Iran : des pétrodollars aux cryptos, le retour de Babak Zanjani


Rédigé par le Mardi 6 Octobre 2026

Babak Zanjani, milliardaire iranien autrefois condamné à mort pour corruption, revient au centre des soupçons américains. Ancien architecte du contournement de l’embargo sur le pétrole iranien, il est désormais accusé par Washington d’être lié à des réseaux financiers et à une plateforme de cryptomonnaies permettant à Téhéran d’échapper aux sanctions. Son parcours illustre la mutation des économies sous embargo, passées des sociétés écrans et lingots d’or aux actifs numériques.



Le maître iranien du contournement : des sociétés écrans aux cryptomonnaies

Babak Zanjani est l’un de ces personnages qui résument à eux seuls les zones grises de la géopolitique contemporaine. Cet entrepreneur iranien de 52 ans, autrefois condamné à mort dans une affaire de corruption, est de nouveau dans le viseur de Washington. Le Trésor américain a récemment multiplié les sanctions contre des entreprises qui lui seraient liées, l’accusant de financer indirectement les Gardiens de la révolution et de contribuer à contourner les sanctions internationales imposées à l’Iran.

Son nom n’est pas nouveau dans les circuits opaques de l’économie iranienne. Dans les années 2010, Babak Zanjani est considéré comme l’un des principaux artisans du contournement de l’embargo sur le pétrole iranien. À l’époque, il contrôle un vaste réseau d’une soixantaine d’entreprises : institutions financières, compagnies aériennes, sociétés commerciales et structures-écrans destinées à brouiller les pistes.

Le mécanisme était sophistiqué mais révélateur d’une économie en état de siège. Le pétrole iranien sous sanction était transbordé en Malaisie, notamment sur l’île de Labuan. Les fonds passaient ensuite par la Turquie, avant de revenir en Iran sous forme de lingots d’or. Selon ses propres estimations, Zanjani aurait vendu illégalement pour 15,9 milliards d’euros de brut au nom de l’État iranien, tout en prélevant sa commission. L’Union européenne l’a placé sur liste noire en 2012, suivie par les États-Unis en 2013.

La chute du milliardaire intervient après l’arrivée au pouvoir de Hassan Rohani, qui fait de la lutte contre la corruption une priorité politique. En 2013, Zanjani est arrêté. Il est accusé d’avoir détourné 2,5 milliards d’euros appartenant au ministère iranien du Pétrole. Face à ses juges, il se présente comme un patriote, un « bassidj » de l’économie et un serviteur du pays. Mais en 2016, il est condamné à mort pour corruption.

Son retour en grâce intrigue autant qu’il inquiète. Alors que l’économie iranienne reste sous forte pression américaine, Téhéran a besoin d’intermédiaires capables de faire circuler argent, pétrole et paiements hors des circuits financiers classiques. Washington soupçonne désormais Zanjani d’être lié à une plateforme de cryptomonnaies utilisée pour gérer des paiements liés au transit dans le détroit d’Ormuz.

Cette évolution montre comment le contournement des sanctions a changé de visage. Hier, il reposait sur des sociétés-écrans, des banques complaisantes, des cargaisons maquillées et de l’or physique. Aujourd’hui, il peut aussi s’appuyer sur les cryptomonnaies, les plateformes numériques, les portefeuilles anonymisés et les montages transfrontaliers difficiles à tracer. La technologie ne supprime pas l’économie clandestine : elle lui donne parfois de nouveaux habits.

Pour les États-Unis, l’enjeu est de couper les circuits financiers qui alimentent l’appareil sécuritaire iranien, notamment les Gardiens de la révolution. Pour l’Iran, il s’agit de maintenir une capacité de commerce et de financement malgré les sanctions. Entre les deux, des acteurs comme Babak Zanjani deviennent des pièces centrales d’un affrontement invisible, mais décisif.

Pour le Maroc, cette affaire offre une leçon importante. Dans un monde où les sanctions, les cryptomonnaies, les ports, les assurances, les banques et les flux énergétiques s’entrecroisent, la souveraineté économique dépend aussi de la capacité à surveiller les circuits financiers illicites. Le Royaume, qui développe ses ambitions financières, portuaires et logistiques, a intérêt à renforcer ses outils de conformité, de contrôle anti-blanchiment et de veille géoéconomique. Car demain, les conflits ne se joueront pas seulement sur les champs de bataille : ils se joueront aussi dans les transactions, les blockchains et les routes maritimes.




Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la… En savoir plus sur cet auteur
Mardi 6 Octobre 2026
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