Cette réflexion rejoint l’interrogation soulevée par le Pr Jamal Eddine Naji dans Al Bayane, le 30 septembre 2026, à propos du « péril de rupture anthropologique de l’IA qui défie le “récit national” ».
Le livre constitue l’un des lieux où une société conserve sa mémoire, confronte ses interprétations et transmet ses savoirs.
Modifier les conditions de sa production et de sa lecture touche donc aussi à la manière dont elle se raconte. Dans le prolongement de ce Café IA, je souhaite aborder cette question sous l’angle de la gouvernance.
En tant, entre autres, qu’informaticien, je considère qu’il faut rendre visibles les choix humains qui organisent ces applications : les documents retenus, les langues représentées, les règles de réponse et les procédures de vérification.
Pour le Maroc, l’enjeu est de construire les capacités permettant de transmettre ses savoirs tout en gardant la responsabilité de ce qui est affirmé en leur nom.
Le détour historique proposé par Jamal Eddine Naji évoque la « Zaïrja », une ancienne méthode combinant lettres et nombres pour chercher des réponses à des questions.
Ce rapprochement invite à réfléchir à l’histoire des procédés de production de réponses, tout en distinguant cette pratique divinatoire des systèmes informatiques contemporains.
Formaliser certaines opérations, calculer, reconnaître des régularités ou produire un texte ne signifie pas reproduire l’intelligence humaine dans toutes ses dimensions.
Modifier les conditions de sa production et de sa lecture touche donc aussi à la manière dont elle se raconte. Dans le prolongement de ce Café IA, je souhaite aborder cette question sous l’angle de la gouvernance.
En tant, entre autres, qu’informaticien, je considère qu’il faut rendre visibles les choix humains qui organisent ces applications : les documents retenus, les langues représentées, les règles de réponse et les procédures de vérification.
Pour le Maroc, l’enjeu est de construire les capacités permettant de transmettre ses savoirs tout en gardant la responsabilité de ce qui est affirmé en leur nom.
Le détour historique proposé par Jamal Eddine Naji évoque la « Zaïrja », une ancienne méthode combinant lettres et nombres pour chercher des réponses à des questions.
Ce rapprochement invite à réfléchir à l’histoire des procédés de production de réponses, tout en distinguant cette pratique divinatoire des systèmes informatiques contemporains.
Formaliser certaines opérations, calculer, reconnaître des régularités ou produire un texte ne signifie pas reproduire l’intelligence humaine dans toutes ses dimensions.
Un système peut produire un récit sur le Maroc sans avoir vécu son histoire, sans appartenir à sa société et sans assumer la responsabilité de ce qu’il affirme.
Cette responsabilité revient aux personnes et aux institutions qui conçoivent, choisissent et utilisent l’application.
Le mot « intelligence » ne doit donc pas nous conduire à attribuer à la machine une autorité historique ou culturelle. Un texte fluide doit rester soumis à l’examen de ses sources.
Imaginons un élève qui interroge une application sur une période de l’histoire marocaine. Il reçoit une réponse claire, structurée et convaincante. Mais quelles archives ont permis de la construire ? Quels travaux ont été privilégiés ? Quels témoignages sont absents ?
La réponse distingue-t-elle un fait établi, une interprétation et une controverse ? Ces questions déterminent ce que l’élève apprend et la manière dont il comprend son pays. Si l’enseignant ne peut pas examiner les références utilisées, la qualité apparente de la réponse risque de tenir lieu de validation.
Il en va de même pour un journaliste préparant un article, un lecteur découvrant un ouvrage ou une institution produisant un contenu destiné au public. La facilité d’accès à une réponse accroît l’importance du travail de vérification.
Pour le Maroc, l’enjeu consiste à construire les capacités nécessaires pour documenter, organiser et transmettre ses savoirs.
Numériser des archives est une étape. Il faut aussi identifier leur provenance, préciser leur contexte, organiser leur consultation et préserver les droits qui leur sont attachés.
Le mot « intelligence » ne doit donc pas nous conduire à attribuer à la machine une autorité historique ou culturelle. Un texte fluide doit rester soumis à l’examen de ses sources.
Imaginons un élève qui interroge une application sur une période de l’histoire marocaine. Il reçoit une réponse claire, structurée et convaincante. Mais quelles archives ont permis de la construire ? Quels travaux ont été privilégiés ? Quels témoignages sont absents ?
La réponse distingue-t-elle un fait établi, une interprétation et une controverse ? Ces questions déterminent ce que l’élève apprend et la manière dont il comprend son pays. Si l’enseignant ne peut pas examiner les références utilisées, la qualité apparente de la réponse risque de tenir lieu de validation.
Il en va de même pour un journaliste préparant un article, un lecteur découvrant un ouvrage ou une institution produisant un contenu destiné au public. La facilité d’accès à une réponse accroît l’importance du travail de vérification.
Pour le Maroc, l’enjeu consiste à construire les capacités nécessaires pour documenter, organiser et transmettre ses savoirs.
Numériser des archives est une étape. Il faut aussi identifier leur provenance, préciser leur contexte, organiser leur consultation et préserver les droits qui leur sont attachés.
Il faut également donner leur place aux langues dans lesquelles notre société vit, pense et transmet.
L’arabe, l’amazighe, la darija et les langues présentes dans notre production scientifique et culturelle portent des expressions, des expériences et des significations que la traduction peut restituer imparfaitement. Leur présence dans les ressources documentaires et leur traitement par les applications doivent faire l’objet d’un travail méthodique.
Une mémoire accessible suppose aussi que les histoires locales, les traditions orales et les expériences sociales puissent être documentées. Ce travail exige des compétences, du temps et une coopération entre archivistes, chercheurs, bibliothécaires, enseignants, auteurs et informaticiens.
Préserver le récit national demande de laisser toute sa place au travail critique. L’histoire repose sur l’examen des documents, la confrontation des interprétations et la possibilité de réviser une conclusion à la lumière de nouvelles preuves. La gouvernance des contenus doit permettre cette exigence, y compris lorsque les sources font apparaître des désaccords.
Une application destinée à transmettre l’histoire devrait rendre visibles ses références, signaler ses incertitudes et faciliter le recours aux documents originaux. Lorsqu’une question fait débat, elle devrait permettre au lecteur de comprendre ce débat. La transmission gagne en solidité lorsque ses conditions peuvent être examinées et discutées.
C’est dans cette perspective que je situe le livre conversationnel, abordé lors du Café IA. Permettre au lecteur d’interroger un ouvrage ouvre une possibilité intéressante : demander une explication, retrouver un passage, explorer une notion ou confronter plusieurs arguments. Mais cette possibilité doit être organisée.
Une mémoire accessible suppose aussi que les histoires locales, les traditions orales et les expériences sociales puissent être documentées. Ce travail exige des compétences, du temps et une coopération entre archivistes, chercheurs, bibliothécaires, enseignants, auteurs et informaticiens.
Préserver le récit national demande de laisser toute sa place au travail critique. L’histoire repose sur l’examen des documents, la confrontation des interprétations et la possibilité de réviser une conclusion à la lumière de nouvelles preuves. La gouvernance des contenus doit permettre cette exigence, y compris lorsque les sources font apparaître des désaccords.
Une application destinée à transmettre l’histoire devrait rendre visibles ses références, signaler ses incertitudes et faciliter le recours aux documents originaux. Lorsqu’une question fait débat, elle devrait permettre au lecteur de comprendre ce débat. La transmission gagne en solidité lorsque ses conditions peuvent être examinées et discutées.
C’est dans cette perspective que je situe le livre conversationnel, abordé lors du Café IA. Permettre au lecteur d’interroger un ouvrage ouvre une possibilité intéressante : demander une explication, retrouver un passage, explorer une notion ou confronter plusieurs arguments. Mais cette possibilité doit être organisée.
Lorsque l’application répond, parle-t-elle à partir du livre ?
Ajoute-t-elle des informations provenant d’autres documents ? Produit-elle une interprétation que l’auteur n’a jamais formulée ?
Le lecteur doit pouvoir distinguer ces situations. Une réponse formulée à propos d’un ouvrage ne peut pas être automatiquement attribuée à son auteur.
L’auteur, l’éditeur et le responsable du système doivent donc définir le périmètre de cette conversation. La fidélité à l’ouvrage, la visibilité des références et la possibilité de corriger une réponse deviennent des conditions de confiance. Il faut également permettre au lecteur de revenir au texte et de construire son propre jugement.
Cette exigence rejoint l’approche que je développe à travers AI LIGHT : préciser ce qu’un système est autorisé à faire, organiser sa supervision et maintenir une responsabilité humaine identifiable. Appliquée à la transmission culturelle, elle conduit à définir les sources autorisées, les conditions de validation et les procédures de correction.
Une bibliothèque, une école ou une institution culturelle qui utilise une application d’IA devrait pouvoir répondre à des questions simples : qui est responsable du contenu fourni ? Comment une erreur est-elle signalée ? Qui l’examine ? Comment sa correction est-elle prise en compte ?
La souveraineté se mesure aussi à cette capacité d’agir. Elle suppose de pouvoir choisir ses partenaires, maîtriser l’accès à ses ressources documentaires, évaluer les réponses produites et faire évoluer le dispositif lorsque ses résultats sont insuffisants.
Ces exigences doivent être intégrées dès la conception du projet et dans les engagements pris avec les prestataires. Les investissements techniques doivent ainsi s’accompagner d’investissements dans les compétences et les institutions qui rendent cette maîtrise possible.
Un serveur ne sélectionne pas à lui seul les bonnes archives. Une application ne remplace pas le travail de l’historien. Une interface conversationnelle ne garantit pas la qualité de la transmission.
Le lecteur doit pouvoir distinguer ces situations. Une réponse formulée à propos d’un ouvrage ne peut pas être automatiquement attribuée à son auteur.
L’auteur, l’éditeur et le responsable du système doivent donc définir le périmètre de cette conversation. La fidélité à l’ouvrage, la visibilité des références et la possibilité de corriger une réponse deviennent des conditions de confiance. Il faut également permettre au lecteur de revenir au texte et de construire son propre jugement.
Cette exigence rejoint l’approche que je développe à travers AI LIGHT : préciser ce qu’un système est autorisé à faire, organiser sa supervision et maintenir une responsabilité humaine identifiable. Appliquée à la transmission culturelle, elle conduit à définir les sources autorisées, les conditions de validation et les procédures de correction.
Une bibliothèque, une école ou une institution culturelle qui utilise une application d’IA devrait pouvoir répondre à des questions simples : qui est responsable du contenu fourni ? Comment une erreur est-elle signalée ? Qui l’examine ? Comment sa correction est-elle prise en compte ?
La souveraineté se mesure aussi à cette capacité d’agir. Elle suppose de pouvoir choisir ses partenaires, maîtriser l’accès à ses ressources documentaires, évaluer les réponses produites et faire évoluer le dispositif lorsque ses résultats sont insuffisants.
Ces exigences doivent être intégrées dès la conception du projet et dans les engagements pris avec les prestataires. Les investissements techniques doivent ainsi s’accompagner d’investissements dans les compétences et les institutions qui rendent cette maîtrise possible.
Un serveur ne sélectionne pas à lui seul les bonnes archives. Une application ne remplace pas le travail de l’historien. Une interface conversationnelle ne garantit pas la qualité de la transmission.
L’alerte de Jamal Eddine Naji et les échanges du Café IA à l’IKLYLE invitent à prendre au sérieux les effets de ces applications sur notre rapport au livre, au savoir et à la mémoire.
Pour donner à cette réflexion une traduction concrète, il faut examiner les décisions humaines qui structurent les contenus et leur circulation.
Le Maroc doit pouvoir transmettre son histoire en rendant ses sources accessibles, ses interprétations discutables et ses responsabilités identifiables.
C’est ainsi que l’usage de l’intelligence artificielle pourra servir la connaissance, la création et le dialogue entre les générations.
La mémoire se transmet par des choix. Nous devons garder la capacité de les comprendre, de les discuter et d’en répondre.
Le Maroc doit pouvoir transmettre son histoire en rendant ses sources accessibles, ses interprétations discutables et ses responsabilités identifiables.
C’est ainsi que l’usage de l’intelligence artificielle pourra servir la connaissance, la création et le dialogue entre les générations.
La mémoire se transmet par des choix. Nous devons garder la capacité de les comprendre, de les discuter et d’en répondre.