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L’AMO a ouvert le droit aux soins ; l’hôpital public doit désormais rendre ce droit réellement accessible.

L’Alliance des médecins istiqlaliens place l’hôpital public au cœur de la réforme sanitaire


Rédigé par le Lundi 29 Juin 2026



Dr Khaled Lahlou
Dr Khaled Lahlou
L’extension de l’Assurance maladie obligatoire a changé l’échelle du défi sanitaire marocain. Pendant longtemps, le débat s’est concentré sur la question de la couverture : qui est assuré, qui ne l’est pas, quels droits sont ouverts, quelles dépenses seront remboursées. Cette étape était indispensable. Elle ne suffit plus.

Car une couverture médicale sans offre de soins solide risque de produire une frustration nouvelle : celle d’être assuré sur le papier, mais de ne pas être réellement soigné dans des délais raisonnables, près de chez soi, avec des équipes disponibles et des services capables de répondre à l’urgence.

C’est le sens de la réflexion portée par l’Alliance des médecins istiqlaliens à l’occasion d’une rencontre nationale consacrée à « l’hôpital public et l’offre de soins au Maroc : ambitions et leviers de réforme ». Le message est net : l’hôpital public ne peut plus être traité comme un simple maillon parmi d’autres. Il demeure l’ossature du système national de santé, le point d’accueil des urgences, des maladies lourdes, des situations sociales fragiles et des territoires où le privé ne s’installe pas toujours.

L’Alliance ne se contente pas de dresser un constat. Elle avance une lecture politique et opérationnelle de la crise hospitalière. Le Maroc, estime-t-elle, ne pourra réussir le grand chantier de la protection sociale que s’il réhabilite véritablement son outil public de soins. L’AMO a ouvert un droit. L’hôpital public doit désormais rendre ce droit accessible et concret.

Cette distinction est fondamentale. Un citoyen ne mesure pas la réussite d’une réforme à travers le nombre de textes publiés ou de cartes distribuées. Il la mesure lorsqu’il trouve un médecin, lorsqu’il obtient un rendez-vous sans attendre des mois, lorsqu’il est admis aux urgences dans des conditions dignes, lorsqu’un proche peut être pris en charge sans être obligé de vendre un bien, de voyager loin ou de dépendre d’un réseau informel.

Dans cette perspective, Dr Khaled Lahlou, président de l'alliance des médecins istiqlaliens rappelle que l’hôpital public accueille des millions de Marocains chaque année. Il remplit une mission que personne ne peut réduire à une logique de rentabilité : assurer la continuité du service, soigner sans sélectionner les patients selon leurs revenus, intervenir dans les crises et maintenir une présence sanitaire dans les zones les moins attractives économiquement.

Le sujet est également financier. La généralisation de l’AMO ne sera durable que si les dépenses de santé sont maîtrisées et dirigées vers une offre efficace. Or, les données discutées lors de cette rencontre montrent que la plus grande partie des dépenses des régimes d’assurance maladie se concentre dans le secteur privé, à un niveau de coût nettement supérieur à celui du public.

Il ne s’agit pas d’opposer artificiellement les deux secteurs. Le privé a une place utile dans l’écosystème national, notamment en matière d’investissement, d’équipements spécialisés et de complémentarité territoriale. Mais le partenariat ne peut pas devenir une substitution. Quand l’hôpital public s’affaiblit, la couverture médicale risque de se transformer progressivement en mécanisme de financement de soins coûteux, avec une pression croissante sur les caisses sociales et sur les ménages.

C’est pourquoi, Dr Khaled Lahlou, président de l'alliance des médecins istiqlaliens plaide pour une réforme articulée autour de quatre grands chantiers : la gouvernance, le financement, la qualité et les urgences.

Le premier concerne la gouvernance. Les hôpitaux souffrent encore d’une centralisation excessive, de lenteurs administratives et d’un manque de marge de manœuvre dans la gestion quotidienne. L’Alliance défend une organisation plus souple, plus territorialisée et plus responsabilisante. L’objectif n’est pas de désengager l’État, mais au contraire de lui permettre de mieux piloter, en donnant aux responsables locaux les moyens de décider, d’agir et de rendre compte.

Cela suppose une gestion par objectifs, des indicateurs de qualité, une évaluation régulière des résultats et une transparence accrue. L’hôpital public doit pouvoir être jugé sur des éléments simples et compréhensibles : le temps d’attente, la disponibilité des médicaments, la propreté des services, la qualité de l’accueil, le taux d’occupation des lits, la sécurité des patients et la capacité à traiter les urgences.

Le deuxième chantier est celui du financement. Rénover les établissements, moderniser les blocs opératoires, équiper les laboratoires, déployer le numérique, renforcer la maintenance et améliorer les services de proximité nécessitent des moyens stables. L’Alliance appelle ainsi à un financement durable et équitable, qui ne se limite pas à réparer les urgences budgétaires au coup par coup.

Mais aucun investissement matériel ne sera suffisant sans une politique ambitieuse en faveur des professionnels. Médecins, infirmiers, techniciens, cadres administratifs et personnels d’appui constituent la véritable richesse de l’hôpital. Or, beaucoup subissent une pression quotidienne considérable : surcharge, manque de moyens, sentiment de déclassement, difficultés de mobilité et manque de perspectives.

L’Alliance des médecins istiqlaliens insiste sur l’urgence d’un nouveau pacte pour les ressources humaines. Cela passe par la formation, l’amélioration des conditions de travail, la reconnaissance salariale, des perspectives de carrière et des incitations fortes pour exercer dans les régions éloignées. Il ne suffit pas de former davantage de médecins ; il faut aussi créer les conditions pour qu’ils restent, qu’ils s’installent là où les besoins sont les plus urgents et qu’ils puissent exercer dans la dignité.

Le quatrième chantier, celui des urgences, est probablement le plus visible pour les citoyens. Les urgences constituent la vitrine, souvent brutale, de l’état réel d’un système de santé. Quand elles sont engorgées, c’est toute la chaîne qui est en difficulté : médecine de proximité insuffisante, manque de régulation, absence de coordination entre établissements, déficit de lits et mauvaise orientation des patients.

Dr Khaled Lahlou, président de l'alliance des médecins istiqlaliens appelle donc à traiter ce dossier comme une priorité nationale. Numéro unique, tri médical rigoureux, ambulances mieux coordonnées, information en temps réel sur les lits disponibles et amélioration du transport sanitaire : les solutions sont connues. Le véritable enjeu est de les articuler dans une organisation cohérente, capable de faire gagner des minutes qui, dans certains cas, sauvent des vies.

Au fond, le débat ouvert par l’Alliance des médecins istiqlaliens dépasse la question technique de la gestion hospitalière. Il renvoie au modèle social que le Maroc veut consolider. Une protection sociale crédible ne se résume pas à rembourser des actes médicaux. Elle doit garantir à chaque citoyen, où qu’il vive, une chance réelle d’être soigné avec compétence, rapidité et respect.

L’hôpital public n’a pas besoin de compassion institutionnelle. Il a besoin d’une stratégie, de moyens, de confiance et d’exigence. C’est à ce prix que l’AMO cessera d’être une promesse administrative pour devenir, enfin, une sécurité vécue.




Lundi 29 Juin 2026