Quand on longe l’autoroute du Nord en direction de Tétouan, difficile de ne pas remarquer l’effervescence qui gagne progressivement la zone industrielle de Tétouan Park. C’est ici, sur 4,7 hectares, qu’un des géants mondiaux du tabac a planté ses couleurs, après un chantier de moins de 18 mois.
Jeudi 15 janvier, sous le regard des autorités marocaines et de diplomates venus saluer l’événement, JTI a donné le coup d’envoi officiel de cette unité, fruit d’un investissement avoisinant les 100 millions de dollars (soit plus de 930 millions de dirhams). L’objectif annoncé dépasse la seule production : il s’agit de consolider l’ancrage industriel du groupe au Maroc, en faire un hub régional pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest, et générer environ 170 emplois directs dans une zone où chaque poste compte vraiment pour les jeunes diplômés et les familles locales.
Derrière ces chiffres, on perçoit une lecture stratégique. JTI pilote depuis Casablanca ses opérations sur 12 marchés régionaux, avec une logique de proximité pour répondre à la demande locale et continentale. Ce positionnement s’inscrit parfaitement dans la stratégie marocaine de substitution aux importations, qui encourage la production locale et valorise les ressources humaines du pays. C’est aussi une satisfaction pour les autorités, qui voient dans ce genre de projets une confirmation du redressement industriel national.
Sur place, le discours des dirigeants était sans détour. José Luis Amador, directeur général de JTI pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest, a souligné “l’engagement durable en faveur du développement économique et social du Maroc” et la confiance placée dans les talents locaux et la qualité des infrastructures. Phil Livingston, vice-président senior en charge de la chaîne d’approvisionnement mondiale, a ajouté que l’usine porte à 37 le nombre de sites de production du groupe dans le monde, avec une capacité initiale de cinq milliards de cigarettes par an, et un potentiel d’extension jusqu’à dix milliards pour l’export vers l’Afrique de l’Ouest.
Un autre point mérite d’être souligné : l’intégration de solutions énergétiques responsables. Plus de 30 % des besoins énergétiques du site seront couverts par l’énergie solaire, une décision qui, au-delà de la réduction des coûts, s’aligne avec les standards environnementaux du groupe un détail non négligeable dans un contexte où la durabilité devient un critère d’investissement essentiel.
Cependant, cette dynamique industrielle soulève aussi des interrogations légitimes : dans un pays où le marché du tabac est soumis à une réforme progressive de la taxe intérieure de consommation et à une hausse des prix en début d’année 2026, comment concilier promotion de l’industrie locale et enjeux de santé publique ? La question reste ouverte et demande une articulation claire entre politiques économiques et réglementations sanitaires.
En fin de compte, l’inauguration de l’usine JTI à Tétouan illustre une tendance lourde : le Maroc se positionne de plus en plus comme une plateforme industrielle attractive, capable de séduire les multinationales tout en créant des opportunités pour la jeunesse et les territoires. Reste à équilibrer cette dynamique avec des choix politiques qui servent à la fois l’économie et le bien-être collectif.
À l’heure où l’économie marocaine cherche à conjuguer croissance, création d’emplois et durabilité, l’arrivée de JTI à Tétouan symbolise une nouvelle étape. Ce projet, loin d’être isolé, s’inscrit dans une transformation plus large du tissu industriel national un pari ambitieux que le Royaume semble prêt à relever, main dans la main avec le secteur privé international.