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Istiqlal 2026-2031 : et si la véritable bataille électorale se jouait dans le panier du ménage ?


Il existe des sujets qui ne nécessitent aucun sondage pour mesurer leur importance. Il suffit d’aller au marché, de faire ses courses, de payer son loyer ou de remplir le réservoir de sa voiture.



Istiqlal 2026-2031 : et si la véritable bataille électorale se jouait dans le panier du ménage ?

Le pouvoir d’achat est devenu l’une des préoccupations les plus concrètes des familles marocaines. Même lorsque l’inflation ralentit, les prix qui ont augmenté ne reviennent pas automatiquement à leur niveau d’avant. Le ressenti des ménages reste donc marqué par cette accumulation.


C’est dans ce contexte que le Parti de l’Istiqlal place, dans son troisième pilier, l’amélioration du pouvoir d’achat des familles et le renforcement de la classe moyenne au cœur de ses priorités.


Le parti avance 16 mesures, réparties autour de trois grandes orientations : protéger et améliorer le pouvoir d’achat, accompagner les familles vers la sortie de la pauvreté et faciliter l’accès à un logement décent.


Sur le principe, le choix est pertinent. Mais la véritable question sera celle de l’efficacité.


Car améliorer le pouvoir d’achat ne signifie pas uniquement augmenter les revenus. Il faut également agir sur les prix, le logement, l’emploi, les services essentiels et les dépenses qui pèsent quotidiennement sur les ménages.


C’est justement l’un des intérêts de ce troisième pilier : il tente de traiter le pouvoir d’achat dans sa globalité.


Agir sur les prix plutôt que simplement constater leur hausse

La première proposition consiste notamment à créer des sociétés régionales chargées de l’achat, du stockage et de la distribution des produits agricoles et alimentaires, en travaillant directement avec les producteurs et les coopératives, tout en modernisant les marchés de gros et les marchés aux poissons.


L’objectif est clair : réduire les intermédiaires et rapprocher le producteur du consommateur. Cette piste mérite d’être encouragée, à condition de garantir que la réduction des coûts profite réellement au citoyen.


Car le problème n’est pas seulement la production. Il se situe également dans la chaîne qui sépare le producteur du consommateur : transport, stockage, distribution, intermédiaires, pertes, spéculation…


Pourquoi ne pas accompagner cette mesure par une traçabilité numérique des prix, permettant de suivre l’évolution d’un produit depuis sa production jusqu’à sa commercialisation ? Le consommateur pourrait ainsi mieux comprendre pourquoi un produit acheté quelques dirhams au départ se retrouve beaucoup plus cher sur le marché.


Le programme propose également un mécanisme national transparent de suivi des marges bénéficiaires sur les produits et services liés à la vie quotidienne des familles : alimentation, soins, transport, fournitures scolaires…


L’idée est particulièrement intéressante. Mais une question devra être posée : qui contrôlera ces marges et sur quels critères ? La transparence des prix ne doit pas devenir une nouvelle bureaucratie. Elle doit permettre d'identifier rapidement les anomalies, les pratiques anticoncurrentielles et les situations de spéculation.


Il serait donc pertinent de créer un observatoire national du coût de la vie, avec des données publiques, régulièrement actualisées et accessibles au citoyen.

Augmenter les revenus, mais surtout augmenter le revenu réellement disponible


Le programme prévoit ensuite une augmentation progressive du salaire minimum et des pensions, ainsi qu’une amélioration du revenu net des ménages dans les secteurs public et privé. C’est une orientation que l’on peut difficilement contester : lorsque les dépenses augmentent, les revenus doivent pouvoir suivre.


Mais il faut aller plus loin dans la réflexion. Ce qui compte pour une famille, ce n’est pas uniquement son salaire brut. C’est ce qui lui reste réellement à la fin du mois. Une hausse de salaire peut être rapidement absorbée par l’augmentation du loyer, du transport, des soins ou de l’alimentation. C’est pourquoi une politique de pouvoir d’achat devrait toujours être pensée autour du revenu disponible réel.


Autrement dit : combien reste-t-il à une famille après avoir payé les dépenses essentielles ? Cette approche permettrait d'évaluer beaucoup plus justement l'efficacité des politiques publiques.


Le programme prévoit également un soutien à l’entrepreneuriat féminin et au travail à distance, accompagné de plateformes régionales de commercialisation. Cette proposition mérite une attention particulière. Parce que permettre aux femmes de générer leurs propres revenus, notamment dans les territoires où l’accès à l’emploi est plus difficile, constitue à la fois une mesure économique et sociale.


Mais là encore, il faudra éviter de réduire l’entrepreneuriat féminin à de petites activités précaires. Une femme entrepreneure doit pouvoir accéder au financement, à la formation, aux marchés et aux réseaux commerciaux. L’objectif ne devrait donc pas seulement être de créer davantage de petites activités, mais de permettre à ces activités de devenir de véritables sources de revenus durables.


Sortir de la pauvreté : passer de l’aide à l’autonomie

La deuxième partie du pilier s’intéresse aux familles en situation de pauvreté ou de vulnérabilité.


Le programme propose notamment un « contrat social de sortie de la pauvreté », permettant de regrouper plusieurs mécanismes de soutien — aide sociale directe, soutien au logement, soutien à la scolarisation — autour d’une carte familiale unique et d’un ensemble d’aides garanties.


En contrepartie, les familles bénéficiaires seraient notamment encouragées à assurer la scolarisation régulière des enfants, tandis que les personnes capables de travailler seraient accompagnées vers la formation ou la recherche active d’emploi. L’approche est intéressante parce qu’elle tente de passer d'une logique d'assistance à une logique d'accompagnement vers l'autonomie. Mais il faudra rester vigilant sur une question fondamentale : la conditionnalité ne doit jamais transformer la pauvreté en faute individuelle.


Une famille pauvre ne doit pas être considérée comme responsable de toutes les difficultés auxquelles elle est confrontée. Le soutien doit donc être accompagné d'un véritable service social de proximité, capable de comprendre les situations familiales et de proposer des parcours adaptés.


Le programme prévoit justement une accompagnement social de terrain et un suivi sanitaire périodique. C’est une bonne direction car la pauvreté n'est presque jamais une seule question de revenu. Elle peut être liée au logement, à la santé, au décrochage scolaire, au chômage, au handicap ou à l'isolement. Il faut donc accompagner la famille dans son ensemble.


La classe moyenne : une catégorie à protéger

Autre engagement : mettre en place, à l’horizon 2031, un plan national de renforcement de la classe moyenne, comprenant des mesures fiscales et sociales ciblées ainsi qu’un mécanisme annuel de suivi. L’annonce est importante car la classe moyenne est souvent présentée comme le moteur de la stabilité économique et sociale, alors qu’elle peut elle-même être fragilisée par le coût du logement, l’éducation, les soins et l’endettement.


Mais il faudra surtout définir précisément ce que l’on entend par « classe moyenne ». Quel niveau de revenu ? Quelle composition familiale ? Quelle région ? Quel coût de la vie ?


Une famille avec le même revenu ne vit pas nécessairement la même réalité à Casablanca, à Oujda, à Marrakech ou dans une commune rurale. La politique du pouvoir d’achat doit donc tenir compte des inégalités territoriales.


Le soutien à l’emploi indépendant, aux coopératives et à l’économie sociale et solidaire, notamment en faveur des jeunes et des femmes du monde rural, constitue à cet égard un autre axe intéressant. Il faudra cependant garantir un accès réel au financement, à la formation et à l’accompagnement technique parce qu’une coopérative ne devient pas économiquement viable simplement parce qu’elle reçoit une subvention, elle a besoin d’un marché.


D’où l’intérêt de la proposition visant à créer des marques régionales et territoriales permettant de valoriser les produits de chaque région et de chaque province au niveau national et international. Voilà une piste qui pourrait créer un véritable cercle vertueux : production locale, identité territoriale, commercialisation, emploi et revenus.


Le logement : le grand test de crédibilité

Impossible de parler de pouvoir d’achat sans parler du logement.


Pour beaucoup de familles, le logement représente la dépense la plus lourde et constitue parfois un obstacle majeur à l’autonomie des jeunes.


Le programme propose donc un mécanisme national destiné à faciliter le financement du premier logement pour les jeunes et la classe moyenne, notamment à travers une garantie permettant de réduire l’apport initial et de faciliter l'accès au crédit.


L’idée répond à un problème bien réel : certaines familles disposent d’un revenu régulier mais n’ont pas suffisamment d’épargne pour constituer l’apport demandé par les banques.


Mais il faut également agir sur l’offre. Le programme prévoit ainsi de mobiliser le foncier de l’État et des établissements publics dans les zones où la demande est forte, afin de réaliser des projets à prix encadrés. C’est un point essentiel car si l’on injecte davantage de pouvoir d’achat dans un marché où l’offre reste insuffisante, une partie de l’aide risque finalement d’être absorbée par la hausse des prix immobiliers.


Autrement dit, aider l’acheteur sans augmenter suffisamment l’offre peut revenir à subventionner indirectement le prix du logement. Le programme semble justement avoir identifié ce risque en proposant également de développer une offre destinée à la classe moyenne, avec des prix et des superficies adaptés à ses capacités financières.

Et si le logement locatif devenait enfin une véritable politique publique ?

Une autre proposition mérite d’être particulièrement soulignée : faire du logement locatif abordable et de la location-accession un véritable chemin vers la stabilité résidentielle. C’est une évolution importante dans la manière de penser le logement.


Pendant longtemps, la réussite résidentielle a été associée presque exclusivement à l’accession à la propriété. Mais pour beaucoup de jeunes, acheter immédiatement est tout simplement impossible. Il faut donc offrir une troisième voie : un logement locatif de qualité, accessible financièrement, sécurisé juridiquement, et éventuellement convertible progressivement en propriété.


La location ne devrait pas être vécue comme un échec. Elle peut être une étape.


Le monde rural ne doit pas être oublié

Le programme consacre également une mesure spécifique à l’urbanisme et à la construction dans le monde rural.


L'objectif est notamment de simplifier les documents d’urbanisme, de faciliter la régularisation des constructions répondant aux normes de sécurité, d’accompagner l’auto-construction et de proposer un accompagnement technique adapté aux réalités rurales. C’est une nécessité.


La politique du logement ne peut pas être pensée uniquement à partir des grandes villes. Mais il faudra trouver un équilibre entre la simplification des procédures et la protection des terres agricoles, des zones exposées aux inondations ou aux glissements de terrain et des espaces naturels. Simplifier ne doit jamais signifier construire n’importe où.


Le véritable défi : transformer les mesures en résultats

Au fond, ce troisième pilier touche à presque toutes les dimensions de la vie quotidienne : prix, salaires, retraites, pauvreté, emploi, entrepreneuriat, logement et développement territorial. Son ambition est donc importante, mais cette ambition devra être accompagnée d'une méthode. Pour chaque mesure, il faudrait pouvoir répondre à cinq questions simples :


Combien cela coûtera-t-il ?
Qui en bénéficiera ?
Dans quel délai ?
Qui sera responsable de sa mise en œuvre ?
Et comment les citoyens pourront-ils mesurer les résultats ?


Pourquoi ne pas publier chaque année un « tableau de bord national du pouvoir d’achat », permettant de suivre l’évolution des prix des produits essentiels, du revenu disponible, du coût du logement, du taux d’effort des ménages et de l’accès aux aides ? Cela permettrait de sortir des débats politiques fondés uniquement sur les annonces. Parce que le pouvoir d’achat ne se gagne pas uniquement dans les discours.

Il se gagne dans les marchés, dans les entreprises, dans les administrations, dans les logements et surtout dans le portefeuille des familles.


Le troisième pilier du programme de l’Istiqlal a le mérite de placer cette réalité au centre du débat. Il faut encourager cette ambition, mais aussi demander des garanties : des financements clairement identifiés, des objectifs mesurables, une mise en œuvre territorialisée et une évaluation annuelle.


Car une politique sociale réussie ne doit pas seulement empêcher une famille de tomber dans la pauvreté. Elle doit lui permettre d’en sortir. Et une politique du pouvoir d’achat réussie ne doit pas seulement augmenter le revenu. Elle doit permettre au revenu de retrouver son pouvoir.


C’est peut-être là que se trouve le véritable enjeu de ce troisième pilier : faire en sorte que, d’ici 2031, le Marocain ne se contente pas de gagner davantage, mais puisse vivre mieux avec ce qu’il gagne.



Mardi 8 Septembre 2026