De la certitude mécanique à l’incertitude systémique.
J’avais écrit, il y a plus de dix ans dans Le phénomène numérique, que la transition numérique n’était pas une simple révolution technologique, mais une mutation épistémologique. L’intelligence artificielle en est aujourd’hui la forme la plus aboutie. Nous quittons le paradigme du déterminisme calculatoire celui de la machine qui exécute un ordre et donne un résultat certain pour entrer dans un paradigme systémique et incertain, où les interactions, la rétroaction et la complexité deviennent les véritables opérateurs de sens.
C’est cette transformation que je nomme le passage du numérique au cognitif. L’IA n’est plus une technologie parmi d’autres : elle devient un espace d’interprétation du monde. Elle nous force à repenser la notion même de connaissance, non plus comme accumulation de vérités, mais comme dynamique d’ajustement, d’apprentissage et de discernement.
C’est cette transformation que je nomme le passage du numérique au cognitif. L’IA n’est plus une technologie parmi d’autres : elle devient un espace d’interprétation du monde. Elle nous force à repenser la notion même de connaissance, non plus comme accumulation de vérités, mais comme dynamique d’ajustement, d’apprentissage et de discernement.
L’humain augmenté ou l’humain assumé ?
Dans cette perspective, je ne partage pas l’idée d’un “fantôme dans la machine”. Ce fantôme n’est pas un esprit perdu entre deux mondes : il est la métaphore de notre propre incapacité à nous penser autrement que comme des machines défectueuses. Or, la véritable question n’est pas celle de l’humain “augmenté” par l’IA, mais de l’humain assumé par l’IA. Assumé, c’est-à-dire conscient de ses limites, responsable de ses choix, et capable de donner du sens à l’imprévisible.
Là où le déterminisme promettait la maîtrise, la logique probabiliste nous ramène à l’humilité. Et cette humilité, loin d’être une faiblesse, devient une nouvelle force cognitive : elle nous oblige à réapprendre à douter, à interpréter, à décider dans l’incertitude.
Là où le déterminisme promettait la maîtrise, la logique probabiliste nous ramène à l’humilité. Et cette humilité, loin d’être une faiblesse, devient une nouvelle force cognitive : elle nous oblige à réapprendre à douter, à interpréter, à décider dans l’incertitude.
Le pragmatisme du sens.
Les quatre postulats rappelés dans l’article sur Alain Séguy-Duclot (relativité, imprévisibilité, circularité et pragmatisme du savoir) rejoignent profondément ce que j’appelle la gouvernance systémique de l’intelligence.
Une gouvernance non pas fondée sur le contrôle, mais sur la compréhension des dynamiques vivantes ; non pas sur la vérité absolue, mais sur l’ajustement permanent entre la donnée, la décision et la valeur.
Le risque, aujourd’hui, n’est pas que l’IA nous remplace, mais qu’elle nous dispense de penser.
À force de déléguer nos jugements aux modèles, nous risquons d’oublier que le savoir est d’abord une construction collective, et que la sagesse, elle, n’est pas programmable.
Une gouvernance non pas fondée sur le contrôle, mais sur la compréhension des dynamiques vivantes ; non pas sur la vérité absolue, mais sur l’ajustement permanent entre la donnée, la décision et la valeur.
Le risque, aujourd’hui, n’est pas que l’IA nous remplace, mais qu’elle nous dispense de penser.
À force de déléguer nos jugements aux modèles, nous risquons d’oublier que le savoir est d’abord une construction collective, et que la sagesse, elle, n’est pas programmable.
Vers une éthique du discernement.
Face à l’IA générative et à la montée des systèmes auto-apprenants, il devient urgent de refonder une éthique du discernement. Cette éthique ne consiste pas à interdire ou à craindre, mais à habiter lucidement le nouvel espace cognitif ouvert par ces technologies. Elle suppose une éducation du regard, une culture du doute, et une redéfinition du rôle de l’humain non plus comme producteur de réponses, mais comme curateur de sens.
Si “le fantôme dans la machine” existe, c’est peut-être celui de notre conscience collective, encore hésitante à se reconnaître dans le miroir que lui tend l’intelligence artificielle.
Par Dr Az-Eddine Bennani
Si “le fantôme dans la machine” existe, c’est peut-être celui de notre conscience collective, encore hésitante à se reconnaître dans le miroir que lui tend l’intelligence artificielle.
Par Dr Az-Eddine Bennani