligence artificielle a quitté le champ de la prospective pour entrer dans celui des rapports de force. Elle n’est plus seulement un outil d’optimisation économique ou administrative, mais un instrument structurant de puissance, de dépendance ou de souveraineté. À ce titre, elle engage directement la responsabilité de l’État.



Les initiatives récentes autour de l’« IA Made in Morocco » traduisent une évolution notable du discours public.

Intelligence artificielle et souveraineté numérique : un choix d’État, pas une option technologique
On ne parle plus seulement d’innovation ou d’usages, mais d’infrastructures, de gouvernance, de confiance et de souveraineté numérique. Cette inflexion est stratégique. Elle marque la fin d’une approche naïve de la technologie et l’émergence d’une lecture plus géopolitique de l’intelligence artificielle.

Mais cette évolution appelle une clarification fondamentale : la souveraineté en matière d’IA ne peut être réduite à une accumulation de projets ou d’équipements. Elle relève d’un choix d’État, engageant la durée, la cohérence et la capacité à arbitrer.

Pendant des années, la souveraineté numérique a été pensée à travers la maîtrise des réseaux, des data centers, du cloud et de la cybersécurité. Ces éléments restent indispensables. Aucun État ne peut prétendre à l’autonomie sans contrôle minimal de ses infrastructures critiques.

Mais l’intelligence artificielle a déplacé le centre de gravité du pouvoir. Le véritable levier de souveraineté ne réside plus uniquement dans l’infrastructure, mais dans les modèles qui transforment les données en décisions.

Un système d’intelligence artificielle n’est jamais neutre.

Il traduit une vision du monde, une manière de classer le réel et des priorités implicites. Un algorithme est une méthode de raisonnement. Le code n’en est que l’exécution.
Dès lors, importer massivement des modèles conçus dans d’autres contextes économiques, culturels et politiques revient à externaliser une partie de la capacité de décision collective.

Ce phénomène est profondément politique.

Il existe une différence majeure entre adopter des solutions d’IA et maîtriser son intelligence artificielle. La maîtrise suppose la capacité à comprendre, gouverner et auditer les modèles, et à préserver une capacité autonome de décision.

C’est dans les services publics que la question devient décisive. Dans ces domaines, l’IA oriente, priorise et filtre. Une IA de confiance exige donc une gouvernance algorithmique explicite et un pilotage stratégique assumé par l’État.

L’intelligence artificielle n’est pas un simple levier de modernisation. Elle est un test de maturité politique. À cette condition, elle peut devenir un levier stratégique de souveraineté et de cohésion.

Par Dr Az-Eddine Bennani


Lundi 2 Février 2026