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LE SPORT MAROCAIN À LA CROISÉE DES CHEMINS : IL EST TEMPS D'AGIR !

À Monsieur le Ministre de la Jeunesse, des Sports, de la Culture et de la Communication


Objet : Interpellation sur la situation préoccupante du sport national et nécessité d'une véritable refondation de la politique sportive

Monsieur le Ministre,
Votre arrivée à la tête du département des Sports, que vous avez surement souhaité intervient à un moment où le sport marocain se trouve à la croisée des chemins. Si notre pays peut légitimement se féliciter de certaines performances et de quelques réussites internationales (organisation de la coupe du monde en 2030, succès de la coupe d’Afrique des nations en janvier dernier, une bonne prestation de nos footballeurs au mondial américain), il serait cependant illusoire de considérer que l'ensemble de notre paysage sportif se porte bien.



Mr.le ministre la jeunesse et le sport national  vous seront reconnaissants si...
Mr.le ministre la jeunesse et le sport national vous seront reconnaissants si...
Derrière les résultats médiatisés, les grandes manifestations et les ambitions affichées, se cache une réalité beaucoup moins reluisante : celle de nombreuses disciplines qui survivent au lieu de se développer, de fédérations qui peinent à construire des projets cohérents et de clubs qui luttent quotidiennement pour assurer leur simple fonctionnement.

Où en sont aujourd'hui nos sports de salle ?

Le handball, le basketball, le volleyball et d'autres disciplines collectives sont confrontés à une situation préoccupante. Des salles vétustes, des équipements dégradés, des infrastructures insuffisantes et parfois inadaptées aux exigences de la compétition. Certaines formations ne disposent même pas de conditions convenables pour s'entraîner régulièrement.

Comment parler de développement du sport lorsque les infrastructures de base font défaut ?

Et que dire des sports individuels et des sports de combat ?

L'athlétisme, la natation, la gymnastique, le cyclisme, la boxe et les différentes disciplines des arts martiaux disposent pourtant d'un potentiel humain considérable. Mais leur développement reste freiné par l'insuffisance des moyens, le manque d'encadrement spécialisé et l'absence de véritables programmes de formation et de détection.
Le rugby, quant à lui, se débat avec un problème élémentaire : le manque de terrains adaptés à la pratique et à l'entraînement. Une situation difficilement acceptable pour une discipline qui aspire à retrouver sa place sur la scène continentale et internationale.

Une gouvernance sportive qui mérite d'être profondément interrogée

Le problème n'est pas uniquement matériel ou financier. Il est également structurel et managérial.
Comment expliquer que certaines fédérations et instances dirigeantes continuent de fonctionner sans véritables projets sportifs à moyen et long terme ? Où sont les stratégies de développement ? Où sont les programmes de formation ? Où sont les objectifs clairement définis et les mécanismes d'évaluation des résultats ?

La gestion d'une fédération ne peut se résumer à l'organisation de compétitions et à la participation aux assemblées générales. Elle suppose une vision, une méthode, des compétences et surtout une obligation de résultats.

Il devient urgent de passer d'une gestion administrative du sport à une véritable culture de projet et de performance.

Le financement : un problème qui ne peut plus être éludé

Les moyens financiers dont disposent de nombreuses fédérations restent largement insuffisants au regard de leurs ambitions et de leurs missions. Le sponsoring privé, quant à lui, demeure hésitant, souvent concentré sur le seul football discipline la plus médiatisée.
Il faut donc repenser le modèle économique du sport marocain, encourager les partenariats public-privé et mettre en place des mécanismes permettant aux disciplines moins exposées médiatiquement de bénéficier de ressources suffisantes, obliger nombre de fédérations à appliquer la loi 30/09 , qui reste toutefois incompatible avec les exigences  de plus en plus fortes de la gestion sportive.il est impératif de l’améliorer et de l’adapter justement à ces exigences.

L'Institut Moulay Rachid : une institution à réinventer

Autrefois référence dans la préparation et la formation des sportifs, l'Institut Moulay Rachid semble aujourd'hui dépassé par l'évolution des exigences du sport moderne.
Ses infrastructures, ses équipements, ses méthodes de préparation et ses programmes de formation nécessitent une profonde modernisation. Le Maroc ne peut prétendre à l'excellence sportive sans disposer d'un véritable centre national de préparation et de formation répondant aux standards internationaux.

MONSIEUR LE MINISTRE, IL NE S'AGIT PLUS DE CONSTATER, MAIS D'AGIR.

Nous pensons que votre département doit engager sans tarder un véritable état des lieux du sport national, discipline par discipline, fédération par fédération et infrastructure par infrastructure.

Cette démarche devrait déboucher sur des décisions concrètes :
 
  1. Réaliser un audit national de la situation des fédérations, de leur gouvernance et de leurs résultats.
  2. Établir un programme d'urgence de réhabilitation et de construction des infrastructures sportives.
  3. Conditionner une partie des financements publics à des projets sportifs clairement définis et évaluables.
  4. Rééquilibrer la répartition des moyens entre les disciplines, sans privilégier uniquement celles qui bénéficient d'une forte exposition médiatique.
  5. Réformer le système de détection, de formation et d'accompagnement des jeunes talents.
  6. Moderniser l'Institut Moulay Rachid pour en faire un véritable centre national d'excellence.
  7. Développer une politique ambitieuse de sponsoring et de partenariat avec le secteur privé.


Le Maroc a fait le choix stratégique d'investir dans le sport et de se positionner parmi les grandes nations organisatrices d'événements internationaux. Cette ambition est légitime et mérite d'être saluée.

Mais une question essentielle demeure : quelle place réservons-nous aux autres disciplines ? Quel avenir préparons-nous pour les milliers de jeunes qui pratiquent le handball, le basketball, le volleyball, le rugby, l'athlétisme, la natation ou les sports de combat ?

Le sport ne peut être une politique à deux vitesses, avec quelques disciplines privilégiées et d'autres condamnées à se débrouiller avec des moyens dérisoires.

Monsieur le Ministre, votre responsabilité est aujourd'hui considérable. Vous avez l'occasion d'engager une réforme qui dépasse les mandats, les personnes et les considérations conjoncturelles.

Le sport marocain n'a pas seulement besoin de moyens supplémentaires. Il a surtout besoin d'une vision, d'une gouvernance responsable, de projets réfléchis et d'une volonté politique capable de transformer les ambitions en réalisations.

Il est temps de sortir de la logique des discours et des promesses pour entrer dans celle des résultats. C'est à cette condition que le sport marocain pourra véritablement prétendre à la place qu'il mérite.

Sportivement votre !
M.K
 


Lundi 2 Novembre 2026