L'ODJ Média

L’opération militaire américaine massive contre le Venezuela et la remise en cause flagrante du droit international.




Pr. Meriem CHOUKI Professeure du droit international et relations internationales à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Rabat-Souissi

L’opération militaire américaine massive contre le Venezuela et la remise en cause flagrante du droit international.
La création de l’organisation des NU en 1945 avait historiquement pour objectif après les conséquences dévastatrices de la seconde guerre mondiale, d’instaurer la paix et la sécurité dans le monde sur des bases solides à savoir le respect de la souveraineté des Etats et le respect également du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le respect des droits de l’Homme et des libertés. Ce qui va avoir comme conséquences la non-immixtion et la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats.

Donc, la Charte des NU a considéré tout cela comme une véritable source de la paix entre les peuples, conformément à son premier chapitre, notamment l’article premier qui prévoit que pour maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin, il faut prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix. Sachant pertinemment qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, le monde est divisé entre deux grandes puissances les Etats-Unis et l’ex URSS, avec des retombés sur les zones d’influence de par le monde à l’Est et à l’Ouest.

A travers toutes ces observations, le cas de l’intervention militaire américaine au Venezuela le 3 janvier 2026 par les forces armées américaines spéciales qui s’appellent « Delta Forces » doit être analysée dans l’esprit, le contenu et l’application du droit international, source normalement de paix dans les relations internationales.

Cependant, l’arrestation du président vénézuélien est une manifestation grave du non-respect de la souveraineté de l’Etat vénézuélien, symbolisé par son président le chef d’Etat vénézuélien Nicolas Maduro, qui a été kidnappé avec sa femme dans son palais présidentiel. Cette situation grave a entraîné la convocation d’une réunion du conseil de sécurité des NU dans laquelle le secrétaire général a rappelé un principe cardinal : « La Charte consacre l’interdiction de la menace ou de l’emploi de la force entre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat », soulignant que le maintien de la paix dépend de l’engagement de tous les Etats membres à respecter l’ensemble de ses Dispositions. 

Lors de cette même réunion du Conseil de sécurité, la position défendue par le Venezuela est que l’action militaire menée par les américains est purement néocolonialiste qui a pour but d’accaparer les ressources pétrolières du Venezuela, alors que la position américaine a rejeté toute accusation néocoloniale et a qualifié l’opération de simple mise en œuvre de la législation nationale américaine. C’est-à-dire que le chef d’Etat vénézuélien était considéré comme un trafiquant de « drogue ». Ce qui confirme la pratique américaine depuis longtemps dans plusieurs cas de l’extraterritorialité du droit américain. Autrement dit, l'Etat américain peut poursuivre des criminels dans leurs pays à l’extérieur des frontières américaines.

Il faut relever que cette question de l’extraterritorialité a entraîné énormément des préjudices économiques, commerciaux et politiques pour plusieurs acteurs étatiques et internationaux. Par ailleurs, cette extraterritorialité est incompatible avec le respect intrinsèque des règles du droit international.

Le comble c’est de juger pénalement un chef d’Etat en exercice en l’occurrence Nicolas Maduro comme un criminel par un tribunal fédéral américain dans le sud de Manhattan.

D’autre part, lors de la même réunion du Conseil de sécurité, certains pays membres permanents comme la Chine et la France ont privilégié dans les règlements des différends entre les Etats le non-recours à la force qui va contribuer à régler les conflits et non pas le contraire. Et donc, on considère que cette position est conforme aux règles et aux principes de la Charte des NU, ce qui veut dire tout simplement que la base de la coexistence pacifique entre les Etats est une recherche perpétuelle, un devoir pour le maintien de la paix et la sécurité internationales.

Les péripéties américano-vénézuéliennes portent à croire que la souveraineté des peuples doit être respectée, conformément aux règles du droit international. C’est la seule issue pour la paix et la sécurité dans le monde au niveau international, régional, bilatéral ou autres.

Les relations internationales si elles ont une dimension historique très importante, les règles du droit international sont le socle de la paix de ces relations. Les principes, les doctrines, les conceptions constituent des appoints pour des stratégies, des politiques, comme la doctrine Monroe datant du 19 ème siècle et des idéologies. On cite à titre d’exemple la crise de la baie des cochons du début des années 1960 entre Cuba et les Etats-Unis par Etat imposé, crise qui allait conduire à une troisième guerre mondiale pace qu’il y avait des rampes lance-missiles à têtes nucléaires dirigés par l’armée soviétique contre le territoire américain, notamment dirigés vers la Californie (la période de la guerre froide qui était chaude). Les Etats-Unis ont considéré à l’époque que leur intervention est justifiée par la mise en œuvre de la doctrine Monroe, ce qui conduit par la suite à la prise des sanctions économiques et commerciales contre le régime de Fidel Castro. Aujourd’hui la situation du Cuba est aggravée par la même mise des américains sur le pétrole vénézuélien qui assurait la sécurité énergétique du Cuba.

En définitive, le droit international reste toujours la référence, la source juridique des règlements des conflits pour une paix durable, une paix égale et une paix équitable pour tous les Etats quelle que soit leur puissance. C’est l’horizon de l’humanité toute entière.

Pr. Meriem CHOUKI Professeure du droit international et relations internationales à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Rabat-Souissi



Mardi 17 Février 2026