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Je n'aime pas faire la queue




Je n'aime pas faire la queue
Faire la queue est peut-être l'une des expériences les plus universelles. Au supermarché, à la banque, à l'aéroport ou devant un musée, la sensation est la même : le temps semble s'arrêter et notre liberté se réduit à quelques pas gagnés toutes les minutes.

Ce qui dérange n'est pas seulement l'attente. C'est le fait que notre temps dépend désormais des autres : du caissier, du client qui hésite, du système informatique qui tombe en panne. On devient spectateur.

Pour quelqu'un qui valorise l'efficacité, chaque minute perdue ressemble à une petite frustration. On pense à tout ce qu'on aurait pu faire : lire, travailler, marcher, discuter avec un proche ou simplement profiter d'un moment de calme.

Et pourtant, la file d'attente est aussi un remarquable outil d'égalité.

Le milliardaire, le ministre, l'étudiant et le retraité attendent souvent côte à côte. La file rappelle qu'avant d'être des clients ou des citoyens, nous sommes des individus soumis à une même règle.
Elle apprend également une qualité devenue rare : la patience. Dans une société où tout doit être instantané, attendre quelques minutes n'est peut-être pas une perte de temps, mais un exercice de maîtrise de soi.

Je n'aime pas les salles d'attente

La salle d'attente concentre plusieurs angoisses.
On ne maîtrise ni l'heure d'entrée, ni la durée, ni parfois même l'issue de ce qui nous attend. Chez le médecin, l'avocat, le notaire ou dans une administration, on subit un temps suspendu.
Les magazines sont anciens, les regards se croisent, chacun consulte sa montre. C'est un lieu où personne ne souhaite réellement rester.

Le sentiment dominant est celui d'une vie mise entre parenthèses.

Mais une salle d'attente révèle aussi quelque chose de précieux : quelqu'un travaille pendant que vous attendez. Le médecin soigne un patient avant vous. Le juge examine un dossier. Le conseiller reçoit une autre personne.
Autrement dit, si vous attendez, c'est souvent parce que quelqu'un prend le temps nécessaire avec celui qui vous précède. Le jour où ce sera votre tour, vous apprécierez probablement que l'on vous consacre le même temps plutôt qu'un rendez-vous expédié.

Je n'aime pas les embouteillages

L'embouteillage est probablement la forme moderne de l'impuissance.
La voiture roule parfaitement… mais ne bouge pas.
On regarde l'horloge, on voit les rendez-vous s'éloigner et la frustration monter. Le temps perdu paraît encore plus insupportable parce qu'on est enfermé dans quelques mètres carrés de métal.

Les embouteillages représentent aussi le coût caché de la vie urbaine : pollution, stress, fatigue, retards et parfois agressivité.

Mais les embouteillages sont aussi la preuve d'une ville vivante.

Ils traduisent une activité économique, des milliers de personnes qui travaillent, étudient, commercent ou rendent visite à leurs proches.
Une ville totalement fluide est parfois... une ville vide.
Ils nous rappellent également une vérité simple : chacun des automobilistes pense que ce sont les autres qui créent le bouchon, oubliant qu'il en fait lui-même partie.

Au fond... Ces trois situations ont un point commun : elles nous retirent le contrôle de notre temps.

Nous acceptons facilement de consacrer deux heures à un projet qui nous passionne, mais nous supportons difficilement dix minutes d'attente imposée.

Le problème n'est donc pas toujours le temps lui-même.C'est la perte de liberté.

Mais cette perte de contrôle est peut-être aussi un rappel salutaire.

Nous ne maîtriserons jamais complètement le monde. Nous pouvons optimiser nos agendas, utiliser les meilleures technologies, planifier chaque minute de nos journées... il restera toujours une file d'attente, une salle d'attente ou un embouteillage pour nous rappeler que la vie ne suit pas toujours notre calendrier.

Finalement, ces moments sont peut-être moins une perte de temps qu'une confrontation avec une réalité difficile à accepter : le temps ne nous appartient jamais totalement. L'enjeu n'est donc pas seulement de supprimer l'attente, mais d'apprendre à ne pas laisser cette attente nous voler notre sérénité.


Vendredi 26 Juin 2026