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La Cour des comptes acte l’échec de la stratégie nationale face à l’explosion des morts à moto


Rédigé par le Mercredi 4 Février 2026

Dans son rapport 2024-2025, la Cour des comptes dresse un constat sans détour : la Stratégie nationale de sécurité routière 2017-2026 a manqué tous ses objectifs intermédiaires, compromettant sérieusement sa promesse phare de réduire de moitié la mortalité routière d’ici 2026. Le signal le plus alarmant concerne les motocyclistes, dont le nombre de décès a fortement augmenté ces dernières années.



Des objectifs ratés, des chiffres qui s’aggravent

La Cour des comptes acte l’échec de la stratégie nationale face à l’explosion des morts à moto

Les données parlent d’elles-mêmes. Alors que la stratégie visait un plafond de 2 800 décès en 2021, le bilan réel s’est élevé à 3 685 morts. En 2022, le scénario se répète avec 3 499 décès, bien au-dessus de l’objectif fixé à 2 643. En 2023, la situation ne s’améliore pas : 3 819 décès sont enregistrés, soit une baisse dérisoire de 3 % seulement par rapport à 2015, année de référence du plan.
 

Pour la Cour des comptes, le constat est clair : l’objectif final de –50 % d’ici 2026 est désormais hors d’atteinte. À l’échelle internationale, le Maroc reste mal classé, avec 186 décès par million d’habitants, contre une moyenne mondiale estimée à 150. Un écart qui souligne la profondeur du problème.


Motocyclistes et piétons : les grands perdants
 

Le rapport insiste sur la vulnérabilité croissante des usagers faibles. La mortalité des conducteurs de deux et trois-roues a connu une hausse spectaculaire, passant de 852 morts en 2015 à 1 537 en 2023. Une explosion que la Cour explique par la croissance rapide du parc de motos, portée notamment par les services de livraison, mais aussi par le manque d’infrastructures adaptées et une formation insuffisante des conducteurs.
 

Les piétons ne sont pas épargnés. En 2023, 1 007 décès ont été enregistrés, loin de l’objectif de 800 morts fixé dès 2020. À l’inverse, un point positif est relevé : le transport en commun affiche une baisse de 39 % des décès depuis 2015, preuve que des marges de progrès existent quand les politiques sont cohérentes et suivies.


Des failles structurelles et budgétaires majeures
 

Au-delà des chiffres, la Cour des comptes pointe des défaillances structurelles profondes. La stratégie a souffert d’un flou sur les ressources nécessaires et d’un manque de mécanismes de financement clairs. Sur un budget estimé à 5,6 milliards de dirhams pour la période 2017-2021, seuls 1,6 milliard de dirhams de mesures sont réellement traçables.
 

La planification elle-même est jugée défaillante. Le premier plan d’action s’est limité à un assemblage de propositions sans base scientifique solide, tandis que le plan 2022-2026 n’était toujours pas finalisé fin 2024, à seulement deux ans de l’échéance. Un retard jugé critique.


Des recommandations urgentes pour éviter le naufrage
 

Face à ce tableau sombre, la Cour appelle à une réaction immédiate. Elle recommande à la présidence du gouvernement de réactiver les comités interministériels et régionaux pour assurer un pilotage clair et éviter le chevauchement des responsabilités. Sur le plan sanitaire, elle insiste sur la mise à niveau urgente des services d’urgences, en coordination avec le ministère de la Santé, afin d’améliorer la prise en charge post-accident.


Le rapport sonne comme un signal d’alarme national. Sans rupture claire dans la gouvernance, le financement et la prévention ciblée, la sécurité routière risque de rester un chantier inachevé. La question n’est plus seulement de fixer des objectifs, mais de changer radicalement de méthode avant 2026.





Mamadou Bilaly Coulibaly
Journaliste et étudiant malien en stage, passionné par la géopolitique, l'histoire et le sport.... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 4 Février 2026