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L’eau, nouvel impératif stratégique du Nord marocain


Par Said Temsamani.

Au Maroc, la question de l’eau n’est plus seulement une problématique environnementale ou sectorielle. Elle s’impose désormais comme un enjeu central de souveraineté territoriale, de sécurité économique et de cohésion sociale. Dans les régions du Nord, où la pression démographique, l’urbanisation rapide et les aléas climatiques se conjuguent, la gestion des ressources hydriques devient l’un des défis majeurs de l’action publique.

La récente réunion du Conseil d’administration de l’Agence du Bassin Hydraulique du Loukkos, tenue à Chefchaouen, illustre cette nouvelle centralité de la politique de l’eau.

Présidée par Nizar Baraka ministre de l’Équipement et de l’Eau, cette rencontre a permis de dresser un état des lieux de la situation hydrique dans la région, tout en définissant les priorités stratégiques pour les prochaines années. Au-delà de l’examen des comptes et de la programmation budgétaire de l’Agence, les débats ont surtout mis en lumière la montée en puissance d’une gouvernance hydrique de plus en plus intégrée et anticipative.



Les précipitations abondantes enregistrées récemment dans le Nord du Royaume ont rappelé, à elles seules, toute la complexité de cette gestion.

Si ces pluies ont permis d’améliorer sensiblement les réserves hydriques, notamment dans le bassin du Loukkos et dans la région de Ksar El Kébir, elles ont également mis en évidence la vulnérabilité persistante de certains territoires face aux risques d’inondation.

À cet égard, Nizar Baraka a souligné la mobilisation rapide des dispositifs de veille et d’intervention sur le terrain, conformément aux Hautes Orientations Royales visant à renforcer la résilience hydrique du Royaume.
                                                                                 
Mais la politique de l’eau ne peut plus se limiter à la gestion des urgences. Elle s’inscrit désormais dans une vision stratégique de long terme.

Dans cette perspective, le ministre Nizar Baraka a mis en avant plusieurs projets structurants destinés à sécuriser durablement l’approvisionnement en eau dans le Nord du pays.
 
Parmi ces projets figure notamment le transfert de l’excédent des eaux du barrage Oued El Makhazine vers le barrage Dar Khrofa, une opération stratégique destinée à garantir l’alimentation en eau potable du Grand Tanger, pôle économique majeur en pleine expansion.

Dans la même dynamique, la mise en eau progressive du barrage Ghiss dans la province d’Al Hoceïma permettra de consolider les capacités d’approvisionnement tout en soutenant l’irrigation des terres agricoles.

La stratégie nationale repose également sur un renforcement continu du réseau de barrages.

Les travaux se poursuivent sur le barrage Bouhmed dans la province de Chefchaouen, tandis que de nouveaux projets structurants, tels que les barrages Dar Mimoun et Tfer, viendront accroître significativement les capacités de stockage dans la région.

Pour Nizar Baraka, ces infrastructures constituent un levier essentiel pour renforcer la sécurité hydrique du pays face aux effets du changement climatique.
 
Toutefois, l’avenir de la gestion de l’eau ne repose pas uniquement sur les grands ouvrages. Le ministère de l’Équipement et de l’Eau poursuit également une stratégie de diversification des ressources hydriques.

Les campagnes de forages exploratoires se multiplient afin de répondre aux besoins urgents en eau potable, notamment dans les zones rurales.

Parallèlement, les projets de réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation des espaces verts s’inscrivent dans une logique de préservation des ressources conventionnelles.

La gouvernance des nappes phréatiques constitue également un chantier prioritaire.

Dans ce cadre, Nizar Baraka a annoncé le lancement d’études pour l’élaboration de contrats de nappes concernant notamment les bassins de Ghiss-Nekor, Charf Al Aqab et Bouhmed, afin d’instaurer une gestion durable et concertée des ressources souterraines.
 
Enfin, la prévention des inondations reste l’un des axes majeurs de la politique hydrique dans le Nord.

Plusieurs programmes de protection sont actuellement en cours, notamment à Tanger, Gzenaya et Jebha, ainsi que dans des zones stratégiques telles que la plateforme industrielle Tanger Tech et l’aéroport international Ibn Battouta.

Ces initiatives s’accompagnent d’un important effort de planification, avec l’élaboration d’un Atlas des zones exposées aux inondations, la préparation de plans de prévention pour de nombreuses collectivités territoriales et la création prochaine d’un centre d’alerte précoce.
 
Au final, ce qui se dessine aujourd’hui dans le bassin du Loukkos dépasse largement la simple gestion d’une ressource naturelle.

Sous l’impulsion du ministre Nizar Baraka, c’est un véritable changement de paradigme qui s’opère : celui d’une politique de l’eau fondée sur l’anticipation, l’investissement et la durabilité.
 
Dans un monde où l’eau devient une ressource de plus en plus rare et stratégique, cette transformation apparaît désormais comme l’une des conditions essentielles du développement équilibré et durable du Maroc.

Par Said Temsamani.


Jeudi 19 Mars 2026