L'ODJ Média

Justice et intelligence artificielle : Rabat ouvre le débat sur les garanties nécessaires

Comment intégrer l’IA dans le fonctionnement judiciaire sans compromettre l’indépendance des magistrats et les droits des justiciables ?


Rédigé par le Jeudi 15 Octobre 2026

Rabat accueille, les 14 et 15 octobre 2026, un colloque international de haut niveau consacré aux opportunités et aux risques de l'intelligence artificielle dans la justice. Organisée par la Cour de cassation du Maroc avec l'Association des Hautes Juridictions de Cassation des pays ayant en partage l'usage du français (AHJUCAF), la rencontre réunit plus de 40 représentants et experts issus d'une vingtaine de pays. Au centre des discussions : les usages possibles de l'IA, leurs limites et les garanties indispensables à une transformation numérique responsable des institutions judiciaires.



Une rencontre internationale consacrée à la transformation de la justice

Justice et intelligence artificielle : Rabat ouvre le débat sur les garanties nécessaires
Les travaux du colloque « Justice et intelligence artificielle : opportunités et risques » ont été ouverts mercredi 14 octobre à Rabat.

Cette rencontre de deux jours est organisée à l'initiative de la Cour de cassation du Maroc, en partenariat avec l'AHJUCAF.

Selon les informations institutionnelles publiées à l'ouverture, elle rassemble plus de 40 représentants de hautes juridictions et experts juridiques et techniques, provenant d'une vingtaine de pays.

Les participants sont notamment issus d'Afrique, d'Europe, du Canada et du Moyen-Orient.

La séance inaugurale a été présidée par Mohamed Abdennabaoui, premier président de la Cour de cassation, président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et président de l'AHJUCAF.

Hicham Balaoui, procureur général du Roi près la Cour de cassation et président du Ministère public, figurait également parmi les responsables présents, aux côtés de représentants de l'Organisation internationale de la Francophonie.

Le programme prévoit des échanges sur les applications de l'IA dans le domaine judiciaire, les expériences de numérisation des procédures et les conditions nécessaires à une utilisation responsable des nouvelles technologies.

Il comprend également un atelier pratique destiné à présenter des cas d'usage et des démonstrations.

À l'heure de la clôture documentaire, ces éléments décrivent le programme annoncé. Ils ne permettent pas encore d'établir le bilan final des travaux ni d'affirmer que de nouvelles décisions réglementaires ont été adoptées.

​Des outils susceptibles de transformer certaines tâches juridiques

L'intelligence artificielle ouvre plusieurs perspectives pour l'organisation du travail judiciaire.

Des systèmes informatiques peuvent, selon leurs capacités et leurs conditions de déploiement, aider à classer des documents, rechercher des informations juridiques, structurer des dossiers ou identifier des éléments dans des corpus volumineux.

Ces applications pourraient contribuer à réduire le temps consacré à certaines opérations administratives et documentaires.

Dans les juridictions confrontées à un nombre important de dossiers, l'automatisation de tâches répétitives présente un intérêt potentiel.

Il faut néanmoins distinguer les outils d'assistance de ceux qui pourraient intervenir dans le raisonnement ou l'appréciation juridique.

Un système capable de rechercher rapidement des décisions de justice ne possède pas nécessairement la fiabilité requise pour interpréter correctement une situation individuelle complexe.

De même, un logiciel produisant un résumé ou une proposition de texte ne garantit ni l'exactitude des références ni la pertinence de l'analyse.

Les modèles d'IA générative peuvent produire des réponses inexactes, inventer des références ou omettre des éléments importants.

Dans un environnement judiciaire, ces erreurs peuvent avoir des conséquences particulièrement sérieuses.

L'intérêt potentiel des technologies doit donc être examiné en fonction des usages réels, des performances démontrées et du niveau de contrôle humain prévu.

Il serait inexact de considérer que l'organisation d'un colloque sur ces questions signifie que des systèmes d'IA prennent désormais des décisions judiciaires au Maroc.

Aucune généralisation de cette nature n'est établie par les informations disponibles.

​Indépendance judiciaire, transparence et protection des données

La principale difficulté ne concerne pas seulement la performance technique des outils.

Elle touche aux garanties institutionnelles nécessaires lorsque des systèmes automatisés interviennent dans une activité liée aux droits fondamentaux.

L'indépendance du pouvoir judiciaire constitue une première exigence.

Un magistrat doit pouvoir apprécier les faits et appliquer le droit sans être soumis à une décision imposée par un système algorithmique.

La transparence des outils représente un second enjeu.

Lorsqu'une solution informatique contribue à une opération importante, il peut être nécessaire d'identifier les données utilisées, les limites du système et les possibilités de contestation.

La protection des informations constitue également un sujet sensible.

Les dossiers judiciaires peuvent contenir des données personnelles, médicales, financières ou relatives à des situations familiales.

Leur traitement par des solutions numériques impose une réflexion sur la confidentialité, la sécurité et les responsabilités des différents intervenants.

Enfin, certaines applications d'IA peuvent reproduire des biais présents dans les données utilisées pour leur développement.

La disponibilité d'un système ne suffit donc pas à démontrer qu'il fonctionne équitablement pour tous les publics.

Ces enjeux sont au cœur des discussions annoncées lors du colloque, qui aborde les dimensions éthiques, juridiques et techniques de l'intelligence artificielle judiciaire.

​Un enjeu de souveraineté numérique pour le Maroc

Pour le Maroc, la transformation numérique de la justice soulève aussi des questions de compétences, d'infrastructures et de maîtrise des technologies.

L'adoption de nouveaux outils suppose que les professionnels concernés disposent des connaissances nécessaires pour comprendre leur fonctionnement et leurs limites.

Magistrats, greffiers, avocats et autres acteurs judiciaires peuvent être confrontés à des solutions dont l'efficacité dépend fortement des données disponibles et du contexte juridique.

La prise en charge de la langue arabe, du français et des spécificités du droit marocain représente notamment un sujet technique à considérer.

Un système entraîné principalement sur des documents juridiques étrangers peut présenter des limites lorsqu'il est utilisé pour interpréter des dispositions nationales.

La question de l'hébergement et de la sécurisation des données est également importante pour les institutions publiques.

Les éventuels choix technologiques devront tenir compte des exigences de confidentialité, de continuité de service et de contrôle des informations.

Il s'agit ici d'enjeux d'analyse liés à un futur déploiement, et non de la description d'un programme d'équipement déjà annoncé.





Jeudi 15 Octobre 2026