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La Chine industrialise le cinéma IA : et si le Maroc créait sa filière audiovisuelle générative ?

Après avoir développé ses modèles d’intelligence artificielle, la Chine peut-elle transformer la vidéo générative en véritable industrie et le Maroc doit-il s’en inspirer ?


Rédigé par le Vendredi 25 Septembre 2026

La révolution de la vidéo générative est peut-être en train de sortir de sa phase spectaculaire.
Faire apparaître en quelques secondes un personnage, un décor ou une séquence vidéo à partir d'une instruction écrite impressionnait encore il y a deux ans.
La Chine passe maintenant à l’étape suivante : industrialiser cette capacité.



La Chine ne subventionne plus seulement l’IA : elle subventionne les contenus produits avec elle

La Chine industrialise le cinéma IA : et si le Maroc créait sa filière audiovisuelle générative ?
Une enquête publiée par Reuters ce 25 septembre décrit une compétition croissante entre Shenzhen, Pékin, Shanghai et plusieurs territoires chinois pour attirer studios, réalisateurs et entreprises spécialisés dans la production audiovisuelle par intelligence artificielle. Les collectivités proposent infrastructures, capacités de calcul, locaux et aides financières.

La question n’est donc plus : « L’IA peut-elle faire une vidéo ? » Elle devient : « Comment construire une industrie autour de millions de vidéos produites avec l’IA ? »

Pékin vient notamment de publier un dispositif consacré au développement de la filière « intelligence artificielle + audiovisuel » pour 2026-2029.

Le programme couvre les modèles spécialisés dans la génération audio et vidéo, les agents de création, la production virtuelle, le montage intelligent, la restauration d’images, le doublage automatique et les plateformes intégrant plusieurs modèles.

Mais les aides ne s’arrêtent pas aux technologies. Elles concernent également directement la création de séries, documentaires, programmes audiovisuels, films en ligne, micro-séries et publicités utilisant l’intelligence artificielle.

Certains projets peuvent recevoir jusqu’à 3 millions de yuans de soutien public.

C’est là que se trouve la véritable rupture. La Chine ne considère plus seulement la vidéo IA comme un produit technologique. Elle commence à la considérer comme une filière culturelle et industrielle.

​430.000 micro-séries en huit mois : l’échelle chinoise change complètement le marché

Un chiffre permet de mesurer la vitesse du phénomène.

Selon l’administration chinoise chargée de l’audiovisuel, environ 430.000 micro-dramas auraient été publiés durant les huit premiers mois de 2026, soit treize fois le total de l’année précédente.

Plus de 90 % auraient utilisé des technologies d’intelligence artificielle dans leur production.

Le marché chinois des micro-séries avait déjà dépassé 100 milliards de yuans en 2025, soit environ 15 milliards de dollars selon les données officielles chinoises.

Ce qui ressemblait hier à un format marginal destiné au smartphone devient donc une industrie culturelle de masse.

Et l’IA agit comme accélérateur : écriture, storyboard, décors, personnages, animation, montage, voix, doublage, traduction, effets spéciaux.

Une partie croissante de la chaîne audiovisuelle peut désormais être assistée ou automatisée.

​Produire plus vite ne signifie pas nécessairement produire mieux

La Chine commence d'ailleurs à découvrir l'autre face de cette industrialisation.

Lorsque le coût de production chute, le volume explose. Et lorsque le volume explose, la question de la qualité revient brutalement.

Les autorités chinoises renforcent donc parallèlement les règles applicables aux micro-dramas IA. Les contenus générés doivent notamment être signalés comme tels, tandis que les plateformes sont appelées à vérifier les autorisations relatives à l'utilisation de l'image ou de la voix d'une personne.
La formule utilisée par un responsable chinois résume bien le problème : l’IA est un outil, les humains restent les créateurs.

Le véritable enjeu de la prochaine génération audiovisuelle ne sera donc probablement pas de produire davantage de contenu. Internet en contient déjà trop.

Ce sera de produire du contenu identifiable, crédible et désirable dans un océan de production automatisée.

​Et si le Maroc regardait cette révolution comme une politique industrielle ?

C’est ici que le sujet devient particulièrement intéressant.

Le Maroc possède déjà plusieurs briques : des studios et des infrastructures audiovisuelles, une tradition de tournages internationaux, des techniciens expérimentés, une industrie publicitaire, des médias numériques, des écoles et formations audiovisuelles, une position géographique entre Europe, Afrique et monde arabe, et désormais une ambition affirmée dans l’intelligence artificielle.

Pourquoi ne pas connecter ces actifs ?

Une filière marocaine de l’audiovisuel génératif pourrait réunir producteurs, studios, développeurs IA, agences de communication, médias, écoles de cinéma et startups.

Il ne s’agirait évidemment pas de remplacer les réalisateurs, acteurs, journalistes ou techniciens. Il s’agirait de leur donner de nouveaux outils de production.

La Darija pourrait devenir un avantage plutôt qu’un handicap

L’un des aspects les plus prometteurs concerne les langues.

Le marché audiovisuel marocain doit traditionnellement composer avec plusieurs espaces linguistiques : arabe standard, darija, amazigh, français et, de plus en plus, anglais.

L’IA générative pourrait réduire considérablement le coût du doublage, de la traduction et de l’adaptation.

Un documentaire produit à Casablanca pourrait théoriquement être décliné en quelques heures en français, anglais, arabe standard et plusieurs langues africaines.

Inversement, une production internationale pourrait être adaptée au public marocain à très faible coût.

Cette seconde possibilité constitue également une menace. Car si le coût de localisation s’effondre, les contenus étrangers pourront pénétrer beaucoup plus facilement les marchés locaux.

La meilleure protection ne sera donc probablement pas d’empêcher cette évolution. Ce sera de produire nous-mêmes davantage de contenus exportables.

​Du cinéma à l’information : les médias sont également concernés

La révolution ne s'arrête pas aux films et aux séries.

Les rédactions seront touchées. Une interview pourrait être automatiquement sous-titrée en plusieurs langues. Une brève écrite pourrait devenir une capsule vidéo. Un article économique pourrait être transformé en infographie animée. Un reportage francophone pourrait disposer presque immédiatement d’une version arabe. Un programme WebTV pourrait être décliné en format vertical, audio, résumé et plusieurs versions linguistiques.

Pour un média numérique marocain, l’IA générative n’est donc pas seulement un outil permettant de réduire les coûts. Elle peut devenir une machine à multiplier les formats et les marchés.

À condition de conserver une règle fondamentale : l’IA peut fabriquer l’enveloppe ; la rédaction doit rester responsable du contenu.

​Le Maroc pourrait tester avant de réglementer

Il existe ici une opportunité assez concrète.

Plutôt que commencer immédiatement par un grand plan théorique, pourquoi ne pas créer quelques laboratoires audiovisuels IA associant médias, studios, universités et startups ?

Le test serait simple.

Produire une même capsule d’information de 60 secondes selon deux méthodes.

D’un côté, le workflow audiovisuel classique. De l’autre, un workflow fortement assisté par IA.

Puis mesurer le coût, le temps, la qualité, le nombre de langues, le nombre de formats et surtout la réaction du public.

On disposerait enfin de données marocaines au lieu de commenter éternellement les expériences américaines ou chinoises.

La prochaine bataille culturelle sera aussi une bataille de calcul

Pendant longtemps, produire des images exigeait des caméras, des studios et des équipes. Ces infrastructures resteront indispensables aux productions ambitieuses.

Mais une deuxième industrie audiovisuelle est en train d’apparaître, fondée sur les modèles, les GPU, les données et les capacités de calcul.

La Chine vient de comprendre qu’il ne suffit pas de développer des modèles d’intelligence artificielle. Il faut construire les industries qui les utiliseront.
Le Maroc pourrait retenir cette leçon.

Car demain, la souveraineté culturelle ne dépendra peut-être plus seulement de notre capacité à raconter nos propres histoires.

Elle dépendra également de notre capacité à disposer des outils permettant de les produire, les traduire et les diffuser avant que d’autres ne remplissent les écrans à notre place.




Vendredi 25 Septembre 2026