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La confusion des loyautés


Par Rachid Boufous.

Il y a des naïvetés qui frisent l’irresponsabilité. Et il y a des postures qui, sous couvert de morale ou de religion, deviennent politiquement dangereuses.

Appeler à manifester au Maroc en faveur de la République islamique d’Iran, tout en feignant d’ignorer sa position constante contre l’intégrité territoriale du Royaume, n’est pas une simple opinion. C’est une faute d’analyse. Une faute de hiérarchie.



Une faute de loyauté politique.

Les faits sont têtus. Depuis 1980, Téhéran reconnaît une entité contestant la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Cette reconnaissance n’a jamais été retirée. Elle constitue un acte diplomatique clair.

Elle touche au cœur même de notre stabilité stratégique. On peut débattre de tout, sauf de l’intégrité territoriale du Maroc.

La solidarité n’est pas un réflexe pavlovien. Elle ne se déclenche pas au simple mot « musulman ». Elle ne s’improvise pas au gré des émotions médiatiques. Un État n’est pas une confrérie spirituelle. C’est une entité souveraine fondée sur des intérêts, des frontières, une sécurité.

Or que voit-on ?

La confusion des loyautés
Des appels enflammés à soutenir un régime iranien qui, sur un point central, se tient objectivement dans le camp opposé à celui du Maroc. Des discours vibrants sur la dignité des peuples, mais un silence assourdissant sur la dignité territoriale du sien.

On ne peut pas, d’un côté, exiger que le monde respecte l’intégrité du Maroc, et de l’autre, applaudir un État qui reconnaît sa fragmentation.

On ne peut pas brandir le mot « souveraineté » lorsqu’il s’agit d’autres causes, et relativiser la nôtre lorsqu’elle dérange nos sympathies idéologiques. La souveraineté n’est pas sélective et n’est pas négociable non plus. Ce n’est pas de la censure que de rappeler cela.

Ce n’est pas de l’autoritarisme que d’exiger un minimum de lucidité stratégique. C’est du réalisme.

La géopolitique n’est pas une scène de théâtre moral. Elle est un rapport de forces.

L’Iran poursuit sa propre stratégie régionale. Elle est cohérente du point de vue iranien. Elle vise à étendre son influence, à multiplier ses leviers indirects, à peser sur les équilibres. C’est le droit de tout État puissant. Mais le Maroc a, lui aussi, le droit et le devoir, de défendre ses lignes rouges.

Et la première d’entre elles s’appelle : l’unité territoriale. Manifester pour un État qui maintient une position contraire à cette ligne rouge n’est pas un acte neutre. C’est un signal politique.

Et tout signal a une signification. Il ne s’agit pas d’interdire une opinion. Il s’agit de poser une question simple : Peut-on prétendre défendre la dignité nationale tout en relativisant ce qui fonde son existence ?

La liberté d’expression est un pilier.

Mais la liberté n’abolit pas la responsabilité. L’histoire enseigne une leçon constante : les nations qui survivent sont celles qui savent hiérarchiser leurs priorités. Les nations qui se fragilisent sont celles qui confondent émotion et intérêt vital.

Le Sahara n’est pas une variable diplomatique parmi d’autres. C’est la matrice stratégique du Maroc contemporain. On peut critiquer la diplomatie marocaine. On peut débattre des alliances. On peut proposer d’autres visions.

Mais on ne peut pas jouer avec le socle de l’unité du territoire national. La confusion des loyautés n’est jamais anodine. Elle commence par des slogans. Elle se termine par des fractures…

La maturité politique consiste à comprendre que toutes les causes ne se valent pas lorsqu’elles entrent en collision avec la sienne.

Le Maroc n’a pas besoin d’unanimité. Il a besoin de clarté. Et la clarté impose une vérité simple : la souveraineté ne se négocie pas, ne se relativise pas, ne se fragmente pas. Elle se défend. Toujours.

PAR RACHID BOUFOUS/FACEBOOK.COM


Lundi 2 Mars 2026