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LE MAROCAIN AU MAROC VS LE MAROCAIN À L'ÉTRANGER ou le détroit comme thermomètre du civisme


Tu prends le bateau à Tanger, tu traverses le détroit, et en 1 heure à peine, tu deviens un autre homme. Littéralement. C'est presque mystique : la traversée agit comme une cure de jouvence civique.



Par Anissa Mekouar Senhadji

Anissa Mekouar Senhadji
Anissa Mekouar Senhadji
Celui qui, quelques heures plus tôt, balançait son gobelet en plastique par la fenêtre de sa 4x4 en klaxonnant comme s'il jouait du bendir à un mariage, se transforme soudainement en citoyen modèle avec un sourire poli et une main qui attend sagement le feu vert pour traverser. Il range même ses déchets dans un petit sac biodégradable qu'il garde précieusement dans sa poche ou dans sa voiture, comme une relique.

Alors, question : faut-il obligatoirement passer par la case "étranger" pour mettre à jour ses neurones ?

Apparemment, oui. 

Et c'est là que le bât blesse. Parce qu'à l'étranger, la peur des amendes fait des miracles. 500 € pour un papier jeté par terre, ça calme les ardeurs. La police verbalise, le voisin te juge du coin de l'œil, et tu représentes ton pays – tu deviens l'ambassadeur officiel du couscous, du tajine et du savoir-vivre. Alors tu te surpasses. Tu deviens plus européen que l'Européen lui-même.

Mais au Maroc ? Plus rien. La rue devient un dépotoir à ciel ouvert, la plage une poubelle géante et le passage piéton une simple décoration urbaine.

Pourquoi ? Parce que l'impunité est garantie. Personne ne te filme, personne ne te verbalise, et l'État a d'autres urgences à gérer – comme condamner une influenceuse qui, par imprudence, a laissé un millième de seconde apercevoir une infime particule de son intimité.

Mais ça, c'est un autre débat !

Alors, est-ce la crainte de l'autorité et des pénalités qui fait toute la différence ?

Bien sûr que oui. Le Marocain à l'étranger n'est pas devenu écolo par conviction subite, ni par amour soudain pour la planète. C'est tout simplement parce qu'il a peur du gendarme espagnol, du PV, et du regard méprisant du touriste allemand qui le prend en photo. C'est un caméléon civique : il s'adapte à son environnement. Si l'environnement punit, il est propre. Si l'environnement pardonne, il redevient roi du gobelet volant et des ordures oubliées.

La vraie question n'est donc pas "pourquoi à l'étranger ?", mais "comment faire pour qu'au Maroc, il ait aussi peur d'un agent qu'en Europe ?"

Parce que tant qu'on continuera à traquer un bout de chair sur les réseaux sociaux plutôt qu'un dépotoir sauvage au bord de l'autoroute, le Marocain continuera à traverser le détroit pour retrouver sa dignité civique. 

Alors, si on arrêtait de traverser le détroit pour se donner bonne conscience, et qu'on commençait à traverser nos propres contradictions ?

Parce que le vrai voyage, il n'est pas à Tarifa ou à Algésiras. Il est dans le regard qu'on porte sur nos rues, nos plages, notre pays. Il est dans cette petite voix qui nous dit : "Et si j'arrêtais d'attendre d'être à l'étranger pour être un homme bien ?"

Le civisme ne s'importe pas. Il se cultive. Et il n'a pas besoin de visa pour entrer chez nous. Il a juste besoin qu'on arrête de prendre le large... pour enfin regarder devant nous. 😉

Anissa Mekouar Senhadji 


Dimanche 23 Août 2026