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Journée nationale de la femme marocaine : cinq chiffres qui révèlent le poids des inégalités


Rédigé par le Mardi 13 Octobre 2026

À l’occasion de la Journée nationale de la femme marocaine, célébrée le 10 octobre, plusieurs indicateurs permettent de dresser un état des lieux contrasté de la condition des femmes au Maroc. Si des progrès sont enregistrés, notamment dans la scolarisation des filles et le recul du mariage des mineures, les inégalités persistent en matière d’emploi, d’accès aux responsabilités et de protection contre les violences.



18,1 % : une participation toujours faible au marché du travail

Journée nationale de la femme marocaine : cinq chiffres qui révèlent le poids des inégalités

Au deuxième trimestre 2026, le taux d’activité des femmes au Maroc s’établissait à 18,1 %, contre 66,5 % chez les hommes, selon une note du Haut-Commissariat au Plan (HCP) consacrée à la situation du marché du travail.

Cet écart considérable illustre les difficultés persistantes d’accès des femmes à l’emploi et leur faible participation à la vie économique.
 


15,5 % : des femmes encore minoritaires à la tête des entreprises

Les femmes représentent environ 15,5 % des dirigeants d’entreprises au Maroc, selon les données de 2024 de l’Observatoire marocain de la très petite, petite et moyenne entreprise (TPME).

Malgré une progression du nombre d’entreprises dirigées par des femmes, leur présence dans les sphères de décision économique demeure limitée.


96,4 % : une scolarisation élevée, mais des disparités territoriales

En 2025, le taux de scolarisation des filles âgées de 6 à 16 ans atteignait 96,4 %, selon les données du ministère de l’Éducation nationale reprises par le HCP. Derrière ce résultat encourageant, des inégalités territoriales persistent : le taux s’élève à 98,8 % en milieu urbain, contre 93 % en milieu rural.

L’accès à l’éducation reste ainsi marqué par des disparités géographiques qui pèsent sur l’égalité des chances.


8,4 % : le mariage des mineures en recul, mais toujours présent

En 2024, 8,4 % des femmes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées avant leur majorité, contre 15,9 % en 2004, selon le HCP. Cette baisse témoigne d’une évolution positive, sans pour autant signifier la disparition du phénomène.

L’article 19 du Code de la famille fixe l’âge légal du mariage à 18 ans révolus pour les filles comme pour les garçons. Toutefois, l’article 20 autorise le juge à accorder une dérogation, par décision motivée et après avoir entendu les parents ou le représentant légal du mineur, ainsi qu’après une expertise médicale ou une enquête sociale. Cette exception judiciaire continue de soulever des interrogations quant à la protection des mineures et à l’effectivité de leur droit à l’enfance.


62,8 % : des violences qui touchent une majorité de femmes

Selon l’enquête du HCP publiée en 2019, 62,8 % des femmes âgées de 18 à 64 ans au Maroc avaient subi au moins une forme de violence physique, psychologique, sexuelle ou économique, soit près de six millions de femmes.

Les violences psychologiques arrivent en tête, avec un taux de 48 %, devant les violences physiques (15,2 %), sexuelles (8,7 %) et économiques (8,2 %). Le foyer constitue le principal lieu de survenue des violences recensées, avec 55 % des cas, suivi des espaces publics (32,9 %) et du milieu professionnel (16 %).

La violence s’étend également aux espaces numériques. Selon les données du HCP, 14 % des femmes, soit près de 1,5 million, ont subi une forme de cyberviolence, notamment des insultes, des menaces, du chantage ou la diffusion d’images intimes. Pourtant, le recours à la justice reste limité : seules 10,5 % des victimes déclarent porter plainte, un taux qui tombe à 3 % dans les situations de violences conjugales, selon les chiffres de l’enquête.

Entrée en vigueur en 2018, la loi n° 103-13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes a constitué une avancée juridique importante. Elle a notamment consacré plusieurs formes de violence, dont les violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques, et prévu des sanctions pour certains actes, notamment le harcèlement et les violences conjugales. Néanmoins, les militantes féministes et les associations de défense des droits des femmes continuent de souligner les limites de son application et les difficultés rencontrées par les victimes pour obtenir protection et réparation.


Au-delà des chiffres, le défi de l’égalité

Ces cinq indicateurs dessinent une réalité à deux visages. D’un côté, la progression de la scolarisation et le recul du mariage des mineures témoignent d’évolutions positives. De l’autre, la faible participation des femmes au marché du travail, leur sous-représentation à la tête des entreprises et l’ampleur des violences rappellent que l’égalité reste un chantier inachevé.

À l’occasion de cette Journée nationale de la femme marocaine, les chiffres ne se limitent pas à dresser un bilan. Ils interrogent aussi l’efficacité des politiques publiques, l’application des dispositifs juridiques et la capacité des institutions à transformer les avancées légales en changements concrets dans la vie quotidienne des femmes.





Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Mardi 13 Octobre 2026