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Istiqlal–USFP : 99 mesures contre 20 engagements, deux manières de promettre le Maroc de 2031


Pouvoir d’achat, emploi, santé, école, corruption, jeunesse, souveraineté : à première vue, les programmes de l’Istiqlal et de l’USFP parlent presque du même Maroc. Mais derrière cette proximité des priorités apparaissent deux constructions politiques assez différentes. L’USFP fixe beaucoup de résultats chiffrés. L’Istiqlal détaille davantage les mécanismes par lesquels il entend y parvenir. La campagne peut enfin commencer à devenir intéressante : celle des projets.



Il serait tentant de résumer l’affrontement à une formule : 99 mesures d’un côté, 20 engagements de l’autre.

Istiqlal–USFP : 99 mesures contre 20 engagements, deux manières de promettre le Maroc de 2031
Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel.

À quelques semaines des législatives du 23 septembre, la publication du programme de l’USFP permet enfin de commencer à comparer des projets plutôt que des personnes, des investitures ou des changements d’étiquette.

Et la première surprise est celle des convergences.

Sur les problèmes, presque tout le monde semble désormais d’accord

Pouvoir d’achat, classe moyenne, emploi des jeunes, amélioration de l’école et de l’hôpital publics, soutien aux PME, réduction des disparités territoriales, lutte contre la corruption, eau, énergie, industrialisation et souveraineté économique occupent une place importante dans les deux programmes.

L’USFP veut par exemple porter le chômage sous 8 %, créer 250.000 emplois industriels, insérer 200.000 jeunes chaque année, augmenter de 15 % le revenu net des salariés et réserver 30 % des marchés publics aux petites et moyennes entreprises.

Il vise également une réduction de 30 % des disparités territoriales, 30 élèves maximum par classe, 60 % d’énergies renouvelables dans la production électrique et une hausse de 25 % de la pension minimale.

La méthode est claire : annoncer le résultat attendu et lui associer un chiffre.

L’Istiqlal construit son programme autrement.

Il annonce moins souvent le résultat final sous la forme d’un pourcentage spectaculaire. En revanche, ses 99 propositions descendent beaucoup plus fréquemment au niveau de l’instrument.

Sur le pouvoir d’achat, il propose par exemple des sociétés régionales d’achat, de stockage et de distribution des produits agricoles et alimentaires ainsi qu’un mécanisme national de suivi des marges.

Sur le logement, il avance un mécanisme facilitant le financement du premier logement, la mobilisation du foncier public et une nouvelle offre destinée à la classe moyenne.

Sur l’emploi des jeunes apparaissent des dispositifs nommés : première expérience professionnelle, programme Afaq, Bidaya ou encore « 100.000 talents numériques ».

L’USFP dit davantage où il veut arriver. L’Istiqlal explique davantage par quels chemins il souhaite passer.

Corruption : même diagnostic, réponses très différentes

La comparaison devient encore plus intéressante sur la corruption.

L’USFP fixe deux indicateurs particulièrement lisibles : gagner 30 places dans les indicateurs de gouvernance et atteindre la 50e place mondiale dans l’indice de perception de la corruption.

C’est politiquement abstrait. Et surtout vérifiable qu'en fin du mandat.

L’Istiqlal choisit plutôt l’arsenal institutionnel : loi sur les conflits d’intérêts, déclaration d’intérêts, renforcement de la déclaration de patrimoine, lutte contre l’enrichissement illicite, protection des lanceurs d’alerte, numérisation des procédures et réduction du pouvoir discrétionnaire de l’administration.

Il va même plus loin économiquement en proposant un taux d’impôt sur les sociétés de 40 % dans les situations de monopole.

Ici apparaît une différence importante.

L’USFP annonce la performance recherchée.
L’Istiqlal décrit davantage la plomberie institutionnelle censée produire cette performance.

Classe moyenne : deux voies pour une même cible

L’USFP promet une progression de 20 % du salaire moyen, de 15 % du revenu net des salariés et une diminution de 10 % de la pression fiscale sur ces derniers.

L’Istiqlal privilégie une approche plus éclatée : hausse progressive du salaire minimum et des pensions, mécanisme de suivi des marges, logement abordable, fiscalité familiale, soutien à l’entrepreneuriat féminin et plan national de renforcement de la classe moyenne.

Et c’est ici que les deux philosophies commencent réellement à se séparer.

L’USFP paraît construire son offre autour du citoyen économique : salarié, jeune, retraité, agriculteur, entrepreneur.
L’Istiqlal ajoute une autre unité politique : la famille.

Aide pouvant atteindre 5.000 dirhams pour les jeunes souhaitant se marier, congé rémunéré flexible pour la garde des enfants, déduction fiscale liée à certaines dépenses scolaires, crèches sociales, soutien aux aidants familiaux, santé mentale, addictions : le programme istiqlalien donne à la politique familiale une place beaucoup plus structurante.

C’est probablement l’une des différences idéologiques les plus nettes entre les deux offres.

La grande différence apparaît surtout sur la souveraineté

L’USFP parle bien de souveraineté industrielle, énergétique et hydrique.
Mais l’Istiqlal en fait l’un de ses cinq piliers et pousse beaucoup plus loin le raisonnement.

Boussole nationale de souveraineté, stockage stratégique des produits vitaux, limitation de l’endettement extérieur, contenu local de 50 % dans les projets énergétiques, critère de valeur produite au Maroc dans les marchés publics, écosystème industriel de défense, chaîne nationale de l’intelligence artificielle, cybersécurité, principes actifs pharmaceutiques, vaccins, semences, flotte marchande nationale…

Il ne s’agit plus uniquement de politique économique. C’est une doctrine de réduction des dépendances.

Sur ce terrain, l’Istiqlal est nettement plus explicite et plus systémique.

## **Mais il manque encore une colonne au tableau : combien ?**

Les deux programmes se heurtent toutefois à la même épreuve. Le financement.

C’est probablement maintenant que devrait commencer la deuxième phase de cette campagne.

Plus seulement : « Que promettez-vous ? »

Mais : « Combien cela coûte ? Qui paie ? Quand commencez-vous ? Et quel indicateur permettra aux Marocains de vérifier, en 2031, que vous avez tenu parole ? »


Voilà un débat électoral qui mériterait beaucoup plus de place que la prochaine transhumance d’un candidat.


Mardi 1 Septembre 2026