Une mesure exceptionnelle annoncée par l’exécutif
L’annonce a été faite mardi par Elma Saiz, ministre de la Sécurité sociale et des Migrations, lors d’une intervention sur la télévision publique. Selon elle, le dispositif s’adressera aux personnes présentes en Espagne depuis au moins cinq mois et arrivées avant le 31 décembre 2025. Les demandes de régularisation pourront être déposées entre avril et le 30 juin.
La ministre a insisté sur la dimension humaine de la mesure. Il s’agit, selon ses mots, de garantir la dignité des personnes concernées et de leur offrir une intégration juridique, sociale et professionnelle. Pour l’exécutif, cette régularisation ne relève pas d’un geste isolé, mais d’un choix politique assumé face à des situations de fait qui durent parfois depuis des années.
Un levier économique assumé
Au-delà de l’aspect social, le gouvernement met clairement en avant l’argument économique. De nombreux migrants sans papiers travaillent déjà dans des secteurs clés comme l’agriculture, le bâtiment, les services ou l’aide à la personne. En les intégrant officiellement au marché du travail, l’Espagne espère mieux structurer l’emploi, renforcer les cotisations sociales et lutter plus efficacement contre le travail informel.
Pour Madrid, la régularisation permettrait aussi de répondre aux besoins de main-d’œuvre dans un contexte de vieillissement démographique et de tensions sur certains métiers. Le message est clair : régulariser, c’est aussi sécuriser l’économie et élargir la base contributive du système social.
Un décret royal pour aller vite
Pour mettre en œuvre cette réforme rapidement, l’exécutif a choisi de recourir à un décret royal. Ce mécanisme constitutionnel permet d’adopter des mesures sans passage préalable au Parlement. Un choix stratégique, alors que le gouvernement ne dispose pas d’une majorité absolue et que le sujet migratoire reste hautement sensible sur le plan politique.
Cette méthode ne fait pas l’unanimité. Les partis d’opposition dénoncent déjà un contournement du débat parlementaire. De son côté, l’exécutif assume une décision « nécessaire et urgente », estimant que le calendrier et l’ampleur du dispositif justifient ce recours exceptionnel.
Une réforme poussée par la société civile
Cette régularisation ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans la continuité d’une initiative législative populaire soutenue par plus de 600 000 citoyens et près de 900 organisations de la société civile. Associations, syndicats et collectifs de défense des droits humains réclamaient depuis plusieurs années une solution globale pour les migrants sans titre de séjour. Le gouvernement y voit une forme de légitimité démocratique, même si la décision finale reste politique. Pour les associations, cette annonce constitue une avancée majeure, tout en rappelant que la mise en œuvre concrète sera déterminante.
Un contexte migratoire en mutation
Autre élément mis en avant par les autorités : la baisse des arrivées irrégulières. En 2025, environ 37 000 migrants sont entrés de manière irrégulière en Espagne, soit une diminution de plus de 40 % par rapport à 2024. Un chiffre que le gouvernement utilise pour défendre une approche plus structurée et moins sous pression qu’auparavant.