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Jeunesse istiqlalienne : le renouvellement à 86 % ne se juge pas à un nom de famille


Rédigé par le Lundi 13 Juillet 2026

Après l’annonce du nouveau bureau exécutif de la Jeunesse istiqlalienne, certains commentaires se sont concentrés sur quelques patronymes associés à des familles politiques connues. Mais réduire une instance renouvelée à 86 % à une lecture généalogique serait passer à côté de l’essentiel : la dynamique militante, l’ancrage territorial, la diversité des profils et la nécessité de juger une génération politique sur ses actes plutôt que sur ses origines.



Une polémique révélatrice, mais incomplète

Jeunesse istiqlalienne : le renouvellement à 86 % ne se juge pas à un nom de famille
La composition du nouveau bureau exécutif de la Jeunesse istiqlalienne, annoncée à l’issue du 14ᵉ congrès national, a suscité un débat prévisible. Dans un paysage politique où la défiance est devenue presque réflexe, certains ont cru voir dans quelques noms de famille connus la preuve d’une reproduction automatique des élites. La critique mérite d’être entendue, car elle exprime une attente légitime : celle d’un renouvellement réel, ouvert, méritocratique et représentatif.

Mais une critique juste dans son principe peut devenir injuste dans sa méthode. Réduire tout un bureau exécutif à quelques patronymes, c’est prendre le risque de confondre vigilance démocratique et procès d’intention. C’est surtout oublier une donnée majeure : cette nouvelle instance a été renouvelée à 86 %, un chiffre qui, à lui seul, oblige à nuancer fortement l’accusation de verrouillage ou de simple continuité familiale.

Dans les partis historiques, les noms portent souvent une mémoire. Ils racontent des engagements anciens, des territoires, des familles militantes, parfois des sacrifices, parfois aussi des positions d’influence. Le Parti de l’Istiqlal, par son histoire, n’échappe pas à cette réalité. Il serait naïf de prétendre que les héritages n’existent pas. Mais il serait tout aussi injuste d’en faire une condamnation automatique.

Être le fils ou la fille d’une personnalité politique ne devrait être ni un privilège garanti, ni une faute originelle. La seule question sérieuse est celle du parcours : ces jeunes ont-ils milité ? Ont-ils travaillé sur le terrain ? Ont-ils représenté leurs régions ? Ont-ils participé à l’encadrement, au débat, à l’organisation et à la mobilisation ? C’est sur ces critères qu’une génération doit être jugée, non sur une lecture simpliste de l’état civil.

La démocratie interne ne consiste pas à exclure ceux qui portent un nom connu, mais à garantir que ce nom ne remplace jamais le mérite. C’est là que se situe le vrai débat.

La composition d’une instance nationale de jeunesse n’est jamais un exercice purement arithmétique. Elle doit tenir compte de plusieurs équilibres : les régions, les sensibilités, l’expérience, la présence féminine, la capacité de mobilisation, l’engagement local et la continuité organisationnelle.

Bien sûr, aucun renouvellement n’est parfait. Aucun congrès ne dissipe toutes les frustrations. Dans toute organisation politique, il y a des attentes déçues, des ambitions contrariées et des lectures concurrentes. Mais l’existence d’une polémique ne suffit pas à démontrer l’existence d’un système fermé. Elle révèle plutôt l’exigence accrue des jeunes militants envers leurs propres organisations, et cette exigence est saine.

Le nouveau bureau exécutif de la Jeunesse istiqlalienne n’a pas seulement à répondre à une polémique. Il doit surtout répondre à une responsabilité. Celle de prouver, par le travail, que le renouvellement annoncé est réel. Celle de donner la parole aux jeunes militants des régions, aux étudiants, aux jeunes femmes, aux jeunes ruraux, aux cadres émergents et à ceux qui n’ont d’autre capital que leur engagement.

C’est là que se fera la différence. Non dans la défense crispée des personnes, ni dans la dénonciation facile, mais dans la capacité de cette instance à produire des idées, à former des militants, à défendre les causes nationales, à contribuer au débat public et à réconcilier les jeunes avec l’action politique.

Le Maroc n’a pas besoin d’une jeunesse politique obsédée par la justification permanente. Il a besoin d’une jeunesse capable d’agir avec sérieux, humilité et courage. La meilleure réponse aux soupçons ne sera donc pas un communiqué de plus, mais une pratique différente : plus ouverte, plus transparente, plus proche du terrain.

La polémique actuelle peut être lue comme une attaque. Elle peut aussi être saisie comme une opportunité. Une opportunité pour rappeler que le renouvellement ne se décrète pas seulement par des chiffres, même lorsque ceux-ci sont significatifs. Il se construit dans la durée, dans les méthodes, dans la formation et dans la capacité à faire émerger des profils nouveaux.

Avec un bureau renouvelé à 86 %, la Jeunesse istiqlalienne dispose d’un argument fort. Mais son véritable test commence maintenant. Si cette nouvelle génération parvient à transformer cette diversité en action collective, à dépasser les procès de noms et à imposer la force des idées, alors le débat changera naturellement de terrain.

Car au fond, une jeunesse politique ne se juge ni à ses patronymes, ni aux soupçons qui l’accompagnent au lendemain d’un congrès. Elle se juge à sa capacité à servir, à proposer, et à écouter.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Lundi 13 Juillet 2026