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La “Houthification” du Sahel… Quand les casernes algériennes bricolent le chaos à la carte


Rédigé par le Lundi 27 Avril 2026

Il fut un temps où les régimes militaires se contentaient de surveiller leurs frontières, de gonfler leurs défilés et de recycler leurs slogans révolutionnaires jaunis… Mais à Alger, certains cerveaux en treillis semblent avoir voulu innover… puisque le monde change, autant moderniser aussi la déstabilisation… Du voisinage à l’incendie… une stratégie pyromane…



Par Mohammed Yassir Mouline

La “Houthification” du Sahel… Quand les casernes algériennes bricolent le chaos à la carte
Voici donc l’heure du grand laboratoire sahélien… Le principe est simple, presque élégant dans son cynisme… lorsqu’un voisin refuse la tutelle, affirme sa souveraineté, se rapproche du Maroc ou échappe au logiciel des casernes, il devient soudain nécessaire de lui rappeler les joies du chaos périphérique… On active alors l’arsenal du désordre moderne… séparatiste reconditionnés, djihadistes opportunistes, trafiquants multifonctions, propagandes croisées et guerre électronique à bas coût… Autrement dit c’est  la “Houthification”… !! Transformer des marges instables en plateformes de nuisance, armer des acteurs non étatiques, créer une insécurité chronique pour empêcher toute consolidation souveraine… voilà la version sahélienne d’une méthode déjà observée ailleurs… faire du voisinage une zone grise permanente…
 
Quand les kalachnikovs commentent la diplomatie
Au Sahel, il fut un temps où l’on analysait une attaque terroriste comme un fait sécuritaire... Une embuscade restait une embuscade, une offensive djihadiste relevait du terrorisme, et l’on évitait « du moins officiellement » de trop mélanger les explosifs avec les agendas diplomatiques… Puis vint l’ère du soupçon structuré… Car à mesure que le Mali redessine sa doctrine souveraine, réaffirme son indépendance stratégique et reconfigure son positionnement diplomatique, notamment sur la question du Sahara marocain, les violences armées semblent surgir avec une ponctualité presque bureaucratique… À croire que dans certains laboratoires géopolitiques régionaux, chaque mouvement d’émancipation de Bamako déclencherait mécaniquement une mise à jour sécuritaire version poudre noire…
 
Les dernières attaques ayant visé les forces maliennes, malgré la neutralisation de dizaines d’assaillants et la saisie d’équipements militaires sophistiqués, posent une question délicieusement embarrassante… dans une zone où l’improvisation est souvent artisanale, qui fournit soudainement l’ingénierie, la logistique et la montée en gamme ?!!... Le désert fabrique peut-être des tempêtes… mais rarement des drones tout seul… !!
 
Le timing, cet ennemi du hasard
Le plus troublant n’est pas seulement la violence… C’est le calendrier… Car voir une poussée sécuritaire coïncider avec le repositionnement diplomatique de Bamako sur le dossier du Polisario a quelque chose de presque pédagogique... Comme si certaines forces régionales tenaient à rappeler qu’en géopolitique sahélienne, la souveraineté peut parfois coûter plus cher qu’un simple communiqué… Évidemment, nul tribunal sérieux ne condamne sur la base de coïncidences... Mais lorsqu’une accumulation d’événements compose une fresque trop cohérente, l’interrogation cesse d’être fantaisiste… Dans cette lecture, le chaos devient moins une conséquence qu’un langage…
 
Bienvenue dans la “Houthification” du Sahel
C’est ici qu’émerge la grande innovation stratégique des pyromanes modernes… pourquoi engager frontalement une guerre quand il est plus rentable de transformer des périphéries fragiles en zones grises pilotables ?!!... Le principe est connu… soutenir indirectement, tolérer opportunément, instrumentaliser discrètement, puis nier solennellement… Séparatistes recyclés, djihadistes multifonctions, trafic transfrontalier, guerre électronique à bas bruit et narratifs médiatiques calibrés… Bienvenue dans la “Houthification” du Sahel… faire d’acteurs non étatiques des leviers de harcèlement régional, capables d’user les États, d’épuiser leurs armées et de brouiller leur souveraineté… Le tout, bien entendu, au nom de la stabilité… Le génie bureaucratique de certaines doctrines militaires consiste précisément à vendre des extincteurs tout en subventionnant discrètement les allumettes…
 
Les casernes et leur obsession du voisin libre
Le problème de certains régimes militaires, lorsqu’ils vieillissent mal, est qu’ils finissent parfois par considérer l’autonomie de leurs voisins comme une insulte personnelle… Un Mali qui refuse les tutelles ? Suspicion… Un rapprochement avec Rabat ? Alerte… Une reconnaissance de la marocanité du Sahara ? Crise existentielle… Alors, plutôt que de proposer un projet régional attractif, on active l’ancien logiciel… empêcher, compliquer, contaminer… L’objectif n’est plus de rayonner… Il s’agit de ralentir les autres… Et dans cette mécanique, le nord malien devient moins un espace géographique qu’un terrain de pression, une profondeur stratégique où l’instabilité sert de monnaie diplomatique…
 
Polisario… d’outil régional à fardeau stratégique
Dans ce décor, le polisario apparaît de plus en plus, aux yeux de certains observateurs, comme une vieille pièce géopolitique susceptible d’être reconfigurée dans des architectures plus dangereuses… Le séparatisme de rente pourrait muter en proxy d’instabilité… Et c’est précisément là que certains cercles occidentaux commencent à froncer les sourcils… car dans un monde saturé par les guerres asymétriques, toute hybridation entre milices, terrorisme et influences extérieures devient un sujet de sécurité internationale… À Washington, plusieurs voix s’inquiètent déjà moins d’un conflit figé que d’une possible transformation du problème en plateforme de nuisance élargie… Ainsi le folklore diplomatique pourrait céder la place au lexique antiterroriste… Et cela change tout…
 
Du polisario poussiéreux à la milice multifonction
Le drame de certaines causes artificiellement maintenues sous perfusion géopolitique, c’est qu’elles finissent par muter… À force d’être instrumentalisé comme levier de nuisance régionale, un mouvement séparatiste cesse d’apparaître comme une relique diplomatique… il peut, dans certaines lectures sécuritaires, devenir une infrastructure disponible pour d’autres agendas…
 
C’est là qu’intervient la logique de “houthification”… transformer une entité périphérique en proxy adaptable, capable d’intégrer drones, guerre asymétrique, pressions transfrontalières et hybridation idéologique… On ne parle plus alors d’un simple conflit gelé, mais d’un possible outil de harcèlement stratégique… Le vieux séparatisme folklorique se mue en version low cost du proxy militarisé… Et soudain, les chancelleries commencent à moins parler de “médiation” et davantage de “sécurité”…
 
L’Iran, l’ombre portée… et les fantasmes utiles
Dans les récits les plus alarmistes, l’équation devient plus vaste… derrière la prolifération des milices, derrière la circulation des technologies asymétriques, plane le spectre iranien… modèle, inspiration ou repoussoir commode, selon les camps… Drones bon marché, guerre de saturation, sous-traitance idéologique… le manuel est connu…
 
L’idée qu’un axe de nuisance puisse émerger à proximité des routes atlantiques et du détroit de Gibraltar relève peut-être, pour certains, de la spéculation… mais en géopolitique, les scénarios extrêmes ont cette fâcheuse habitude de devenir sérieux dès lors qu’ils cessent d’être impossibles… Jouer avec cette architecture, même indirectement, revient à transformer le Sahel en terrain d’essai pour guerres hybrides… Et lorsqu’on joue au petit chimiste avec des milices, on oublie souvent que les éprouvettes explosent…
 
Le piège éternel du pyromane
L’Histoire est pourtant d’une ironie redoutable… ceux qui manipulent les marges finissent souvent dévorés par leurs périphéries… Armer indirectement, tolérer tactiquement, et déstabiliser stratégiquement… Tout cela semble habile… jusqu’au jour où les réseaux échappent à leurs architectes… Le proxy finit par muter… Le levier devient fardeau… Le chaos cesse d’être orientable… Les apprentis sorciers régionaux oublient toujours une règle simple… on instrumentalise plus facilement une crise qu’on ne la contrôle durablement…
 
Le Maroc, pendant ce temps, joue la stratégie inverse
Pendant que certains perfectionnent l’art du sabotage périphérique, Rabat avance une autre méthode… infiniment moins spectaculaire pour les amateurs de poudre, mais souvent plus efficace… partenariats africains, sécurité religieuse, investissements atlantiques, coopération économique, diplomatie de long terme… D’un côté, la nuisance… De l’autre, l’ancrage… D’un côté, la fragmentation… De l’autre, l’intégration… Et l’Histoire récente montre généralement que les bâtisseurs de corridors survivent mieux que les ingénieurs de chaos…
 
Le Maroc des digues face aux marchands de sable explosif
En substance, la “Houthification” du Sahel pourrait bien n’être que l’aveu tragique d’une faillite stratégique… lorsqu’on ne sait plus séduire, on perturbe… lorsqu’on ne peut plus construire, on sabote… lorsqu’on perd du terrain diplomatique, on espère gagner du temps par le désordre… Mais les nations solides ne se jugent pas à leur capacité à incendier leurs marges… Elles se jugent à leur aptitude à durer…
 
Et tandis que certains transforment les déserts en échiquiers minés, le Maroc poursuit, imperturbable, sa politique du temps long… Car au bout du compte, les pyromanes peuvent troubler l’horizon… mais ce sont rarement eux qui bâtissent l’aube… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.




Mohammed Yassir Mouline
Mohammed Yassir Mouline: Journaliste caricaturiste professionnel... 34 ans d'expérience à... En savoir plus sur cet auteur
Lundi 27 Avril 2026