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Intempéries au Gharb : la filière agrumicole menacée


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 18 Février 2026

Les fortes intempéries qui ont frappé récemment le Gharb et le Loukkos placent la filière agrumicole dans une zone de turbulences. Entre pertes de récoltes, vergers fragilisés et incertitudes sur les exportations, les professionnels tirent la sonnette d’alarme et appellent à une intervention rapide pour préserver un pilier économique et social.



Intempéries au Gharb : la filière agrumicole menacée

Les pluies torrentielles, les rafales de vent et les débordements d’oueds enregistrés ces derniers jours dans les plaines du Gharb et du Loukkos ont laissé derrière eux un paysage agricole meurtri. Dans ces zones parmi les plus productives du Royaume, les producteurs d’agrumes évoquent des dégâts considérables. Maroc Citrus alerte sur une situation « inquiétante et critique », confirmant que les pertes vont bien au-delà des fruits tombés au sol.
 

Sur le terrain, les premières évaluations font état de chutes massives d’oranges et de clémentines, mais aussi de dommages aux infrastructures agricoles. Des stocks d’intrants ont été emportés par les eaux, du matériel est hors d’usage et certaines exploitations restent inaccessibles. Plus préoccupant encore, la stagnation prolongée de l’eau menace les racines, avec un risque réel d’asphyxie des arbres dans plusieurs parcelles. Pour les arboriculteurs, cela signifie non seulement une récolte compromise, mais parfois des années d’investissement perdues.
 

L’impact économique est immédiat. Les pertes de production réduisent les recettes des exploitants et compliquent la préparation de la prochaine campagne. Les professionnels réclament un soutien urgent des pouvoirs publics : aides financières ciblées, facilités d’accès aux intrants et programmes de réhabilitation des vergers. Sans mesures rapides, préviennent-ils, la reprise pourrait s’avérer longue et incertaine.
 

Les conséquences dépassent largement les exploitations agricoles. La filière agrumicole constitue un levier majeur de développement local et un important pourvoyeur d’emplois saisonniers. Dans les zones touchées, la baisse des récoltes risque de réduire les opportunités de travail pour des milliers d’ouvriers agricoles déjà exposés à la volatilité du secteur.
 

L’enjeu est également commercial. Les agrumes figurent parmi les produits agricoles les plus exportés du Royaume. Une baisse de l’offre pourrait compromettre le respect des engagements envers les partenaires étrangers et fragiliser la présence marocaine sur des marchés stratégiques. La Russie et l’Union européenne demeurent les principaux débouchés, tandis que l’Amérique du Nord et les pays du Golfe constituent des marchés complémentaires.
 

Structurellement, la filière reste confrontée à plusieurs défis. Selon l’Institut national de la recherche agronomique, le rendement moyen national avoisine 18 tonnes par hectare, un niveau inférieur à celui de certains concurrents internationaux. Les performances varient selon le matériel végétal, les conditions pédoclimatiques et les pratiques culturales adoptées.
 

Le Maroc compte environ 129 000 hectares plantés en agrumes, pour une production moyenne proche de 2,4 millions de tonnes. Les bassins les plus productifs incluent le Souss-Massa, le Gharb, la Moulouya de Berkane, Tadla et El Haouz. Les exportations ont fluctué ces dernières années : après un pic d’environ 770 000 tonnes en 2021-2022, elles ont reculé à 521 243 tonnes en 2024, avant de remonter à 585 070 tonnes en 2025, pour une valeur dépassant 5,18 milliards de dirhams selon les données de l’Office des changes. Dans le même temps, la concurrence internationale s’intensifie : l’Égypte exporte plus de deux millions de tonnes par an, accentuant la pression sur les parts de marché marocaines.
 

Les prochains mois seront décisifs. Au-delà de l’urgence, la crise relance le débat sur la résilience climatique, la modernisation des pratiques et la sécurisation des revenus agricoles. Dans les vergers détrempés du Gharb et du Loukkos, l’espoir demeure fragile mais tenace que la solidarité nationale et l’action publique permettront à la filière agrumicole de rebondir.





Mercredi 18 Février 2026