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Je proteste. Je me révolte.


On célèbre la fête des mères avec émotion, la journée de la femme avec enthousiasme, la journée de l’enfant avec tendresse, la journée du chat avec passion, la journée du chien avec ferveur, et bientôt la journée internationale de la chaussette orpheline avec un communiqué officiel.



Mais la fête des pères ? Discrète. Presque clandestine.

Je proteste. Je me révolte.
On dirait une réunion secrète d’anciens combattants organisée dans le fond d’un garage entre deux tondeuses et trois tournevis.

Le père moderne est pourtant un personnage fascinant. Il est chauffeur bénévole, déménageur occasionnel, conseiller financier non rémunéré, réparateur universel, psychologue du dimanche, garde du corps à temps partiel et distributeur automatique de solutions plus ou moins efficaces.

Quand l’enfant est petit, il est le héros capable de tout réparer.
Quand l’enfant devient adolescent, il devient soudain un individu qui « ne comprend rien ».

Puis, vers trente ans, miracle scientifique : le père retrouve progressivement son intelligence.
Et pourtant, le jour de sa fête, il reçoit souvent un message envoyé à 23 h 58 :

« Bonne fête papa 👍 »

Parfois même sans accent. Je trouve cela profondément injuste.
Je réclame donc une réforme mondiale.Une semaine de la fête des pères.
Avec discours officiels.Feux d’artifice.
Réduction d’impôts.Droit de choisir le programme télé sans négociation.

Et surtout interdiction absolue de répondre : « Tu veux quoi comme cadeau ? »
Car un père répond toujours : « Rien. »

Alors qu’il pense secrètement : « Un peu de reconnaissance ne serait pas de refus. »

À tous les pères, ceux qui sont là, ceux qui veillent encore sur leurs enfants devenus grands, ceux qui ont transmis des valeurs plus que des biens, ceux qui ont donné du temps alors qu’ils n’en avaient pas, bonne fête.

Et pour les autres, ceux qui auraient oublié cette date importante, il vous reste encore quelques heures pour appeler votre père.

Il fera semblant que ce n’est pas grave. Mais il sera heureux. ❤️

Oui, je sais. Les pères ne réclament rien. Ils disent que tout va bien, que ce n’est pas important, qu’il ne fallait pas se déranger.

Ils avancent souvent en silence, avec cette étrange pudeur qui les empêche de demander de l’affection comme on demande un verre d’eau.

Et puis un jour, on se rend compte qu’on a oublié de leur dire merci.
Car, soyons honnêtes, les pères reçoivent rarement des fleurs.

Très rarement. Parfois même jamais.

À l’exception d’une circonstance où, soudain, les bouquets deviennent nombreux.
Le jour où ils ne sont plus là pour les voir.

C’est peut-être la plus grande injustice faite aux pères : attendre le cimetière pour leur offrir les fleurs qu’ils auraient aimé recevoir de leur vivant.


Dimanche 21 Juin 2026