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L’inclusion par l’intelligence artificielle : quand les Jazari Institutes rencontrent le Maâlam


Par Dr Az-Eddine Bennani

On parle beaucoup d’inclusion numérique et d’intelligence artificielle sociale, souvent depuis les tribunes institutionnelles, les stratégies nationales ou les discours technologiques. Mais l’inclusion véritable ne se joue pas dans les slogans. Elle se joue dans les lieux de vie, dans les gestes du quotidien, dans les trajectoires invisibles. Dans mon livre Wald Maâlam, l’atelier du Maâlam devient un espace de transmission silencieuse, patiente et profondément humaine. C’est à partir de cette expérience que se pense une intelligence artificielle réellement inclusive.

La première fracture n’est pas technologique, elle est symbolique. Beaucoup de citoyens ne se sentent pas exclus par manque d’outils, mais parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans le récit dominant de l’IA. Dans l’atelier du Maâlam, on apprend par l’observation, l’erreur et la répétition. Personne n’est disqualifié parce qu’il ne maîtrise pas le vocabulaire.

Cette logique dit beaucoup de ce que devrait être une IA sociale : reconnaître les savoirs existants avant de prétendre les augmenter.



Dans l’atelier, la transmission ne se décrète pas, elle se vit.

L’inclusion par l’intelligence artificielle : quand les Jazari Institutes rencontrent le Maâlam
De la même manière, l’inclusion par l’IA ne peut être décrétée depuis le sommet.

Elle suppose une présence dans les territoires, au plus près des citoyens et citoyennes du Maroc, sans prérequis académique ni intimidation symbolique. Les Jazari Institutes pourraient offrir ces espaces de proximité où l’IA cesse d’être verticale pour devenir incarnée.

Le Maâlam n’est jamais remplacé. Il évolue, il adapte son geste, il intègre parfois l’outil moderne sans perdre son âme. Une IA sociale digne de ce nom suit la même logique : elle accompagne sans imposer, s’adapte aux rythmes humains et respecte la mémoire des métiers.

L’artisan, l’agriculteur, la PME ne sont pas des publics à convertir, mais des acteurs à part entière de l’IA.

Le Maâlam adapte son geste à la matière. L’IA doit s’adapter au contexte. Une intelligence artificielle qui ignore les langues, les symboles et les pratiques locales produit mécaniquement de l’exclusion.

Les Jazari Institutes pourraient devenir des lieux de traduction culturelle de l’IA, où la technologie se met au service du geste humain, et non l’inverse.

Dans l’atelier du Maâlam, la transmission est un acte collectif. Il n’y a ni estrade ni hiérarchie artificielle du savoir.

Les CAFÉ IA organisés mensuellement à la Médina de Rabat montrent déjà qu’il est possible de parler d’IA autrement, dans un lieu populaire et chargé de mémoire, autour d’un thé, en réunissant chercheurs, artisans, étudiants et citoyens.

Les Jazari Institutes pourraient institutionnaliser cette culture du dialogue et de la co-construction.

Dans l’atelier, la réussite ne se mesure pas immédiatement. Elle se constate dans la répétition, dans la transmission, dans la continuité.

De la même manière, une IA inclusive ne se mesure pas à la sophistication des démonstrateurs, mais à la capacité des citoyens à s’en emparer durablement.

À travers les Jazari Institutes, le Maroc pourrait tracer une voie singulière : celle d’une intelligence artificielle sociale, enracinée, patiente et humaine. Une IA qui n’efface pas le Maâlam, mais qui apprend de lui. Ce n’est pas seulement un projet technologique. C’est un choix de société.

Par Dr Az-Eddine Bennani


Lundi 19 Janvier 2026